La concurrence américaine (2) : Est-ce la faute du huard ?

Le Canada souffre-t-il de ce qu’on appelle la « maladie hollandaise » ?

Cette « maladie » est causée par une trop forte dépendance de l’économie envers les ressources naturelles. Quand les prix de celles-ci augmentent, la devise s’envole et fragilise les secteurs de l’économie qui ne dépendent pas des matières premières. Pourquoi « hollandaise »? Parce que le phénomène a été observé pour la première fois avec la découverte de gaz naturel dans les années 1960 aux Pays-Bas.

Le Canada a tous les symptômes de la maladie hollandaise. L’ouest du pays est propulsé par l’exploitation de ressources en forte demande alors que le centre industriel se trouve aux prises avec une devise plus élevée qui sape la compétitivité de ses entreprises exportatrices.

Pourtant, je trouve que le dollar était beaucoup plus  « malade » en février 2002, alors  qu’il gisait à 62,13 cents.

Pendant les années 1990 et le début des années 2000, les entreprises canadiennes ont reçu deux cadeaux du ciel : un accès plus facile au marché américain grâce à l’ALÉNA et un dollar canadien déprécié  qui les rendait extrêmement concurrentielles sur ce marché.

L’économie canadienne en a profité, car c’était devenu une bonne affaire pour les entreprises de s’installer au Canada ou d’y investir. Alors que le secteur manufacturier avait entrepris sa décroissance dans tous les pays industrialisés, le Canada ajoutait 541 500 emplois dans la fabrication entre 1994 et 2002. Le mouvement était tel que la part du secteur manufacturier québécois dans l’économie est passée de 19,5 % en 1990 à 23,6 % en 2000.

Cela ne pouvait pas durer. Les finances publiques canadiennes, qui avaient jeté le huard par terre, ont repris du mieux et le prix des matières premières, notamment celui du pétrole, s’est envolé, exerçant une forte pression à la hausse sur le dollar canadien.

Les beaux emplois créés dans les années 1990 ont disparu. En fait, on s’est aperçu que plusieurs de ces emplois étaient artificiels et reposaient sur un avantage strictement conjoncturel, c’est-à-dire une devise sous-évaluée. Dorénavant, pour concurrencer les manufacturiers américains, il faut être plus innovateurs et plus productifs, car nous jouons à arme égale avec un dollar canadien essentiellement à parité avec le billet vert.

C’est ce combat que nous sommes peut-être en train de perdre.

Depuis la fin de la récession, les entreprises américaines ont augmenté de 26 % leurs achats en achats d’équipements, rapportait un article du New York Times il y a quelques mois.

Que se passait-il au Canada et au Québec pendant ce temps ? Décontenancés par la montée rapide du huard et voyant leur profitabilité diminuer, les dirigeants d’entreprises manufacturières  ont diminué les investissements.

En 2008, les fabricants canadiens investissaient 19,9 milliards de dollars en immobilisations, matériel et outillage. Ces investissements ont diminué à 14,3 milliards de dollars en 2009 pour remonter légèrement à 14,8 milliards en 2010. Le même phénomène a été observé dans le secteur manufacturier québécois alors que les immobilisations et les achats de matériel et d’outillage, qui étaient de 4,1 milliards de dollars en 2008, ont chuté à 3,1 milliards de dollars en 2009 et à 2,8 milliards de dollars en 2010.

En moyenne, la durée de vie d’une nouvelle usine est de neuf ans seulement. Sans investissements, une usine finit par mourir.

Pendant que les manufacturiers américains se réoutillaient, les fabricants canadiens ne profitaient pas d’un huard fort pour mieux s’équiper. Cela ne fait qu’accroître la sous-performance canadienne au niveau de la productivité du travail. Du premier trimestre de 1997 au premier trimestre de 2011, la productivité du travail au Canada a diminué de 17 % par rapport à celle enregistrée aux États-Unis.

On peut parler de maladie hollandaise, mais c’est le manque de productivité qui fait mal au secteur manufacturier. La maladie hollandaise, c’est une grippe. Le manque de productivité, c’est un cancer.

Notons par ailleurs, que le mal hollandais, aussi grave soit-il, n’a pas empêché l’économie canadienne de créer 2 185 000 emplois supplémentaires entre février 2002 et janvier 2012.

L’économie québécoise ? Elle compte 392 700 emplois de plus qu’en février 2002. Tout cela, malgré une dure récession et la faiblesse actuelle du marché du travail.

 

 

 

 

7 commentaires
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À force de trop chercher à identifier l’erreur humaine « productivité » on en oublie de rechercher les composantes du coût de nos produits. La hausse continuelle des prix du pétrole a influé directement sur les coûts réels de nos produits. Le transport de la matière première, ou des matériaux de base, au transport vers le client des produits est un élément qui semble être volontairement exclus !! Pourquoi? Je persiste à dire que les coûts de transport, directement ou indirectement liés aux coûts de nos produits est l’ennemi #1. Exigeons que les transports ferrovières obtiennent le renouvellement de leurs infrastructures, que leur utilisation soit encouragée par des généreux crédits d’impôts ce qui baisse encore leurs coûts !! Le transport par train est beaucoup moins affecté par les fluctuation des prix du pétrole !!Pi notre environnement et nos infrastructures routières sont épargnés !

>on s’est aperçu que plusieurs de ces emplois
>étaient artificiels et reposaient sur un avantage
>strictement conjoncturel, c’est-à-dire une devise
>sous-évaluée

Quels sont les arguments pour dire que la devise était sous-évaluée alors plutôt que surévaluée maintenant? J’imagine que le déficit plaide pour le premier et le pétrole pour le second. Mais comment tranchez-vous sur l’importance relative de ces effets?

Si les entreprises canadiennes n’investissent pas assez, alors pourquoi leur consentir des biasses d’impôts? On nous a vendu cette idée de baisses d’impôts sur la base du calcul suivant : les entreprises utiliseront les sommes écnomisées pour réinvestir dans leurs opérations. La belle affaire finalement : les entreprises se mettent cet argent dans les poches et vont l’investir dans des pays où la main-d’oeuvre coûte moins cher. Après ça, on va essayer de nous faire croire qu’on est pas productif parce qu’on ne travaille pas assez?? On va nous dire qu’il faut repousser l’âge de la retraite?? Les discours de la droite sont tellement dasns le champs….

Ca fait 5 ans que la piasse est parité. Au début on nous a dit: soyez patients un ti-peu. On a de gros inventaire. Faut qu’on liquide avant de baisser les prix. On attend encore la baisse.

«Comment une motoneige fabriquée au Québec peut-elle être vendue 33 pour cent moins cher aux États-Unis?», s’est questionné M. Cran. «Comment une camionnette manufacturée au Canada peut-elle être vendue 5000 à 6000 $ de moins de l’autre côté de la frontière? Pourquoi un livre imprimé aux États-Unis est-il vendu 33 ou 50 pour cent plus cher au Canada?»

Même la commande d’un livre sur un site internet américain à destination du Canada peut faire grimper la facture de façon substantielle, a-t-il souligné. «S’il y a une explication, je ne l’ai pas encore entendue», a ajouté M. Cran

C’est pour cela que les défendeurs de la loi du marché et le gouvernement Harper ont fait baissé l’impôt des entreprises s’appuyant sur la fable que ces baisses seraient porteuses d »investissements accrues.
En finale ces baisses d’impôts ont été retournés en grande partie en dividendes aux investisseurs.

Ces baisses sont partie prenantes du déficit.
Le peuple devra se serrer la ceinture et travailler jusqu’il en crève un max pour diminuer la dépense des prestations de veillesses.
Demandé aux actuaires de dire le contraire

Réoutiller les entreprises pendant que le dollard canadien est fort ?

Mais tous le problème viens du fait que notre dollars fort ne se traduit pas en réduction des prix.

la fluctuation des prix des marchandises que je vends moi-même depius 12 ans ne semble pas obéïr aux loix d’un marché de libre concurence.

Alors allez dont voir pour des marchandises spécialisés de niche comme l’outillage manufacturier…

Mon expérience personnel me laise croire qu’un très grand nombre d’entreprise manufacturière canadienne sont en fait des facades d’entreprise américaine. C’est peu être leur faute si notre marché intérieur est fausé.

@ Den

« Réoutiller les entreprises pendant que le dollard canadien est fort ?

Alors allez dont voir pour des marchandises spécialisés de niche comme l’outillage manufacturier… »

Je ne sais pas quel est votre domaine, mais quand un manufacturier a besoin d’outillage ce n’est pas 15% plus cher qui va l’arrêter, sinon c’est qu’il n’a pas les moyens d’acheter. Dans un deuxième temps il achète s’il a de quoi à produire.

De plus l’outillage du secteur manufacturier ne provient pas en grande partie des USA et quand c’est une machine US ou Can, les composantes les plus chères son de l’Asie ou de l’Europe: Fanuc etc.
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Les entrepreneurs Québécois ont été négligent sur la machinerie de pointe c’est vrai.

Par contre J’ai un ami qui dans son domaine a ce qu’il y a de mieux dans son domaine sur la planète comme machinerie. Ses compétiteurs US copient ses procédés. Mais voilà il ne peut plus vendre aux USA, même s’il est mieux équipé qu’eux, la valeur du dollar en étant la grande responsable.

Alors avis à ceux qui veulent planter les US avec un dollar à parité. Vous aurez le transport à payer en plus.

Évitez de copier.

L’innovation et la créativité sont des solutions. Les produits d’Apple sont innovants, mais ils surtout séduisants. Sont-ils tellement plus pratiques? Boff! Mais sa passe.

Autre exemple:

Ici on dit que le bois c’est mou, que c’est mort. Pourtant cette matière fait partie des matériaux composites. Les matériaux c’est se qu’il y a de plus HI tech aujourd’hui et cette industrie doit se débrouiller seule avec sa pauvreté. Alors je leur dis ne lâchez pas.

Par contre on a choisi d’aider l’automobile ce qui est important et les pétrolières qui peuvent de débrouiller seules. De plus on fait des cadeaux à grand coup d’argent aux minières qui ne nous rapporterons que des plats de binnes.