La Société Radio-Canada malade du hockey

Si la CBC cède ses revenus potentiels des samedis soirs — et de presque tous les soirs du printemps en période de grande écoute — pour diffuser une ou deux parties de hockey, c’est carrément suicidaire, dit Pierre Duhamel.

Photo: Damian Strohmeyer /Sports Illustrated/Getty Images
Photo: Damian Strohmeyer /Sports Illustrated/Getty Images

On peut reprocher au Parti conservateur le régime sec qu’il impose à la Société Radio-Canada. La diminution de 115 millions de dollars sur trois ans des crédits parlementaires alloués au diffuseur public a forcément des répercussions sur son fonctionnement et sa programmation.

Mais un article du Globe and Mail publié cette semaine montre que les dirigeants de la société d’État sont très bons pour se tirer eux-mêmes dans le pied.

Blogue EconomieÀ compter de mercredi soir (et jusqu’au mois de juin), la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) cède son antenne gratuitement — et n’engrange aucun revenu publicitaire presque tous les soirs de la semaine, en période de grande écoute — pour avoir le seul privilège de diffuser une ou deux parties de hockey des éliminatoires de la Ligue nationale. Du coup, elle se prive des revenus publicitaires qu’elle pourrait obtenir d’une programmation alternative.

Cette situation découle de l’entente signée avec Rogers (propriétaire de L’actualité), quand la société torontoise a arraché à la CBC et à TSN/RDS les droits exclusifs de la LNH pour une période de 12 ans.

Plutôt que de perdre sa franchise Hockey Night in Canada, la CBC a accepté de diffuser sur ses ondes, les samedis soirs et pendant les séries éliminatoires, les reportages produits par Rogers. C’est cette dernière qui empoche tous les revenus publicitaires, puisque c’est elle qui a payé chèrement les droits (5,2 milliards de dollars) et qui assume tous les coûts de production.

La perte des droits du hockey a été catastrophique pour la CBC. Entre octobre et décembre dernier, ses revenus publicitaires ont fondu de 51,8 %, la majeure partie de cette baisse étant attribuée aux revenus qui avaient été obtenus au moment de la diffusion des matchs de hockey.

Le Globe and Mail évalue la perte de revenus pour ces seuls trois mois à 45,2 millions de dollars. Sur une base annuelle, la baisse des crédits parlementaires pour la société d’État se chiffre à 38,3 millions de dollars.

Il faut néanmoins faire attention, car la CBC a perdu les droits mis à l’enchère en 2013. C’est donc injuste de comparer avec la situation antérieure, au moment où le réseau public était propriétaire de la plus belle franchise de la télédiffusion canadienne. Cette période est révolue.

Ce qui est bête dans cette histoire, c’est que la CBC perd à la fois les revenus qu’elle engrangeait avec le hockey et ceux qu’elle pourrait obtenir en présentant une autre programmation. Selon les années, la publicité représente entre le cinquième et le quart des revenus du diffuseur public.

La direction fait valoir que le hockey a une belle valeur promotionnelle pour l’antenne, qu’elle ne prend aucun risque puisqu’elle n’a pas de droits à payer et qu’elle joue son rôle de diffuseur public en rendant les parties accessibles à un plus grand nombre de Canadiens.

Tout cela est très joli, mais le combat pour la survie du diffuseur public est d’abord financier. Jusqu’à maintenant, tous les efforts de redressement — c’est-à-dire la diminution des budgets et des postes, dont on se plaint énormément en certains milieux — ne compensent même pas la perte des revenus du hockey.

Si, par-dessus le marché, la société d’État cède ses revenus potentiels des samedis soirs — et de presque tous les soirs du printemps en période de grande écoute — sur son antenne principale, c’est carrément suicidaire.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

2 commentaires
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Objectivement, je pense que vous nous présentez-là un « billet d’humeur » et non spécifiquement un « billet économique ». Les problèmes liés aux droits de diffusion du hockey sont connus, ils remontent déjà à plusieurs années avec la perte de la Soirée du Hockey sur Radio-Canada et finalement c’est le réseau de CBC a été touché.

CBC-Radio-Canada ont un service des sports exceptionnel. Tant sur le réseau français que sur le réseau anglais. Ils disposent d’une expertise unique, leur réseau des sports est présent sur d’autres manifestations sportives de calibre mondial : Jeux-Olympiques, Coupe du monde de soccer et prochainement les Jeux du Commonwealth, sans oublier de faire mention de la Coupe Rogers.

Qu’est que CBC aurait à gagner à ne plus diffuser de hockey et remplacer ça par quoi ? Peut-être des « soap opéras » à la gloire du conservatisme sous toutes ses formes ? La société CBC-Radio-Canada a fait le choix de préserver autant que faire se peut ses salles de rédactions pour préserver l’information et continue d’offrir des divertissements sportifs de qualité, animés par des journalistes expérimentés chevronnés et des collaborateurs uniques dans leur genre, je pense à Don Cherry notamment.

Je suppose que c’est un choix. Un choix que je respecte personnellement. Celui de choisir de conserver ses soldats en vie. — À vous lire, il n’est point de salut qui ne soit purement consumériste. Le marquis de Sade avait raison, la seule chose qui puisse vraiment prospérer sur cette terre, c’est le vice. C’est pour cette raison d’ailleurs que tous nous périssons.

Excellentes séries éliminatoires !

« Si, par-dessus le marché, la société d’État cède ses revenus potentiels des samedis soirs — et de presque tous les soirs du printemps en période de grande écoute — sur son antenne principale, c’est carrément suicidaire. »

Comment ne pourrait-elle pas céder ses revenus publicitaires? Rogers a les droits de diffusion exclusifs, ils n’ont aucune raison d’accepter de partager les revenus publicitaires avec la CBC quand ils ont leur propre réseau.