La concurrence américaine (4) : la guerre des subventions

Pour l’agrandissement de son usine de Wichita, au Kansas, un investissement de 52,7 millions de dollars, Bombardier a obtenu des subventions d’environ 64 millions de dollars.

Bienvenue dans le monde des subventions généreuses octroyées par les États, villes et counties américains, un monde dévoilé par le journaliste François Shalom, dans The Gazette, de samedi.

Le Kansas, le county de Sedgwick et la ville de Wichita ont beau être républicains à l’os, rien n’est trop beau quand il s’agit d’attirer ou de conserver des usines qu’on juge précieuses pour le développement économique. Les grands principes sur le rôle réduit de l’État et la réduction des déficits publics passent au second rang.

Les cas où l’aide publique est supérieure à l’investissement privé ne seraient pas rares. Boeing aurait reçu l’équivalent de 220 % de son investissement pour une usine à Everett, dans l’État de Washington.

Un professeur et chercheur au Centre d’études internationales de l’Université du Missouri à St-Louis, Kenneth Thomas, a écrit trois livres sur les subventions aux entreprises. Interviewé par le collègue de The Gazette, il évalue à 70 milliards de dollars les aides et subventions accordées annuellement par les États et les gouvernements locaux américains. Ce montant exclut l’apport du gouvernement fédéral.

Les usines québécoises font face à des concurrents américains qui nous chipent des emplois, notamment (et pas exclusivement) à cause de la générosité des gouvernements locaux américains. C’est le cas de Mabe (avantages fiscaux de 26,5 millions $), d’Electrolux (99% de l’investissement payé par le Tennessee, la ville de Memphis et le comté de Shelby) et de la décision de Kruger de réinvestir dans une usine à Memphis (aide fiscale de 45 millions $) plutôt qu’à Crabtree.

Les grands discours sur l’abolition pure, simple et instantanée des aides aux entreprises, qu’ils proviennent de la droite ou de la gauche, sont l’équivalent pour moi d’aller au front avec des pistolets à eau. La conséquence immédiate serait l’équivalent de Massacre à la scie sur le secteur manufacturier québécois.

Pourtant, nous dépensons beaucoup trop (le Québec compterait à lui seul pour 8,7 % de l’aide octroyée par les 50 États, les villes et les counties) et manifestement mal les milliards de dollars que nous consacrons en aides aux entreprises. Un de nos problèmes, me semble-t-il, ce sont les crédits d’impôts, surtout ceux à la R&D.

Au lieu de donner un coup de pouce ponctuel à une entreprise qui veut investir, nous avons créé un monstre fiscal complexe qui s’applique à toutes les entreprises se trouvant dans la même situation et qui se perpétue comme un abonnement année après année. Ces crédits d’impôts coûtent une fortune et – on le voit dans l’industrie pharmaceutique – ils ne font pas leur travail.

Le paradoxe, c’est que le Québec et le Canada ont opté pour des crédits d’impôts universels par souci de justice et pour éviter toute perception de favoritisme envers une entreprise ou un secteur en particulier. Mais quand un État américain tient à un investissement qu’il juge stratégique, il donne une bonne vieille subvention discrétionnaire contre laquelle nos gouvernements sont impuissants.

Oui, il faut réduire substantiellement le montant alloué en subventions aux entreprises. Mettre le compteur à zéro serait néanmoins pure folie dans le contexte actuel. Négocier leur abolition totale avec nos partenaires commerciaux ? Bonne idée, mais bonne chance quand des millions d’Américains et d’Européens sont sans travail !

 

 

13 commentaires
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En fait, ce sont les politiques interventionistes de Hussein Obama qui tuent le Québec!

Eh ben…

Quand on pense que tout ce qui se fait de gauchisto-bolchéviks au Québec se prosternent devant cet ennemi du peuple…

C’est écrit en toutes lettres Francois 1er Ce montant exclut l’apport du gouvernement fédéral
michel lafrance

Ottawa dit qu’il ne peut pas aider l’industrie forestière parce que cela conviendrait aux règles du libre-échange.

Est-ce que ces règles ne s’appliquent qu’à Washington et Ottawa, et non aux provinces et états?

M. Duhamel, qu’entendez-vous par « Countries »?

Mon erreur, je voulais dire county plutôt que country.
Les courties sont des subdivisions géographiques ou politiques des États américains, sauf en Louisiane où on utilise « paroisse » et en Alaska ou on parle de boroughs (arrondissements ?).

Merci M. Duhamel pour votre précision au sujet des « county ».

Est-ce que vous savez si ces county ont un pouvoir de taxation? Si non, d’où prennent-ils leur financement?

De façon plus large, qui a un pouvoir de taxation aux É-U? Évidemment, il y a le fédéral et les états, mais qui d’autres? County, school board, etc…?

Merci.

Vous me demandez l’impossible car les pouvoirs et responsabilités des counties ne sont pas les mêmes dans les 50 États. Dans certains cas, ils ont beaucoup de pouvoirs et gèrent sur leur territoire tous les services des gouvernements supérieurs. Dans d’autres cas on pourrait les comparer aux communautés urbaines ou aux MRC ou aux districts judiciaires.
Le comté de Shelby, au Tennessee, détient « tous les pouvoirs sauf ceux que n’autorise pas l’État ». Son territoire est immense (783 milles carrés) et englobe la ville de Memphis. Il gère les services de santé, de justice, l’éducation, l’agriculture et les services publics. Le comté est dirigé par un maire qui est élu.
Dans d’autres État, les comtés n’ont aucune responsabilité particulière.

On coupe toute les subvention et un réduit à zéro l’impôt sur les corporations.

On va se battre pour ouvrir des usines au Québec.

Mais il faudrait aussi faire le ménage dans les charges sociales.

Et pourquoi pas couper les impôts aux entreprises et ainsi encourager l’entrepreneurship en général au lieu de faire assumer ces impôts seulement par les entreprises locales?

Si vous croyez vraiment que ce qui fait la force de l’économie US est sa capacité de subventionner alors allez-y, faites le aussi.

Moi je m’achète un bon popcorn et je vous regarde aller 🙂

Nouveau slogan pour les Républicains: «Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais!»

Je déteste toute cette hypocrisie et ces économistes de salon… (« Sunday coaches » à l’américaine)

Le Brésil (Embraer) et le Canada (Bombardier) se sont livrés durant plusieurs années à une guérilla juridique devant l’OMC justement à propos de subventions à leurs industries aéronautiques.

Il est intéressant de noter que les É-U semblent immunisés contre de telles pratiques.