La Caisse de dépôt à la rescousse

La Caisse de dépôt et placement du Québec sera dorénavant responsable de bâtir les nouvelles infrastructures du Québec, et sa loi sera modifiée pour lui en donner le mandat. L’idée est intéressante… mais il y a un piège, dit Pierre Duhamel.

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Photo : Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

La Caisse de dépôt et placement du Québec sera dorénavant responsable de bâtir certaines des nouvelles infrastructures du Québec et sa loi sera modifiée pour lui en donner le mandat.
Blogue Economie

Je trouve cette idée intéressante, car elle contourne beaucoup d’obstacles. En revanche, elle peut créer un piège immense dont pourrait pâtir l’ensemble des Québécois.

Côté positif, ce transfert de responsabilités de l’État à la Caisse de dépôt résout un certain nombre de problèmes.

Le Québec est lourdement endetté, et chaque nouveau projet d’infrastructure gonfle automatiquement sa dette. Or, il faudrait investir encore des milliards de dollars dans le réseau routier et le transport public.

Dans son plan d’infrastructures 2014-2024, le gouvernement québécois prévoit investir 90,3 milliards de dollars dans différents projets. Juste les projets de trains légers sur rail sur le pont Champlain et dans l’ouest de Montréal coûteraient, au bas mot, cinq milliards de dollars.

De l’autre côté de l’équation, vous avez la Caisse de dépôt et placement du Québec et son actif de plus de 214 milliards de dollars. La Caisse a-do-re les projets d’infrastructures, parce qu’ils lui assurent un rendement régulier et stable à long terme, ce qui correspond tout à fait aux attentes de ses clients (dont la Régie des rentes du Québec).

À la fin de 2013, elle avait placé 6,3 milliards de dollars dans ce type de projets, soit 3,6 % de son actif. Cette proportion est très faible quand on la compare à celle d’OMERS, la caisse de retraite des employés municipaux de l’Ontario, qui a investi 15 % de son argent dans des projets d’infrastructures.

Ce qui était étonnant, c’est que la Caisse était présente dans de nombreux pays et dans toutes sortes de projets (port en Australie, aéroport à Londres, etc.), mais très peu au Québec — et, autant que je sache, seulement à titre de détentrice de titres de dettes, comme au nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

La convergence d’intérêt entre la volonté de la Caisse de dépôt d’accroître ses investissements en infrastructures et l’endettement de l’État qui limite sa capacité d’emprunt était flagrante. J’avais souligné cet état dans ma chronique du numéro de mars dernier du magazine L’actualité.

La participation de la Caisse de dépôt pourrait aussi lever les tabous concernant les partenariats public-privé et les formules préconisant une plus grande participation des usagers au financement des projets. C’est la Caisse et, au final, les Québécois qui profiteront en effet du péage et des tarifs qui seront imposés. Eh oui, la Caisse devra y trouver son compte, et la tarification me paraît dès lors évidente dans plusieurs projets.

La Caisse devrait aussi profiter de l’appréciation de l’immobilier commercial et résidentiel autour des gares et tout au long du parcours d’un système léger sur rail (SLR), par exemple.

La nouvelle annoncée ce mardi va beaucoup plus loin que ce que j’esquissais l’hiver dernier, car elle fait de la Caisse (et de sa nouvelle division Caisse infra) le bailleur de fonds et le maître d’œuvre de projets d’infrastructures voulus par l’État.

En théorie, nous explique-t-on, le gouvernement choisira les projets, et la Caisse aura l’entière liberté de les accepter ou de les refuser en fonction de leur rendement. L’évaluation d’experts indépendants en fera foi. Une fois le projet sur rail, ce sont les équipes de la Caisse qui le piloteront.

Vous devinez tout de suite où se trouve le piège. Le gouvernement, qui n’a pas à assumer le risque financier d’un investissement, aura beau jeu d’exercer toutes les pressions du monde sur les dirigeants de la Caisse pour qu’ils mettent à exécution leurs projets et qu’ils ne fassent pas les difficiles.

La Caisse dispose d’une large autonomie, mais elle n’a jamais été tout à fait à l’abri des pressions politiques. Comme l’indique sa loi constitutive, la Caisse de dépôt est le mandataire de l’État, et son PDG ainsi que les membres de son conseil sont nommés par le gouvernement.

Le danger est néanmoins réel. La Caisse de dépôt ne doit pas intervenir dans un projet parce que le gouvernement le lui demande, mais parce qu’elle voit une bonne affaire. J’ai aussi écrit sur ce sujet en 2012.

La décision annoncée aujourd’hui a du sens, mais elle devra s’accompagner d’une autonomie et d’une indépendance accrues pour la Caisse de dépôt. Celle-ci n’a pas été créée pour sauver d’embarras les gouvernements, mais pour faire fructifier les caisses de retraite des Québécois et des employés de l’État. Ne l’oublions pas.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Comme ça, la Caisse de dépôt est pas beaucoup présente dans les infrastructures au Québec. Peut-être parce que c`est pas très rentable les infrastructures au Québec ? Je suis convaincu que pour ça soit payant pour les Québecois, il faudra que se soit des projets utilisateurs payeurs. Mais comme les Québecois sont pas très riche, ayant des revenus très bas après impôt, pas sûr que ça va être très rentable pour la Caisse de dépôt qui est aussi notre bas de laine (pensions).

Moi aussi, j’y vois du bon et du moins bon. Le bon, peut-être qu’en devenant maître d’oeuvre des projets, il y aura un vrai pilote dans l’avion pour éviter les dérives financières, quitte à exiger une estimations réaliste dès le départ (voir le métro de Laval). Le moins bon, quelqu’un se rappelle l’investissement dans Vidéotron? Quelques milliards de brûler dans cette aventure.

Aucun hedge funds ne fait que de bons coups, même s’il n’y a pas de commande politique.

D’ailleurs, ce n’est pas clair vous faites référence à quel investissement de la CDEP. Ils avaient investis dans Québécor World dans les année 1990 qui s’est retrouvé avec une perte. L’achat d’une partie de Québécor Média, pour éviter que Rogers n’en devienne l’acquéreur, n’a pas fait l’objet de pertes de l’ordre de milliards. En fait, la perte s’est élevée en centaines de millions concernant la valeur de l’actif, mais la CDEP reçoit aussi des dizaines de millions chaque année en dividendes d’une entreprise qui fait de bons profits.

Source : http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/michel-girard/201202/24/01-4499570-quebecor-media-le-boulet-de-la-caisse.php

http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/michel-girard/201202/24/01-4499570-quebecor-media-le-boulet-de-la-caisse.php

Extrait:

« La Caisse de dépôt et placement du Québec va devoir attendre encore bien des années avant de pouvoir «récupérer» la valeur de son investissement de 3,2 milliards de dollars dans Quebecor Media. Après 11 années, ce lourd placement traîne la patte, la Caisse l’évaluant aujourd’hui à 2,3 milliards, en recul de 100 millions par rapport à l’évaluation de 2010. »

Rien de vraiment nouveau sous le soleil, le modèle Québécois en pleine action! En plein élan vers le mur tout proche!

Le gouvernement trop endetté pour financer lui même ses projets, la dette devient un peu trop voyante, le privé probablement pas intéressé (on se demande pourquoi…) alors on balaye risques et dépenses sous le tapis avec la Caisse.

Belle trouvaille on ne s’y attendait presque pas…

« Rien de vraiment nouveau sous le soleil, le modèle Québécois en pleine action! »

Je ne me souviens pas vraiment d’un gouvernement québécois qui avait délégué un de ses principaux ministère à une société para-gouvernementale. Vous pouvez m’expliquer en quoi ce genre de restructuration est le fruit du modèle québécois? À moins que vous disiez que ce modèle est en transformation? J’aimerais comprendre.

« En plein élan vers le mur tout proche! »

En se basant sur quoi exactement? Le déficit insoutenable (sarcasme) de 0,8% du PIB?

« Le gouvernement trop endetté pour financer lui même ses projets »

Ça c’est l’opinion de Pierre Duhamel (y a-t-il d’autres commentateurs du même avis?). Je n’ai personnellement jamais entendu parlé de difficulté du gouvernement québécois de trouver du financement pour ses projets, incluant sur le blogue de Pierre Duhamel. Quelqu’un peut m’éclairer sur le sujet?

« la dette devient un peu trop voyante »

À 0,8% du PIB, soit moins que la croissance dudit PIB, pour l’exercice en cours cette dette se fait justement moins voyante. Sauf dans l’imaginaire simpliste du citoyen qui voit le chiffre augmenter.

Vous avez le choix. Prendre votre argent et le placer à l’étranger, où il est plus rentable. On peut alors rencontrer le problème des délocalisations, et en plus, j’obtiens un crédit d’impôt pour une exportation de richesse! Ou alors, décider d’investir une plus grande part de cet argent ici, et obtenir un crédit d’impôt plus élevé, ou diminuer le crédit d’impôt sur les placements à l’étranger.

La dernière fois que la caisse a répondu à la demande de M. Charest, (sous la présidence de M. Rousseau) elle a perdu environ 40 milliards $. Alors le risque qu’elle ne fasse pas ses frais (ex. contrôle du coût des billets par le gouvernement) est encore très très présent

1- H.-P. Rousseau a été nommé à la Caisse par les péquistes. Pas par M. Charest.
2- TOUTES les institutions financières avaient perdu des milliards en 2008. Pas seulement la Caisse.
3- LA solution? Abolir la Caisse et redonner aux Québécois et aux Québécoises le plein contrôle de LEURS finances.Si chaque Québécois avait lui-même contrôlé SES finances, les pertes collectives auraient été beaucoup moindres.

« Allo, Michael, je vous appelle du cabinet du premier ministre pour vous signaler à quel point le choix de Bombardier est capital, en raison des emplois de l’usine de LaPocatière, en raison aussi de l’urgence de contribuer au succès d’un fleuron de Québec Inc. qui éprouve présentement quelques difficultés. Vous avez déjà investi dans le projet McInnis pour l’implantation d’une cimenterie québécoise et je vous en remercie, en dépit de tous les Lafarge de ce monde, pourquoi n’oseriez-vous pas affronter Siemens, Alsthom et Cie? Si les coûts de dépassement s’avèrent alors excessifs, nous trouverons bien le moyen de vous venir indirectement en aide. À bientôt ».

Si on investit a l’étranger c’est de l’argent neuf qui s’ajoute. Si on investit dans la province c’est la même argent qui tourne. Le Quebec étant très corrompu il y a des pertes forcement, les projets doivent être très rentables au départ.

SÉRIEUSEMENT, quelqu’un ici investirait-il SON argent dans les transports en commun au Québec espérant en tirer profit et ainsi s’assurer une pension acceptable? … C’est ce que je pensais. Pourquoi en serait-il autrement pour NOTRE Caisse?

Voici une analyse extrêmement pertinente et complète et que je partage avec vous avec plaisir:

https://jomarcotte.wordpress.com/2015/01/16/le-plan-i-du-tandem-couillard-sabia/

Une section a particulièrement attiré mon attention et a créé en moi une certaine FRAYEUR:

« Fermez les yeux deux secondes. Imaginez un PKP premier ministre du Québec. Imaginez qu’il nomme à la tête de la Caisse de dépôt, un interventionniste invétéré qui n’a aucun scrupule à risquer les fonds de pension des employés du secteur public en cadeaux électoraux… pour le bien commun, évidemment. Vous trouveriez toujours l’idée bonne?

Plus encore. Imaginez que cette « entente commerciale » entre le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et de placement ait été proposée par Pauline Marois. Avouez. Vous seriez dans tous vos états. Suggéreriez-vous toujours d’applaudir à l’idée d’élargir la mission de la Caisse?
Avouez que ça fait très…très peur non? » (fin de la citation).

Et en plus, on y apprend que le « succès financier » de la Caisse dans le projet de transport en commun de Vancouver a été financé en grande partie par l’argent du PUBLIC.

Il y a une grande différence entre financer un projet et en être le maître d’oeuvre. Un banquier ne fait pas nécessairement un bon chef de chantier et vice-versa.

LE seul et unique rôle de la Caisse est de faire fructifier NOTRE fonds de pension et non de sauver un État qui n’a plus accès à des prêts à taux avantageux parce que sous haute surveillance de la part des agences de notation. Au lieu de faire appel à NOTRE argent (encore et toujours!), l’État québécois devrait tout simplement couper dans ses dépenses au lieu de les augmenter (dire qu’il y a des décérébrés qui appellent ça de « l’austérité!!!) et attendre d’avoir l’argent en mains AVANT de le dépenser, comme le ferait un bon père de famille.

Les pressions politiques ne seront pas seulement de nature à l’acceptation des projets. Quel belle excuse pour forcer l’introduction, partout et pour toutes raisons, de la notion d’utilisateur/payeur que tant de québécois abhorent.

Ben oui, j’vais payer pour m’assurer que mon fonds de pension ne se dilapide pas et qu’il fasse du rendement. C’est comme acheter des actions d’une compagnie et être obligé de consommer ses produits pour s’assurer que la valeur de nos actions soit liée au rendement de l’entreprise et ce malgré l’ineptitude et les salaires exhorbitants de ses gestionnaires.