La dent sucrée du tigre indien

Les producteurs de sirop d’érable du Québec lancent une opération charme en Inde. Croissance importante en vue!

(Photo: Nicolas Mesly)
Philippe Leblanc et Antoine Pfister présentent leurs produits d’érable lors d’une exposition alimentaire. (Photo: Nicolas Mesly)

Les Indiens raffolent des gulab jamun, ces petits beignets frits puis trempés dans du sirop fait à partir de sucre de canne. Mais s’il n’en tient qu’à la coopérative québécoise Citadelle, de Plessisville, les gulab jamun seront bientôt faits avec du sirop d’érable!

Citadelle, le plus gros producteur et exportateur de sirop d’érable au monde, a recruté il y a trois ans Antoine Pfister, un Français qui vit en Inde depuis 10 ans, spécialiste du marketing. Son rôle: développer le marché indien. Lors de l’exposition alimentaire Aahar, tenue à New Delhi en mars dernier, il accueillait, plan de match en tête, les visiteurs au pavillon du Canada. Celui-ci, qui abrite les kiosques d’une vingtaine d’entreprises, est facile à repérer avec sa structure tapissée de grosses feuilles d’érable rouges. Le réputé chef Sabi —le meilleur de l’Inde, selon le premier ministre Narendra Modi— s’active aux fourneaux. Il a été invité pour cuisiner des plats mettant en vedette des produits canadiens. Dont des crêpes relevées de sirop d’érable. Et c’est Antoine Pfister qui l’alimente en or blond du Québec!

Une fois le bec sucré, les visiteurs sont nombreux à se rendre au kiosque de Citadelle, facilement repérable lui aussi. Sur les étagères mettant en valeur le sirop québécois, certaines bouteilles ont la forme d’une feuille d’érable. «On vise le marché haut de gamme des grandes villes comme Delhi, Bombay ou Bangalore», explique Antoine Pfister.

Le boum économique des dernières années, en Inde,  favorise le développement d’une classe moyenne jeune, qui forme un bassin de 350 millions de consommateurs, soit l’équivalent de la population totale des États-Unis.

Citadelle est la seule des quatre entreprises québécoises participantes à avoir un représentant à l’exposition. Les autres ont simplement envoyé des échantillons. Dont l’entreprise montréalaise Yourbarfactory, qui fabrique des barres collations pour différents clients. Le Groupe MDMP, un regroupement de pêcheurs de Gaspésie qui compte cinq usines de transformation de produits de la mer, a envoyé des dépliants faisant la promotion du crabe des neiges et du flétan.

Ces initiatives pourraient tarder à livrer leurs fruits. «Les Indiens attachent beaucoup d’importance à la relation personnelle, d’où l’importance d’être présent», affirme Louis-Philippe Forget, directeur par intérim du bureau du Québec en Inde jusqu’à l’automne dernier. Pour une PME aux ressources limitées, cela signifie un investissement à long terme, dit-il.

Au kiosque de l’Ontario, je retrouve Gurdip Singh, représentant du ministère de l’Agriculture de l’Ontario, établi en Inde depuis trois ans. Il s’empresse de me présenter Albert Ng, président de Park Tak International, qui fait de l’import-export dans le domaine alimentaire. Cet homme d’affaires de Markham, en Ontario, effectue la promotion de son popcorn sucré, dont certains emballages présentent des photos des chutes Niagara, d’autres des Rocheuses.

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne a fait du secteur agroalimentaire un de ses principaux moteurs économiques. Il y a une vingtaine d’années, la province a créé Exportations alimentaires Ontario (EXALO), chargées de promouvoir les exportations agroalimentaires, notamment en Inde, mais aussi d’aider les entrepreneurs à exporter leurs produits.

Albert Ng ne regrette pas d’avoir mis le pied en Inde, où son chiffre d’affaires croit de plus de 20 % par année. «Pour les matières premières comme le sirop d’érable ou les canneberges, je m’approvisionne au Québec», dit-il.

L’homme d’affaires souligne cependant que les exigences indiennes d’étiquetage des produits et la lourdeur de la bureaucratie peuvent en décourager plusieurs…

Si on en croit Louis-Philippe Forget, qui tient la barre au pavillon canadien, la conjoncture est favorable. «Au début des années 2000, sous le gouvernement libéral de Jean Charest, il y a eu un engouement pour le marché indien, suivi d’un essoufflement, les possibilités commerciales ne s’étant pas concrétisées. Avec la croissance économique actuelle de l’Inde, les planètes sont alignées», estime-t-il.