La dette, ça va !

Les Québécois sont maintenant moins endettés que les Japonais, les Italiens, les Français, les Britanniques, les Espagnols et les Américains.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

Depuis 20 ans, la dette du Québec a traversé trois phases. De 1996 à 2009, son poids dans l’économie s’est tout d’abord allégé, comme le montre le graphique plus bas. Ce fut grâce à l’application rigoureuse de la Loi sur l’équilibre budgétaire, introduite par Lucien Bouchard, qui imposait le déficit zéro en vertu d’un consensus social acquis en 1996.

La dette est ensuite entrée dans une deuxième phase. Pendant six ans, de 2009 à 2015, elle s’est mise à augmenter plus vite que le PIB. Que s’est-il passé ? Une sérieuse crise des infrastructures a frappé le Québec. La dégradation des routes, des ponts, des hôpitaux et des écoles était devenue insupportable. Il y eut des pertes de vie lors de l’effondrement des ponts d’étagement du Souvenir et de la Concorde. La ministre Monique Jérôme-Forget a réagi en annonçant un plan de réfection des infrastructures qui a fait investir à l’État 70 milliards de dollars en immobilisations brutes de 2008 à 2015.

Ce sont surtout les emprunts nécessaires pour financer ces investissements qui ont provoqué la hausse de la dette du Québec. Contrairement à une opinion répandue, les déficits budgétaires qui ont accompagné et suivi la récession n’expliquent que le quart de la hausse de la dette de 2009 à 2015. Ils ont d’ailleurs été parmi les plus faibles du monde industrialisé. Les déficits du Québec ont totalisé 11 milliards durant cette période, tandis que ceux accumulés par l’Ontario, juste à côté, ont atteint 76 milliards !

On voit sur le graphique que, depuis son sommet, à 55 % du PIB en mars 2015, la dette du Québec vient d’amorcer une troisième phase, descendante celle-là. Qu’est-ce que le gouvernement cherche à faire maintenant ? Rien d’autre que de se conformer à sa loi sur la réduction de la dette. Cette loi, introduite par Jean Charest, est plus contraignante que la loi du déficit zéro, de Lucien Bouchard. Depuis 2010, la loi Charest oblige l’État à abaisser le poids de sa dette à 45 % du PIB en mars 2026. De plus, elle le force à y arriver en engrangeant d’ici là d’importants surplus budgétaires annuels. Depuis 2015, il a déjà enregistré deux surplus, totalisant 8 milliards de dollars. Le budget 2017-2018 du ministre des Finances, Carlos Leitão, projette d’accumuler encore des surplus de 36 milliards au cours des neuf années à venir. Cela donnerait un surplus de 4 milliards par année en moyenne. Ces excédents budgétaires seraient déposés dans le Fonds des générations, le compte d’épargne du Québec à la Caisse de dépôt.

Les agences de notation du crédit sont ravies et ont amélioré la cote du Québec. Il faut naturellement se réjouir de leur réaction. Mais cette jubilation financière a un coût. Dégager ces surplus budgétaires continuera à exiger de dures compressions de dépenses, au moment même où la santé n’arrive plus à suivre l’explosion de la demande de soins, où l’éducation a besoin d’une deuxième révolution dans notre monde robotisé et mondialisé, et où le plan des infrastructures est loin d’avoir achevé sa tâche de redressement.

Pour se conformer à la loi, il faudra donc réaliser des excédents budgétaires plus importants, avec bien moins d’argent que ce qu’envisageait le législateur à l’époque, car la croissance économique, bousculée par le vieillissement, s’annonce bien plus lente que ce à quoi les prévisionnistes s’attendaient lorsque les paramètres de la loi ont été fixés, en 2010.

Plutôt que de poursuivre la route sous contrainte de la loi Charest, un compromis sensé consisterait à stabiliser le poids de la dette à 50 % du PIB, ce qui est déjà presque atteint, au lieu de continuer à l’abaisser jusqu’à 45 %. Le budget reviendrait à la norme du déficit zéro établie par Lucien Bouchard plutôt que de continuer à se gorger de surplus annuels de 4 milliards.

Certains peuvent craindre que la dette à 50 % du PIB maintienne le Québec dans le club des nations les plus endettées de la planète. Cette crainte n’est plus fondée. En 2008, l’endettement total des Québécois était au 5e rang des plus élevés du monde. Mais les données pour 2016 montrent qu’il est descendu au 11e rang, soit tout près de la médiane des pays riches. Nous sommes maintenant moins endettés que les Japonais, les Italiens, les Français, les Britanniques, les Espagnols et les Américains. L’endettement des autres Canadiens occupe le 12e rang, étant juste un peu moins élevé que le nôtre.

Trop, ce serait comme pas assez. Stabiliser la dette du Québec à 50 % du PIB plutôt que de s’accrocher à la cible de 45 % fixée dans d’autres circonstances serait un bon moyen de combiner rigueur et bon sens. Nous ne sommes plus en 2010, mais en 2017.

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27 commentaires
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Pierre Fortin nous écrit ceci : « Nous sommes maintenant moins endettés que les Japonais, les Italiens, les Français, les Britanniques, les Espagnols et les Américains. »

Par ses propos, il nous faut donc déduire qu’en matière budgétaire, le Québec est d’ores et déjà un État entièrement indépendant qui gère les fonds et détient toutes les obligations qui incombent en général à ce genre de nations.

Il me semble pourtant que pour établir d’excellentes comparaisons, il convient d’analyser la structure de chaque dette pour pouvoir le plus adéquatement du monde la comparer. Ainsi la structure d’une dette souveraine comme celle des Britanniques et déjà difficile à comparer avec celle des Français.

Elle devient de plus en plus compliquée à comparer lorsqu’on analyse les finances des fédérations (ou des confédérations) avec celle des pays dont la structure est centralisée.

Ainsi la France — qui n’est pas une fédération -, la structure de région n’est effective que depuis 2016 ; leur pouvoir de taxation est limité, toute introduction d’une taxe dans une région doit être validée d’abord par le Parlement (Chambre des députés).

Au Canada ou aux États-Unis, les Provinces et les États disposent d’un plein pouvoir de taxation.

Pour établir un certain niveau de comparaison. Il faudrait alors combiner la dette brute du Canada au prorata du poids démographique du Québec dans le Canada avec la dette brute du Québec ; ou cumuler l’ensemble des dettes provinciales + fédérales divisées par le nombre d’habitants du Canada, puis multiplier cette dette cumulée unitaire par le nombre d’habitants du Québec.

J’aimerais ajouter certains éléments qui viennent grever (plus ou moins) la dette de chaque pays, ce sont : les finances des caisses de retraites qui dans plusieurs pays (ou régions) sont déficitaires. Dans certains cas, le déficit des caisses vient s’amalgamer à la dette de l’État. C’est le cas de la France notamment. Dans d’autres cas, ce sont des comptes séparés. C’est le cas de l’Allemagne notamment.

Par exemple dans le cadre des négociations sur la consolidation de la dette grecque. Les finances des caisses de retraites ont été un élément capital dans cet exercice de refinancement quitte à paupériser drastiquement une partie de la population.

On vante souvent l’extraordinaire capacité des Allemands à produire des équilibres budgétaires, mais en faits cet équilibre et imputable aux fait que les Bundesländer (Provinces) ont leur propre capacité de taxation, que le déficit cumulé des caisses de retraites n’est pas amalgamé à la somme de la dette fédérale.

À ce titre, la France tout comme l’Italie dont les finances se rapprochent de plus en plus de l’équilibre budgétaire (baisse importante du déficit public), sont parmi ceux qui font le mieux présentement en matière de gestion, ce malgré le passif du ratio dette/PIB.

Quoiqu’il en soit, comme Québécois, je me réjouis de l’excellent travail initié par monsieur Carlos Leitão et je suis confiant quant-au fait que l’État va réinvestir au meilleur des intérêts de toutes les Québécoises et des Québécois.

Vous avez raison , comparer l’ état québecois à de grands pays plus populeux et qui gèrent l’ entièreté de la dette nationale de leur pays est assez audacieux et induit à l’ erreur les citoyens canadiens et surtout les citoyens de la province de Québec qui elle fait partie de la confédération canadienne ! Dites-moi comme ça est-ce que nous sommes plus ou moins endettés que la Catalogne, la Bretagne,la Sicile, la Californie ect…

La comparaison avec ces pays plus endettés que le Québec est un peu boiteuse. Les Américains ont les reins un peu plus solides que ceux des Québécois, disons. Les Français et les Britanniques se pensent encore une grande puissance et cela leur coûte des sous. Les Italiens et les Espagnols étaient encore il y a peu au bord du gouffre. Les Japonais tentent depuis vingt ans de relancer une économie toujours chancelante.
Quand le Québec aura une population supérieure à 50 millions d’habitants, et le secteur privé qui va avec, on en reparlera.

Pierre Fortin aime toujours se comparé au pire et non au meilleur. Quand on se compare au pire sa veut dire que le Québec vas pas si bien que cela

Correction: Pierre Fortin aime toujours se comparer au pire et non au meilleur. Quand on se compare au pire, ça veut que le Québec va pas si bien que cela.

Correction: Pierre Fortin aime toujours se comparer au pire et non au meilleur. Quand on se compare au pire, ça veut que le Québec ne va pas si bien que cela.

Quelqu’un a pensé remercier les Libéraux pour la saine gestion des fonds publics?

Vous avez raison, les libéraux ont fait un travail colossal depuis 3 ans et les seuls qui crachent dessus sont les syndicats de la fonction publique qui ont toujours faim et de plus en plus voraces!

On ne félicite pas une gestion de la stupidité. Une économie monétaire de production a comme identité que le déficit public doit égaler le déficit de la balance courante plus l’épargne financière nette du secteur privé. Si le public accumule des surplus, immanquablement les deux autres variables doivent compenser. Nous sommes donc dans la situation ou le public a des surplus, la balance courante est déficitaire. Comme l’épargne financière nette du secteur privé est insuffisant, pour équilibrer l’identité décrit ci-haut, les ménages et les entreprises doivent s’endetter. Il ne faut pas se surprendre si des organisations internationales comme le FMI ou l’OCDE s’inquiètent de l’endettement des Canadiens et incidemment des Québécois.

Pourquoi une personne aussi responsable et crédible que Pierre Fortin n’est pas plus écoutée par le gouvernement actuel ? En 2017 nous avons besoin de mettre à jour nos approches en fonction des réalités. Merci à Pierre Fortin pour cet article aussi intéressant.

J’ aurais le goût de vous répondre pourquoi M. Fortin ne se présente pas en politique pour remplacer Carlos Leitao ?

Si on enlève la valeur d’Hydro-Québec (150G), de la SAQ (5G), du Fonds des générations (10G), on n’a presque plus de dette

Vous voulez dire que si nous VENDIONS ces 3 organisations (et peut-être Loto-Québec en plus!), nous n’aurions presque plus de dette publique?

Il y a longtemps que je milite pour la privatisation de ces organismes (sauf le fonds des générations) car l’État n’a rien à y foutre.

Ni d’actifs…Laissez les gens compétents faire les calculs pour vous d’accord?

Ouais si on enlève les revenus de l’ état et en plus on dépense tout le bas de laine pour rembourser la dette … Euh! On va se retrouver devant quoi ?
Parler pour rien dire…

Très juste comme analyse, d’autant plus que contrairement à un humain qui souhaite payer ses dettes avant sa mort, un état ne meurt pas.
À un coût d’emprunt inférieur à 3%, ne pas avoir de dette (ou vouloir la diminuer coute que coute), c’est affirmer que nous sommes incapables de créer plus de valeur que le coût de l’emprunt.
Dans un tel cas, il faudrait avoué que l’on manque de talent, de stratégie, d’un bon plan.
Qu’en dites-vous?

Rien de tout cela. Sans rien faire, un État diminue sa dette si la croissance de sa production, son PIB, est supérieure à la croissance des taux d’intérêt réels. Un PIB peut croître de plusieurs façons sans être la conséquence du talent, d’une planification ou d’une stratégie quelconque.

Voilà qui est fort bien. Ce sera plus facile pour affronter le choc lorsque l’Alberta se retirera du système de peréquation.

La péréquation est une loi fédérale et constitutionnelle financée par les impôts et les taxes de tous les Canadiens. Les Abertains n’ont pas le choix de ne pas payer les impôts et les taxes du gouvernement fédéral.

Un seul moyen de régler l’endettement. Il faut se soulever comme peuple et s’attaquer à l’Accord de Bâle signé par Trudeau père en 1974. Depuis, le Canada ne crée plus sa monnaie, il doit l’emprunter aux système mafieux des Banques privés. Depuis cet accord, l’endettement du Canada à passé de 20 milliards à plus de 600 milliards! Nos médias de masse en parle pas de ce problème primaire…ils ne parlent que des problèmes secondaires! Faisons comme en Islande et révoltons nous! L’Islande…une autre chose que nos médias de masse ne nous parlent pas! Il ne faudrait pas réveiller les gens, trop les instruire car ils pourraient faire la même chose! Un peuple instruit ayant comme valeur principale l’éthique, devient une civilisation forte!

Monsieur Fortin, nous attendons vos calculs sur notre dette réelle si :

1. L’évitemevent fiscal avait été empêché.

2. Les fonds planqués dans les paradis fiscaux étaient récupérés.

L’injustice fiscale démarre les révolutions (1774 et 1789).

Pierre Fortin a été, au cours des 30 dernières années, l’économiste le plus joyeux de l’économie québécoise. Au diable la dette qu’il disait. Ok. Le Québec est une province comme l’Ontario ou la C-B et comme canadiens, on a une responsabilité et une solidarité face à la dette canadienne. Ajoutons les dettes de nos villes et on est aussi endettés que les autres. On a besoin d’économiste socialiste comme lui mais sa place est plutôt dans une salle de classe et plus vraiment sur la scène public. On ne donnera plus un chèque en blanc à des pseudo pauvres en santé et jeunes gâtés par les babyboomers ou l’état avec des programmes sociaux généreux. Les jeunes africains, latino-américains, asiatiques poussent la compétition à un autre niveau et avec moins de ressources que nos jeunes. C’est une bonne idée de réduire la dette et pas faire la fête. Pas de chèque en blanc au privé non plus, comme les É-U ont fait en donnant l’argent des contribuables pour sauver les banques.

« Les groupes religieux sont exemptés de taxe municipales et scolaires.(…)
les religions frustrent la province de $4 à $5 milliards par année. (…) pire,
aucun impôt personnel et déductions fiscales pour les dons aux organisations religieuses.
Aucune taxe foncière sur les 1130 lieux de culte.
Et subventions à 60% des 106 écoles privées religieuses soit $106 millions par an payés par l’ÉTAT.
+
Facultés de théologie, organisations du croire et non du savoir., financées par millions de $ par l’État.

Tiré du chapitre 9 de « Le livre noir de l’Églie catholique au Québec » de Normand Rousseau. P. 161 à 196.

Cessons de nous laisser rouler par la bigoterie insensée et coupable d’une totale injustice fiscale.

Et notre part à l’intérieure de la dette Fédérale avant de nous comparer avec des pays unitaire?