La Baie

Après plusieurs espoirs de relance, l’usine Port-Alfred de l’Abitibi-Consolidated a fermé en 2004. L’entreprise, qui assurait le pain et le beurre de 640 travailleurs, a été complètement rasée en juin 2007. Une fermeture qui fait encore mal dans la région.

Entrevue avec Serge Simard, président de l’arrondissement de La Baie, Saguenay

Pourquoi l’usine a-t-elle été rasée plutôt que revendue  ?
Un comité de la ville a tenté de trouver un acquéreur de différentes façons. On a examiné la possibilité que des partenaires du Brésil y produisent de la pâte de bois d’eucalyptus. Cela aurait pu recréer entre 200 et 300 emplois. Mais ça n’a rien donné.

Pourquoi ?
Abitibi-Consolidated demandait 400 M$ pour l’usine, c’était beaucoup trop élevé! C’était impossible de revendre ça. La compagnie ne voulait pas qu’un acquéreur leur fasse de la concurrence. Donc, elle imposait des conditions d’achat qui faisaient que ce n’était pas rentable pour un acheteur. En apparence, l’Abitibi-Consolidated se donnait une belle image politique, pour avoir l’air de vouloir préserver le sort de ses employés, mais dans le fond, l’entreprise n’avait pas l’intention de vendre l’usine. Elle voulait la démolir! L’objectif était de sortir environ 1, 2 million de tonnes de papier journal du marché pour faire remonter les prix.

Est-ce que l’usine Port-Alfred était productive  ?
L’usine Port-Alfred opérait à 92,5 % de son temps. Les employés avaient en moyenne plus de 20 ans d’expérience. Ils étaient productifs, la machinerie ne brisait pas, elle était entretenue adéquatement. Il n’y avait pas eu d’accident de travail depuis des années.

Et que représentait l’usine Port-Alfred pour la communauté de La Baie ?
Ça représentait 650 travailleurs, sur une population de 20 000 personnes, qui gagnaient leur pain avec des bons salaires : 35 millions de dollars en masse salariale annuellement. Si on garde les proportions, à Montréal, cela représenterait 40 000 emplois perdus d’un coup sec!

Est-ce que le gouvernement du Québec a pris des mesures spéciales ?
Il y a eu les mesures qui existaient déjà pour tous les milieux : soutien aux travailleurs pour les reclasser, etc. Et puis le gouvernement a mis en place le Fonds de diversification économique, pour étudier d’autres avenues économiques. On essaie donc de créer de nouvelles entreprises et de stimuler l’entreprenariat. Mais ce n’est pas facile. Les gens sont habitués de travailler dans des grandes entreprises avec des gros salaires. En ce moment, ce n’est pas l’apanage du milieu d’investir et de créer des PME. Donc, il faut recréer un momentum et un tissu entreprenarial qui n’est pas existant. C’est comme si on veut commercialiser des carottes. Il faut les faire pousser avant de les vendre. Là, avant de créer les entreprises, il faut « faire pousser » les entrepreneurs !

Est-ce que les travailleurs de l’usine Port-Alfred ont pu se replacer ?
Les ouvriers spécialisés, comme les électriciens ou les mécaniciens de machinerie, se sont retrouvés du travail dans différentes entreprises qui ont des contrats sur des bons chantiers, comme celui de la route 175 par exemple, ou encore les projets d’Hydro-Québec. C’est qu’il y a une pénurie de travailleurs comme eux partout au Québec. Mais beaucoup des employés spécialisés dans le papier n’ont pu se replacer. Les travailleurs de Port-Alfred avaient en moyenne 52 ans. Retourner à l’école à cet âge n’est pas évident.
Et la papeterie, comme la foresterie, est en crise. Il y a 125 travailleurs qui ont dû avoir recours à l’aide sociale.

Comment est l’atmosphère dans la ville ?
Des gens ont quitté la région, mais comme les ouvriers spécialisés ont trouvé du boulot, le commerce a quand même été soutenu grâce à cela. Cela nous a permis de ne pas « fermer la lumière ».

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