La crise du pouvoir d’achat

Le gouvernement du Québec prévoit récolter un demi-milliard de dollars de moins cette année qu’il n’en espérait il y a quelques mois à peine à cause du ralentissement de l’économie. Ça pourrait être pire parce le ministère des Finances reste néanmoins plus optimiste dans ses prévisions que certains économistes du secteur privé, notamment ceux du Mouvement Desjardins.

Le Québec navigue dans des eaux troubles. Il n’est évidemment pas le seul à se démener dans la tempête. Je lisais dans le journal économique français Les Échos que l’endettement accumulé par les particuliers, les entreprises et les États a quadruplé en une génération dans les pays développés. Cet endettement massif et extrêmement rapide est à la source même de la crise financière dont on arrive pas à se défaire.

Le scénario est partout le même, avec quelques variables nationales dépendant de l’état de santé du secteur financier et de l’ampleur des mesures d’austérité. Les États ont toutes les misères du monde à contenir leurs déficits et taxent davantage leurs citoyens pour essayer de limiter leur endettement. Les ponctions gouvernementales et les coupes dans les paiements aux individus diminuent leur pouvoir d’achat, ce qui en retour ralentit l’économie et les recettes attendues. Résultat : on n’arrive pas à faire fondre la dette et on peine à réduire les déficits. Voilà un cercle vicieux dans toute sa splendeur.

C’est ce que nous vivons au Québec. La dette publique nette du Québec a quintuplé entre 1988 et 2012, passant de 31 milliards de dollars en 1988 à 167 milliards en mars 2012. Elle ne représentait que 24,2 % de notre économie, la voilà à près de 50 % du PIB.

Cela a deux conséquences. Le service de la dette est devenue le troisième poste budgétaire en importance et il faut dégager une dizaine de milliards de dollars chaque année pour en payer les intérêts. Pour payer notre dû, contenir la dette à un niveau acceptable aux créanciers et payer les services publics que nous nous sommes octroyés, il faut constamment accroître les recettes de l’État.

La liste suivante n’est pas exhaustive, mais elle demeure impressionnante.

Nous avons subi deux hausses successives de la taxe de vente qui est passée de 7,5 % à 9,5 %, le tout procurant au bas mot 2,4 milliards de plus dans les coffres du gouvernement.

Pour la quatrième année consécutive, le gouvernement du Québec a accru lundi d’un cent la taxe sur le litre d’essence. Les tarifs d’hydro-électricité augmentent de 2,4 % et il a fallu le courage de la Régie de l’énergie pour empêcher la hausse de 3,4% demandée par Hydro-Québec et le gouvernement pour renflouer les coffres de ce dernier.

La contribution santé (ou taxe santé) coûte 200 dollars aux contribuables qui gagnent 42 000 dollars par année et 1000 dollars chez ceux qui gagnent plus de 150 000 dollars. Le taux d’imposition pour les revenus supérieurs à 100 000 dollars a été augmenté à 25,75 %.

Le taux de cotisation à la Régie des rentes augmente chaque année, et ce, jusqu’en 2017. La plupart des droits et cotisations, sauf les frais de garde et en partie les droits de scolarité universitaires, ont été augmentés.

Résultat : nous avons moins d’argent dans nos poches, d’autant plus que les salaires n’augmentent pas vite. Les gains salariaux sont au plancher dans la fonction publique soumis au régime d’austérité et dans le secteur privé soumis en partie à la concurrence internationale.

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Tableaux : Institut de la statistique du Québec

C’est fâcheux dans une économie où les dépenses de consommation constituent le principal moteur. Elles comptent en effet pour 65.5 % du PIB du Québec, 72,2 % en ajoutant la construction résidentielle.

C’est doublement fâcheux parce que les Québécois supportent le plus lourd fardeau fiscal au Canada et aux États-Unis (à moins qu’on prenne l’exemple restreint d’une famille de deux enfants à revenus très moyens et qu’on ne tienne compte que de l’impôt sur le revenu).

C’est triplement fâcheux parce que le revenu hebdomadaire moyen des Québécois les place au septième rang au Canada, derrière à peu près n’importe qui.

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Il y a une solution pour augmenter le pouvoir d’achat : créer plus d’occasions d’affaires, dynamiser l’économie, susciter plus d’investissements privés et créer plus d’emplois payants.

Mais est-ce en multipliant les moratoires et en menaçant de hausser les impôts que nous y arriverons ?

 

 

6 commentaires
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Voilà où nous ont mené les politiques interventionistes des socialistes qui ont géré le Québec depuis la « Révolution tranquille »: dans l’mur!!!

Quand on pense qu’il y en a d’autres (les gauchistes!) qui veulent donner encore PLUS de NOTRE argent à ces incompétents…

Eh misère…

La dette a augmenté de 20 milliards d’un seul coup en 1998 lorsqu’on a changé la comptabilité de ladite dette

L’étau de la réalité se referme sur le modèle Québécois (et aussi français, espagnol, italien, etc…)

Il est maintenant clair que la fiscalité n’est pas la solution, étouffer davantage les contribuables et l’économie privée dans l’espoir de maintenir le régime actuel ne fera qu’accélérer son agonie.

La seule solution réside dans la croissance.

Malheureusement les solutions proposées par tous les partis politiques représentés à l’assemblée nationale passent par l’intervention de l’état et autres plans nord, verts, St-Laurent, etc… Cela malgré le fait que le Québec est déjà de loin la province la plus interventionniste au Canada, avec les résultats qu’on sait. Me semble qui si cette approche fonctionnait on le saurait.

Quoi dire de plus? Bien sûr il existe des solutions mais compte tenu des rapports de force en place elles sont absolument impraticables au Québec. Pensez vous vraiment que nous puissions réduire sérieusement la taille de la fonction publique? Régler à l’avantage des contribuables les problème des retraites des fonctionnaires? Réduire le pouvoir des syndicats et sabrer dans les conventions collectives? Privatiser à grande échelle des services jusqu’ici assumés par l’état? Éliminer des programmes et remplacer les subventions par des baisses d’impôts? Simplifier les réglementations et éliminer des tracas administratifs (au lieu de ça on fait l’inverse comme avec la loi 14)?

Les Québécois ont besoin d’être libérés, mais ça n’arrivera pas. Je maintiens ce que je répète depuis des années et qui peu à peu se concrétise: nous nous enfonçons et les vrais changements n’auront lieu qu’après avoir touché le fond.

Que c’est dommage et triste… Les Québécois méritent mieux mais les nouveaux curés qui les dirigent en ont décidé autrement.

Sans compter que le Québec va perdre son sugar daddy au cours des prochaines années. Voir la chronique de votre collègue blogueur Pierre Fortin sur la baisse prévisible de la péréquation.

Au moins ici on a pas le chômage élevé chronique comme en France.

Force est de constater que quelques soient les politiques en vigueur, socialo-communisme Québécois comme le laissent entendre certains commentateurs ici même ou ultra libéralisme à la sauce USA, tous les pays sont dans le même bateau.
Et si on essayait de gérer la décroissance? Voilà un sujet tabou pour les politiciens et aussi les journalistes, ceux ci en parlent bien peu, mais qui est à mon avis le meilleur moyen de régler les problèmes environnementaux de la planète.
La solution suggérée par M. Duhamel, stimuler la consommation, ne fait que repousser la date de l’effondrement du système actuel.

Donc LA solution passe par plus de consommation, vous dites: ( « augmenter le pouvoir d’achat : créer plus d’occasions d’affaires, dynamiser l’économie, susciter plus d’investissements privés et créer plus d’emplois payants. »)… ce qui va rapporter plus de revenus fiscaux à l’État et permettre aux consommateurs de consommer plus donc de soutenir l’économie. Mais et vous n’en parlez pas, avec cette logique, lorsque l’économie prend un peu de mieux les consommateurs sont incités à s’endetter pour consommer d’avantage et là nous sommes joliment dans le pétrin. Le cercle vicieux comme vous l’appelez ne serait-il pas là justement dans cette logique qui veut que le seul moyen de maintenir l’économie en vie c’est de toujours consommer plus ?

L’État a ses torts, il prend parfois de mauvaises décisions, lorsqu’il joue bien son rôle ses interventions dans l’économie ont pour but d’orienter / favoriser le développement dans un sens qui sera favorable à la collectivité, s’il n’intervenait pas (ce que vous semblez souhaiter) nous serions carrément à la merci des entreprises privées qui justement n’ont qu’un seul objectif : toujours pousser plus loin la consommation en hésitant pas à maximiser leurs efforts de marketing et de publicité pour souvent « créer artificiellement la demande » et nous amener pour sûr dans ce fameux cercle vicieux.