Jean-François Lisée et la « gauche efficace » (suite)

Jean-François Lisée vient de me transmettre des paragraphes non publiés dans L’actualité de son texte sur la « gauche efficace ».

«Je me suis dit que ce sont probablement les deux paragraphes qui t’auraient les plus plu. Alors je te les offre, à toi et à tes lecteurs:

« Richesse. L’objectif de la gauche efficace n’est pas la création de richesse en soi, mais la qualité de vie, dont la prospérité est une variable essentielle. Donc oui : créons et distribuons, simultanément, la richesse. Mais le gain social doit être tangible et immédiat. Finis les « lendemains qui chantent », soit le futur grand soir socialiste, ou les illusoires retombées économiques positives pour les pauvres d’une augmentation des revenus des millionnaires.

Entrepreneuriat. Cette création de richesse passe, indubitablement, par un coup de pouce constant à nos entreprises privées, dont la compétitivité est le socle de notre prospérité collective. Leurs coûts de production doivent rester, au Québec, en deçà de celui de nos compétiteurs occidentaux. C’est un minimum dans le siècle sino-indien qui s’ouvre. C’est donc sans inhibition qu’on doit réduire leur fardeau réglementaire (sauf environnemental et social). Et puisqu’il faut éliminer la taxe sur le capital, obtenons simultanément, en échange, un engagement pour le bien commun, qu’il soit de formation professionnelle, de promotion des minorités en emploi, d’ouverture à la réduction du temps de travail pour les parents et les aidants naturels. Ce doit être donnant-donnant, gagnant-gagnant. Voilà qui est être efficaces, mais de gauche. Le Québec souffre d’un manque de nouveaux entrepreneurs. Il faut faire éclore les créateurs d’entreprises privées, d’économie sociale, d’entreprises publiques, d’entrepreneuriat syndical, en créant le programme de démarrage le plus détaxé, dénormé et profitable qui soit.

État. Je n’ai pas parlé ici de la question nationale. Même sans elle, je serais partisan d’un État vigoureux. Mais parce que les Québécois forment une minorité singulière en Amérique, la santé de son premier outil collectif, l’État, est doublement (oserais-je le dire?) capital. L’objectif n’est ni l’État-minceur, ni l’État-obèse, mais l’État fort parce qu’efficace. L’État respecté parce qu’à l’écoute du citoyen et de ses salariés ayant retrouvé le goût du service public. L’État crédible parce que responsable et compétitif. »

Amicalement,

Jean-François Lisée

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C’est bien beau tout ça mais je n’aime pas le «hors norme»; ça sent le rejet de toutes les études et conclusions du BAPE, de toutes les protestations des groupes environnementaux. Pas bien ça ! il FAUT absolument respecter notre environnement , même au détriment d’un peu de profit net…

M. Lisée,

J’aime bien vos idées et en particulier celle d’avoir un État vigoureux (ce qui n’est pas très à la mode, avouons-le).

Par contre, le jour où les « hommes d’affaires » vont penser au bien commun n’est pas venu. En effet, ils ne pensent qu’à eux; ils en veulent toujours plus et ne veulent rien partager.

Ils ne sont à l’origine d’aucune avancée sociale. Pensez à l’équité salariale que les travailleuses du privé attendent toujours.

Un état vigoureux oui, certainement.

Et un état vigoureux qui contrôlera les actes de ces entrepreneurs si bons sans qui nous ne serions rien (j’ironise, bien sûr).

J’ai toujours eu de la difficulté avec le concept de « bien commun ». Un concept qui se rapproche beaucoup de la « tyrannie de la majorité » de Tocqueville.

À ce sujet, voici un excellent texte de l’économiste français Pascal Salin:

Tout être humain appartient à des sociétés plus ou moins grandes et il a un sentiment d’appartenance à ces groupes. La nation est l’un d’entre eux. Elle représente un ensemble de liens sociaux nés de l’histoire et qui s’expriment dans une culture, une langue le plus souvent, parfois une religion commune.

La nation relève donc de l’ordre spontané, elle est multiforme, évolutive et difficile à cerner. Elle est surtout le résultat de perceptions multiples, elles-mêmes différentes selon ses membres. C’est pourquoi il est erroné d’assimiler la nation à l’État qui est au contraire une réalité précise, institutionnalisée et même dans une large mesure extérieure à la nation. N’est-il d’ailleurs pas frappant de constater que c’est précisément à l’ère de l’étatisme triomphant – c’est-à-dire le XXe siècle – que l’on a vu ressurgir ce qu’on appelle les « nationalismes ». C’est bien le signe que les États ont imposé la création d’ensembles sociaux qui n’étaient pas spontanément perçus comme des « nations », mais auxquels ils se sont permis de donner ce nom.

La nation, nous l’avons dit, résulte d’un sentiment d’appartenance à une communauté et c’est pourquoi l’État-nation est une aberration: on ne peut pas étatiser des sentiments. Il se passe alors ce qui se passe chaque fois qu’il y a étatisation: l’État crée un monopole à son profit et le défend. Il lutte donc contre les particularismes régionaux, c’est-à-dire que l’État-nation détruit les nations spontanées. En témoignent, par exemple, les efforts faits en France, au nom de l’égalité républicaine, pour détruire les langues régionales au XIXe siècle.

L’État-nation est alors personnifié, ce qui facilite l’assimilation entre la nation et l’État. On dira par exemple que « la France décide » ou que « la France exporte ». Dans le premier cas, on laisse implicitement supposer que l’État français décide légitimement au nom de tous les Français et qu’il existe une sorte d’esprit collectif capable de penser et d’agir. Dans le deuxième cas, on laisse implicitement supposer que l’exportation serait un acte collectif, qu’elle exprimerait même un intérêt collectif et donc que l’État – expression de cet intérêt commun – serait habilité à la déterminer. Ce serait une saine habitude de pensée que de s’astreindre définitivement à éviter d’utiliser ces abstractions flottantes – la France, l’Allemagne, le Japon, l’Europe – et donc à indiquer explicitement quels sont les acteurs qui pensent et agissent. Il convient donc de dire non pas que « la France décide », mais que « le gouvernement français décide », non pas que « la France exporte », mais que des producteurs français exportent. Il apparaîtrait alors plus clairement, dans le langage même, qu’il existe non pas un intérêt collectif mythique, mais des intérêts bien particuliers, par exemple les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir ou les intérêts de ceux des producteurs qui exportent.

Mais l’usage de ces abstractions flottantes a un rôle bien précis. Il finit par induire l’idée non seulement qu’il y a assimilation entre l’État et la nation, mais même que la nation « appartient » à l’État, qui possède donc tout naturellement le droit de gérer le territoire national. À partir de là naît alors le mythe des biens publics, que nous dénonçons par ailleurs. La légitimation intellectuelle des biens publics consiste évidemment à dire qu’il existe par nature des biens et services qui peuvent être produits de manière « optimale » par l’État, alors qu’ils ne pourraient pas l’être par le secteur privé. Mais la réalité est toute différente: une fois que le territoire national a été étatisé, il apparaît comme naturel que le propriétaire de ce territoire ait la charge de son aménagement. Entre autres choses, c’est parce que le territoire national appartient non pas à la nation mais à l’État que les principes d’exclusion sont définis par l’État. On n’hésitera alors pas à penser que seul l’État peut faire procéder à des « expropriations pour cause d’utilité publique » afin de faire construire routes et aéroports, ou à considérer que la définition d’une politique d’immigration – c’est-à-dire des droits d’exclure les étrangers – constitue un service public que seul l’État est capable de produire de manière efficace et qu’il est même seul à pouvoir exercer légitimement en tant que propriétaire.

Juste un petit truc comme ça, parle à ton Webmestre et suggère-lui de faire du « mod_rewrite ». Ça rendra ton blogue plus visible aux moteurs de recherches et ça faciliteras la lecture des URLs qui seront le titre de tes billets plutôt que « ?p=50 » qui ne veut rien dire. Bonne continuation et maintenant que tu as un vrai blogue, peut-être te verrons –nous à Yulbiz (tu dois commencer à me connaître, même dans mes liches il y a toujours un peu de bitchage…)?

Wow!
Nouvelle interface, nouvelles fonctionnalités, Blogroll! Ils ont débloqué les budgets? Dans tous les cas BRAVO et bonne continuation.