La carte de crédit libérale

Les chefs de partis politiques me rendent la vie difficile.

Stephen Harper dépense beaucoup, dans des projets qui ne me disent rien (le nouvel avion militaire, les prisons) et a une façon de gouverner qui m’exaspère. Jack Layton veut dépenser beaucoup plus et Gilles Duceppe nous offre le NPD en version souverainiste. Il a défait un gouvernement minoritaire et provoqué des élections pour réclamer un nouveau gouvernement… minoritaire une fois les élections déclenchées. Et il y a le cas Ignatieff.

Les libéraux sont capables du meilleur et du pire. Quand ils sont dans l’opposition, ils se croient obliger de renchérir avec le NPD. Cela donne John Turner (opposition au libre-échange), Jean Chrétien (contre la TPS) et Stéphane Dion (sa taxe sur le carbone). Une fois au pouvoir, ça dépend. Nettement centre-gauche sous Trudeau, ils gouverneront au centre-droit sous Chrétien alors qu’on a éliminé un déficit de 42 milliards de dollars et remboursé 36 milliards de dollars de dette publique grâce à cinq budgets excédentaires consécutifs.

Dans tous les cas de figure, les libéraux fédéraux affichent la prédominance d’un gouvernement fédéral actif qui n’hésite pas à initier et à financer des programmes sociaux qui font partie des champs de compétence des provinces.

Le programme présenté par Michael Ignatieff se situe dans ces deux lignées : très « social » pour contrer le NPD et un gouvernement central qui trouve 8 milliards de dollars en deux ans pour les services de garde, les étudiants, les aînés, le logement social, la rénovation écologique, etc.

Comment financer le tout ? Là aussi, on emprunte au NPD en ramenant à 18 % le taux d’imposition des entreprises. Le pari des libéraux, c’est que les Canadiens ne pourront résister à de nouveaux programmes sociaux entièrement financés par les impôts des compagnies.

Martin Coiteux, professeur à HEC-Montréal, montre l’autre côté de la médaille. Selon ses calculs, la baisse du taux d’imposition des entreprises ne va pas coûter grand chose au gouvernement fédéral alors que les programmes sociaux vont lui coûter cher. Pourquoi en serait-il ainsi ? Les baisses d’impôts vont permettre aux entreprises d’investir davantage, d’embaucher plus et de payer des salaires plus élevés, ce qui amènera de nouveaux revenus fiscaux au gouvernement.

De l’idéologie ? Le professeur de HEC-Montréal a examiné à la loupe l’impact sur le gouvernement fédéral  des baisses d’impôts importantes accordées depuis 2000 par les libéraux et les conservateurs  aux entreprises. Malgré ces baisses, leur contribution exprimée en pourcentage du PIB, n’a pratiquement pas bougé depuis 10 ans. En revanche, les diminutions d’impôt ont participé à la bonne performance relative de notre économie.

Le déficit de 40 milliards de dollars ne semble guère émouvoir Michael Ignatieff . On y consacre deux pages (p. 11 et 13) dans un document d’une centaine de pages. Les libéraux promettent que le déficit sera réduit d’ici deux ans et que nous retrouverons  l’équilibre budgétaire en même temps que ce qui est prévu par les Conservateurs. Comment ? En coupant quoi ? Rien à dire. comme si la question n’était pas préoccupante.

L’harmonisation de la TPS avec la TVQ québécoise ? On est pour, mais on n’a pas pris la peine de l’inscrire dans un programme politique qui n’a absolument pas l’air d’un cadre budgétaire et fiscal sérieux pour un parti qui aspire au pouvoir.

Photo: Parti libéral du Canada

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Un peu étrange votre discours. D’un côté, vous dites:
« Nettement centre-gauche sous Trudeau, ils gouverneront au centre-droit sous Chrétien alors qu’on a éliminé un déficit de 42 milliards de dollars et remboursé 36 milliards de dollars de dette publique grâce à cinq budgets excédentaires consécutifs. »

De l’autre, on a vu les conservateur faire gonfler la dette plus que jamais en accumulant les déficits.

Pourtant, vous concluez que les gros méchants en ce qui concerne la dette, ce sont les libéraux.

Selon vos dires, les libéraux ont fait la preuve qu’ils peuvent éliminer un déficit, et réduire la dette.

Est-ce qu’on peut en dire autant des conservateurs? Quand, et sous quel premier ministre?

Ne vous en faites pas Mr. Duhamel, en démocratie, lors d’une campagne électorale, les parties politiques travaillent pour les citoyens… et une fois au pouvoir, ils travaillent pour l’entreprise privée.

Pour M. Coiteux, il semble oublier que les grandes entreprises investissements à l’étranger, font des mises à pieds, rachètent leurs actions et augmentent les dividendes aux actionnaires.
C’est ce qui se passe aux États-Unis et c’est dans la logique des choses.

Les services aux citoyens seront toujours des dépensent. En les privatisant, effectivement, cela ne sera plus des dépenses pour le gouvernement, mais ça restera des dépenses pour le citoyen, plus chères et moins équitables…

Merci M Duhamel, enfin une réaction sensée à ce plan libéral… Jusqu’à présent la complaisance des médias (voyez l’édito d’André Pratte) faisait pitié à voir:

http://www.cyberpresse.ca/place-publique/editorialistes/andre-pratte/201104/04/01-4386176-un-programme-rassembleur.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_BO40_editoriaux_199_accueil_POS1

Il ne faut pas oublier que si les libéraux ont pu être responsables dans le passé c’est pour une grande part grâce à Paul Martin et parce que le gouvernement conservateur qui l’avait précédé avait fait un bonne partie du travail, notamment en instaurant la TPS et en réformant les tables d’impôt.

Cette fois c’est différent, ce parti a changé, les libéraux sont devenu une sorte de parti gauche caviar, pas vraiment différent du bloc en fait à l’exception de la question nationale.

Non seulement ils s’engagent à plus de dépenses au pire moment mais en plus il ne demandent qu’à encourager les ménages Canadiens à s’endetter davantage avec un crédit à la rénovation.

Ce pays a besoin de réformes structurelle importantes et ces gens ne cherchent qu’à nous enfoncer davantage.

Comment peut-on être déconnecté de la réalité à ce point?

« Les baisses d’impôts vont permettre aux entreprises d’investir davantage, d’embaucher plus et de payer des salaires plus élevés, ce qui amènera de nouveaux revenus fiscaux au gouvernement. »

De la bouillie pour les chats!

Investissements = oui (peut-être pas au pays)
Embaucher = oui (si croissance et que le seuil de rentabilité demeure concurrentiel avec l’étranger)
Payer des salaires plus élevés = foutaises (pouvoir d’achat du contribuable ne cesse de diminuer)

Mon père m’a toujours dit: « mon p’tit gars, tant que tu rapportes plus à l’entreprise que ce que tu peux lui coûter, tu vas conserver ton emploi ».

Le Canada est déjà l’une des juridiction du G20 où le taux d’imposition est le plus bas. Il est passé de 22% à 16,5% cette année et les conservateurs prévoient le réduire à 15% l’an prochain.

Les chiffres des Libéraux sur ce point sont basés sur ceux des conservateurs.

Pour ma part à 19,5% nous étions déjà dans le peloton de tête. Alors comme m’a déjà dit un commerçant prospère: « Ça sert à rien de te tirer dans le pied avec des réductions de prix trop généreuses. Quelqu’un qui cherche un prix, va l’acheter chez toi jusque parce que tu es cinq sous de moins, pas besoin de réduire de cinq dollars. »

Pour ajouter à l’argument de SensCommunRugueux…

Moins d’impôt aux entreprises = Plus de profit net.

De continuer cette équation avec…
… = plus d’embauche + de meilleurs salaires
relève du jovialisme.

Il est possible également que ces profits additionnels seraient ré-investis dans l’entreprise sous forme d’achat d’équipement.

Toutefois, la tentation serait sans doute aussi très forte pour simplement transformer ces profits en dividendes au actionnaires.

Comme la fiscalité sur les dividendes est bien plus légère que sur les profits, on y perdrait au change.

« Comme la fiscalité sur les dividendes est bien plus légère que sur les profits, on y perdrait au change. »

… Et si les actionnaires sont américains, alors l’argent disparaît du Canada, et l’Oncle Sam va en profiter.

@ Gaston (# 6):

1- Si je ne m’abuse vous faites erreur car les dividendes que les actionnaires reçoivent sont imposés à + ou – 35% alors que les profits des sociétés sont imposées à environ 17%…

2- Pour ce qui est des gros méchants actionnaires américains, que dire des actionnaires canadiens (et québécois) qui possèdent des actions des sociétés étrangères soit via leur courtier ou via des fonds communs de placement?

Selon moi, votre « vision » des choses économiques est rétrograde et arrièrée. Pendant que le reste de la planète vit au XXIe Siècle, vous en êtes encore au petit marché local du XVIIIe Siècle.

Évoluez de grâce!!!

Le plan libéral fonctionnerait très bien avec des hausses de taxes.

Et si le PLC re-coupait les transferts aux provinces comme dans les années 90, Charest devrait nous siphonner davantage chaque année. Non merci.

@ Gaston

« … = plus d’embauche + de meilleurs salaires
relève du jovialisme. »

Je ne dis pas que votre affirmation n’est pas une possibilité, mais elle est trop simpliste et généraliste.

Une entreprise doit survivre, croître et se démarquer. Pour cela elle engage pour soutenir son expansion. Si son compétiteur fait de même, il y aura pénurie des meilleures ressources humaines et de là, l’augmentation des salaires afin de demeuré compétitif. Tout dépends du contexte, mais ça demeure un scénario (une possibilité) très réaliste.

Concernant la façon dont les partis traitent les finances canadiennes, c’est aussi pathétique qu’au provincial, à la seul différence que le fédéral est en meileure posture.

@François 1er:

« 1- Si je ne m’abuse vous faites erreur car les dividendes que les actionnaires reçoivent sont imposés à + ou – 35% alors que les profits des sociétés sont imposées à environ 17%… »

Je présume que tu fais référence à l’impôt fédéral. J’ai donc vérifié le traitement des dividendes dans mon rapport d’impôt fédéral. Cela va comme suit:

1- Il faut ajouter ces dividendes à notre revenu total. Le taux d’imposition maximal au fédéral est de 29% (pour des revenus imposables de plus de $127,000.)

2- À la ligne 425, on accorde un crédit d’impôt pour dividendes. Dépendant du type de dividendes, on a droit à 18% ou 13.3%.

3- Donc, dans le pire des cas, le montant net d’impôt qui sera payé pour les dividendes sera de 11% ou de 15.7%, selon le type de dividendes.

Pour ce qui est des sociétés, je crois que l’impôt est actuellement de 16.5%

Au provincial, le traitement des dividendes est très similaire.

Je maintien donc mon affirmation que la fiscalité est plus légère sur les dividendes que sur les profits de sociétés.

@Francis Nadeau:

Oui, tu as raison. J’ai peut-être été un peu trop simpliste et généraliste.

Il y aura sûrement embauches et augmentations de salaire dans certaines entreprises.

Toutefois, il existe plusieurs industries « matures » où il n’y a plus vraiment de croissance, ou très peu. C’est ce type d’entreprises qui paient justement des dividendes à leurs actionnaires, parce que leurs actions ne s’apprécient plus que très lentement.

Si c’est entreprises font plus de profits, ils iront donc systématiquement en dividendes.

L’argument que vous présentez à propos des répercussions positives des réductions d’impôt aux entreprises m’apparait de plus en plus comme une vue de l’esprit de la part d’économistes un peu trop optimistes. Quant à l’étude de M. Coiteux que vous mentionnez, sachez qu’une autre étude vient d’être publiée dans le Globe and Mail et elle arrive à des conclusions tout à fait opposées. D’ailleurs, la publication de cette étude a embêté sérieusement M. Harper, car elle contredit un de ses « arguments de vente » dans la présente élection.
Bien que votre M. Coiteux semble être quelqu’un de compétent et de très connaissant en la matière, il faudrait faire comme avec les études en médecine: attendre d’autres études plus approfondies avant de pouvoir dire qu’on a l’heure juste. On ne peut sûrement pas taxer le Globe and Mail d’antipathie viscérale envers les conservateurs (En fait, je parierais plutôt sur le contraire). Si on a publié cette étude, c’est qu’elle leur semblait sûrement aussi valable qu’une autre.
Cependant, il faudrait peut-être adopter une attitude plus agnostique envers les économistes, c’est-à-dire douter un peu plus, plutôt que de répandre la « bonne nouvelle » aussitôt que l’un d’entre eux s’est exprimé publiquement. Personnellement, je doute de plus en plus de la capacité des économistes à comprendre vraiment le fonctionnement de notre système économique, surtout quand certains des plus réputés d’entre eux expriment des doutes semblables. Quant à leur capacité à prédire le comportement de l’économie à court, moyen et même long terme, la dernière crise financière a démontré qu’ils ont lamentablement échoué, tout comme en 1929. Alors, vous comprendrez que j’ai de sérieux doutes quant à la véracité d’affirmations aussi optimistes. Les économistes sont parfois un peu trop jovialistes.

L’article du Globe and Mail qui semblait réfuter l’argumentation de la très vaste majorité des économistes a fait grand bruit. Il a cependant été lui-même réfuté dans les heures qui ont suivi sa parution par un collaborateur régulier du Globe sur ces mêmes questions:

http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/economy/economy-lab/stephen-gordon/corporate-tax-cuts-a-look-under-the-hood/article1972965/

Presque toutes les études empiriques qui ont été effectuées sur le sujet vont dans le même sens: la baisse du taux d’imposition stimule l’investissement des entreprises et cet investissement accru stimule la croissance économique et les recettes fiscales. On ne peut donc calculer le manque à gagner fiscal de la baisse du taux de taxation des bénéfices des entreprises de manière statique comme le fait la plateforme libérale.

Cette plateforme est d’ailleurs aux antipodes de celle mise en pratique par le même Parti Libéral sous Jean Chrétien, Paul Martin, et même de celle qui aurait été mise en place sous Stéphane Dion si celui-ci avait été élu (le taux d’imposition des sociétés aurait alors baissé jusqu’à 14% et non 15% comme on est en train de le faire).

On doit donc interpréter le débat actuel principalement sous l’angle de la communication politique et non de l’analyse économique rationnelle. Cette dernière sera toujours plus compliquée qu’un slogan électoral et cela vaut pour tous les partis.

Moi je vois cela différemment.

Les entreprises tout comme les consommateurs vont investir une certain montant des réductions d’impôts dans les équipements. Vrai.

Elles vont se garder un certain capital comme feraient les consommateurs.

C’est ce que j’ai appris quand j’ai fait mes études au MBA, Hec. Ce qui vrai pour le consommateur est aussi vrai pour les entreprises.

Maintenant essayons de voir l’impact des augmentations du capital dans les entreprises.

Si les coffres sont bien remplis, la première incidence sera l’augmentation des « Take over », comme Rio tinto, Equinox (4G), Potash, et toutes les autres. Ces entreprises deviennent des cibles parfaites parce que les acheteurs prennent le cash de la compagnie pour payer le Take over et vont l’endetter à nouveau. Ceci n’est rien de nouveau, cela s’est fait amplement dans les années 80, si on se souvient un peu de l’histoire.

Si c’est un take over étranger, chinois, australien etc, les impôts n’iront plus dans les coffres de nos gouvernements et la population canandienne va s’appauvrit. Convention internationale oblige.

Les bénéfices des sociétés en augmentant vont aussi causer une pression à la hausse sur le bénéfice net et indirectement sur les salaires des PDG et leur entourage. Les PDG sont payés en fonction de la rentabilitém des entreprises.

@ René 112

« Les PDG sont payés en fonction de la rentabilitém des entreprises. »

J’ose suggérer une petite correction à un MBA du haut de mes semelles minces.

Les PDG sont payés selon l’argent qu’ils font entrer rapidement dans les poches des actionnaires majeurs. Pour eux le mois prochain c’est un autre monde, ce qui a causé la crise actuelle, et la perte de GM et Chrysler.

N’hésitez pas à me corriger.

@François 1er:

En réalité, tes références me donnent entièrement raison.

Je te rappelle qu’on parle de la proposition du PCC de réduire l’impôt FÉDÉRAL sur les sociétés pour créer de l’emploi. Il faut donc se limiter à comparer le côté Fédéral seulement. Ce que j’ai fais d’ailleurs dans mon texte du 6 Avril dernier.

Tu dis:
« Il y en a des tonnes comme ça et le taux d’imposition total des dividendes au Québec est aux alentours de 33%. »

Ici, tu parles du taux d’imposition total. Soit FÉDÉRAL + PROVINCIAL. Et tu compares ce chiffre au taux d’imposition des sociétés au FÉDÉRAL seulement. Belle mathématique!

Revenons à tes références. La première indique ce qui suit:

Taux d’imposition FÉDÉRAL des dividendes: 12.15% ou 16.36%, dépendant du type de dividende. La légère différence entre ces chiffres et les miens est sans doute causée par le fait que ton document date de 2006, tandis que je me servi des règles pour l’impôt de 2011.

Ta seconde référence (qui date également de 2006) ne parle que du taux COMBINÉS (donc, fédéral + provincial). Malheureusement, elle n’indique pas la partie FÉDÉRAL seul.

Elle est quand même intéressante pour démontrer que pour un particulier, les revenus en dividendes sont bien moins imposés qu’un revenu d’emploi. Je te cite les chiffres:

Taux ordinaire sur le revenu: 48.22%
Taux sur les dividendes: 36.35% ou 29.69%, dépendant du type de dividende.

J’ai bien l’impression que tu t’es tiré dans le pied!