Je vois… des maires

«Je vois Montréal… mais je vois surtout un maire qui prend les choses en main, et qui s’assure du dynamisme économique et de la livraison des services de proximité», dit le blogueur Pierre Duhamel.

L’événement Je vois Montréal a été un franc succès. Le mouvement mis en place par Jacques Ménard, de la BMO, et Michel Leblanc, de la Chambre de commerce de Montréal, a engendré 180 projets provenant de citoyens, de groupes ou de sociétés et qui seront réalisés au cours des prochaines années.
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Il y en a pour tous les goûts. Certains ont une dimension plus sociale, communautaire et culturelle, alors que d’autres sont de nature plus urbanistique et économique.

Je pense en particulier à cet excellent projet de Ivanhoe Cambridge, le bras immobilier de la Caisse de dépôt, de repenser l’esplanade de la Place Ville-Marie et de la prolonger en quelque sorte sur l’avenue McGill College, qui deviendrait une artère piétonne et animée. Ou encore, l’audacieux pari d’Alexandre Taillefer, qui veut électrifier et regrouper l’industrie du taxi montréalaise.

Les projets ont suscité beaucoup d’enthousiasme, ce qui a fait dire à Jacques Ménard que «la société civile avait décidé de prendre en charge la ville». En effet, ce mouvement n’est pas politique et n’émane pas des élus municipaux, et ces projets ne dépendent pas d’une aide financière publique.

En revanche, tous ces projets ont besoin d’être approuvés et appuyés par la ville. Le maire Denis Coderre s’y est non seulement engagé publiquement, mais il a même mis au défi les porteurs de dossiers d’aller de l’avant et de réaliser leur projet.

Je retiens plusieurs leçons de cet exercice peu commun.

Premièrement, c’est à la communauté de se prendre en main. Il va falloir en finir avec cette lubie de croire que le salut viendra d’un grand investissement miraculeux arrivé de l’étranger ou d’une décision politique prise à Ottawa ou à Québec. Le destin des villes, c’est d’abord l’affaire des villes et de ses résidants.

Dans la même logique, je suis de plus en plus porté à croire que le poste de maire est celui qui a le plus d’incidence sur une communauté. Il porte la vision, il donne le ton et il fait en sorte que la réalité se transforme.

Il est celui qui a l’emprise la plus proche et la plus forte sur sa communauté. C’est lui qui est le principal acteur du développement économique et qui fera en sorte que sa ville prospère. On en a la preuve à Montréal, où la situation s’est considérablement améliorée depuis l’élection de Denis Coderre.

Je suis un grand partisan de la décentralisation des pouvoirs et des services vers les gouvernements municipaux, et j’espère que c’est ce que le gouvernement Couillard a en tête quand il parle de donner des pouvoirs accrus aux villes, spécialement à la capitale et à la métropole.

La ville est une solution à bien des problèmes, dans une province où l’on a multiplié les organismes et structures au nom de la décentralisation. Le Québec a eu la singulière idée de se diviser en régions administratives, en municipalités régionales de comté (MRC) et en villes, en plus de se doter de structures administratrices régionales en santé, en éducation, en développement économique et en tourisme qui ne couvrent jamais tout à fait les mêmes territoires et les mêmes populations.

La réforme est très engagée dans le domaine de la santé, mais je crois qu’il faudrait faire des villes l’assise régionale de l’ensemble des services gouvernementaux. Sans me prononcer comme tel sur le sort des Associations touristiques régionales (ATR), des Centres locaux de développement (CLD) ou des commissions scolaires, il m’apparaît logique que leur action s’inscrive dans la logique de développement mis en place par le pouvoir municipal.

Évidemment, ce ne seront pas Denis Coderre et Régis Labeaume qui édicteront les programmes scolaires, mais il serait sensé que les locaux et infrastructures scolaires soient intégrés aux immeubles municipaux.

Je vois Montréal, mais je vois surtout un maire qui prend les choses en main, et qui s’assure du dynamisme économique et de la livraison des services de proximité.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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À toutes fins pratiques, les villes ne forment pas un palier de gouvernement à part entière. Pour permettre officiellement à Richard Bergeron de devenir membre à du Comité exécutif, cela prend une loi voté par le Parlement pour modifier le « Charte de la ville ».

Alors pour donner des pouvoirs pleins et entiers aux villes ?

De plus, une métropole comme celle Montréal est pieds et poings liés pour le financement de diverses infrastructures. Des concepts de villes autogérées et même auto-suffisantes financièrement et pourquoi pas même en agriculture ; tout cela relève en quelques sortes de l’analyse syntagmatique. Ce qui veut dire des rapports qui existent (ou prévalent) dans la succession de chaque unités et de leur hiérarchisation dans la structure de la gouvernance.

Idéalement, nous entendons bien que l’ensemble des rapports devraient être harmonieux entre l’aspiration citoyenne le plus souvent légitime et les orientations prisent par toutes sortes de poulies de transmission de l’autorité qui parfois évoluent en parfaite contradiction.

Je comprends très bien et la teneur de cet article le prouve… qu’il y a multiplicité des structures administratives, toutes sortes de chevauchements territoriaux dont la seule contribution est de faire perdre leur latin aux admirateurs d’un ordre fondé par des canons de beauté sur lesquels usuellement se forment le classicisme.

Quoiqu’il en soit, ce qui me subjugue personnellement, ce n’est point tant l’abondance et parfois le manque d’efficience de ces technostructures éparses, c’est plutôt qu’il fallût attendre 2014 pour qu’on commence « enfin » à se rendre compte de tout cela.

Donc ! Ne faut-il pas conclure ipso facto, qu’il y a de l’espoir ? — L’ultime question qui ici me turlupine, c’est encore de savoir combien de temps cela prendra-t-il pour que nous puissions à l’unisson clamer primo, que toutes et tous nous étions vraiment bien à « c’t’heure » sur le point de sortir du bois.

Voyons donc M. Duhamel, Couillard et Harper marchent main dans la main.

Harper est hypercentralisateur du pouvoir pour parvenir à SES fins.

Vous pouvez toujours rêver.

Je crois sincèrement que pour ce qui est de la Ville de Montréal, que les fusions suivies des défusions lui ont été désastreuses. Il y a beaucoup trop de paliers administratifs et de technocrates/bureaucrates trop bien rémunérés et qui entravent la bonne marche des choses.

Le dossier « D’une île une ville » devrait être rouvert et réexaminé de plus près car là réside une des solutions de Montréal.