La diplomatie de l’or noir

Même les ambassades canadiennes sont désormais enrôlées pour défendre et promouvoir le pétrole albertain ! Et Ottawa sort les gros canons pour mettre en échec des lois étrangères qui nuisent à ses exportations. Les affaires étrangères sont-elles devenues les affaires pétrolières ?

Photo : Zuma Wire Service/Alamy

Le député Kriton Arsenis ne l’avait pas vu venir. Il s’attendait, comme beaucoup de ses collègues du Parlement européen, à ce que les lobbyistes des compagnies pétrolières canadiennes montent au front, ces deux dernières années, pour s’opposer à l’adoption de la Directive européenne sur la qualité des carburants. Cette loi, si elle était adoptée par le Parlement, pénaliserait la vente de carburants issus des sables bitumineux, jugés plus polluants que ceux provenant d’autres types de pétrole. Mais les sociétés pétrolières sont restées discrètes… « Le lobby le plus actif a été celui du gouvernement canadien ! » dit, encore étonné, Kriton Arsenis, un Grec de 34 ans aux longs cheveux bruns qui siège à la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen, laquelle a étudié le projet de loi.

Depuis trois ans, le gouvernement de Stephen Harper sort les gros canons pour mettre en échec toute loi susceptible de nuire aux exportations des ressources naturelles canadiennes, nouveau fer de lance de l’économie. Dans son arsenal : les ambassades canadiennes. Toutes sont mises à contribution pour en faire la promotion, spécialement dans le domaine énergétique, auprès de députés et de ministres de différents pays, de congressistes américains, de premiers ministres et de présidents. « On est devenus une diplomatie essentiellement économique », affirme une source, qui a requis l’anonymat. Les enjeux concernant les ressources naturelles et l’énergie occupent désormais le quart des activités de l’ambassade à Washington, ajoute-t-elle.

Photo : Paul Marnef/Union Européenne 2011

La stratégie a porté ses fruits au Parlement européen, en février dernier. La Commission européenne n’a pas obtenu, pour l’instant, la majorité requise pour faire adopter sa Directive sur la qualité des carburants. Cette dernière aurait accordé une cote aux carburants en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), de l’extraction jusqu’à la consommation – 107 pour les sables albertains, 87 pour le pétrole traditionnel. Une cote élevée caractérisant un carburant plus polluant, la Commission imposerait une « pénalité » aux sociétés pétrolières, qui la refileraient aux consommateurs. « C’est discriminatoire pour les sables bitumineux et ce n’est pas basé sur des études scientifiques », soutient le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, qui a menacé de traîner l’Europe devant les tribunaux si la loi était adoptée. Les principaux pays sur lesquels le Canada a fait pression se sont abstenus ou ont voté contre l’initiative, notamment la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne. Le vote définitif a finalement été reporté en 2013.

Les compagnies pétrolières ont été discrètes dans le bras de fer diplomatique avec l’Europe, mais elles ont été actives en coulisse. La stratégie de promotion des sables bitumineux, élaborée par Ottawa en 2009, l’a été en collaboration avec le gouvernement de l’Alberta et l’Association canadienne des produits pétroliers, qui représente les géants de l’industrie. L’objectif : contrer les lois qui peuvent nuire au pétrole canadien en Europe et aux États-Unis. Et éventuellement en Asie.

Le Canada ne vend actuellement pas une goutte de pétrole en Europe – 99 % de sa production prend la direction des États-Unis. S’il a intensifié ses pressions sur le vieux continent, c’est pour empê­cher un « dangereux précédent », dit Joe Oliver.

Car le Canada a bien l’intention de devenir une superpuissance énergétique.

Stephen Harper l’a annoncé dès son premier grand discours à l’étranger, en juillet 2006, devant un parterre d’hommes d’affaires à Londres. Le Canada, a-t-il dit, est le premier producteur mondial d’hydroélectricité, le deuxième producteur d’uranium, le troisième producteur de gaz naturel, le septième producteur de pétrole. « Et c’est juste le commencement », a-t-il lancé, enthousiaste.

Illustration : Sébastien Thibault

Le Canada renferme la troisième réserve de pétrole au monde, derrière l’Arabie saoudite et le Venezuela, a ajouté le premier ministre. Plus de 170 milliards de barils dorment dans le sous-sol albertain, sans compter les 30 milliards de barils potentiels au Québec. Extraire ces ressources sera « epic », une « entreprise comparable à la construction des pyramides d’Égypte ou de la muraille de Chine », a dit Harper aux investisseurs londoniens.

Six ans plus tard, la croissance économique canadienne repose de plus en plus sur l’exploitation et l’exportation des ressources naturelles, qui comptent pour 12 % du PIB. Les chiffres donnent le vertige. En 2011, la forêt, le pétrole, le gaz, les minerais et les autres produits du sous-sol canadien représentaient 26 % des exportations – 119 milliards de dollars -, contre à peine 9 % en 1998. Durant la même période, les exportations manufacturières, jadis le cœur de l’économie du pays, sont passées de 50 % à 33 % du total. Le secteur des ressources naturelles emploie aujour­d’hui 338 000 personnes, dont 10 % au Québec. Jean Charest a d’ailleurs mis en marche le Plan Nord pour profiter de la manne.

« La prospérité à long terme du pays est là. Il faut en profiter », dit Ed Fast, ministre fédéral du Commerce international, qui en 2011 a mené pas moins de 11 missions économiques dans 26 pays pour faire la promotion du Canada.

La production pétrolière canadienne a bondi de 40 % depuis 10 ans, passant de 2,1 millions de barils par jour en 2000 à 2,9 millions l’an dernier. De 2007 à 2011, les investissements publics et privés pour moderniser l’équipement, agrandir les installations et augmenter la production dans les secteurs du pétrole et du gaz ont totalisé 231 milliards de dollars ! Durant la même période, les investissements dans le secteur minier ont atteint 45 milliards de dollars, et à peine 995 millions dans la forêt.

Une manne qui doit continuer à croître, affirme le gouvernement Harper. « Il faut diversifier nos mar­chés et trouver un moyen d’exporter notre pétrole en Asie. C’est la voie de l’avenir », dit Ed Fast.

Mais avant de penser exporter en Chine, Ottawa voulait contrecarrer les plans de l’Europe.

Début 2010, le Haut-Commissariat canadien à Londres est devenu la tête de pont de la stratégie de promotion des sables bitumineux. Les ambassades d’Oslo, de Bruxelles, de Paris, de Berlin et d’Ams­terdam ont été mises à contribution. En 12 mois, plus de 110 rencontres avec des dirigeants européens ont permis de faire pression pour que la Directive sur la qualité des carburants soit mise au rancart.

En février 2011, un an avant le premier vote crucial à la Commission européenne, le lobby s’intensifie. Dans les magnifiques locaux à boiseries du Haut-Commissariat canadien à Londres, à Trafalgar Square, au cœur de la capitale, une douzaine de diplomates canadiens de partout en Europe et quatre fonctionnaires venus d’Ottawa reçoivent deux journées de formation sur les techniques de lobbying « efficaces en Europe ». Une partie de la formation est donnée par Joanne Lemmex, lobbyiste d’Ottawa.

Dans la salle se trouvent aussi le ministre de l’Énergie de l’Alberta à l’époque, Ron Liepert, et des représentants des plus grandes compagnies pétrolières de la planète, Shell, Total, Statoil. Les sociétés canadiennes y sont représentées par l’Asso­ciation canadienne des produits pétroliers. Selon des documents obtenus en vertu de la Loi d’accès à l’information, la rencontre – qui a coûté près de 54 000 dollars – visait à « faire le point sur les leçons apprises dans la dernière année concernant le lobbying, à déterminer les défis à venir et les meilleurs moyens de les relever d’ici la prochaine année », selon la note rédigée par le haut-commissaire à Londres à ce moment, James Wright.

La commissaire sur le climat de l’Union européenne, la Danoise Connie Hedegaard, a senti la pression. « Le Canada a fait du lobbying auprès de la Commis­sion et des États membres de manière intensive. Il a soulevé la question dans le cadre des négociations Union européenne¬Canada sur un accord de libre-échange », a-t-elle dit aux médias en juin 2010.

Lorsqu’on lui rapporte ces propos, le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, se braque. « C’est faux ! On n’a jamais soulevé cette question lors des négociations de libre-échange. Ce sont deux enjeux distincts. Pour le reste, je ne vais pas m’excuser de défendre les intérêts du Canada. L’Europe veut prendre des positions plus politiques que scientifiques. Il ne faut pas injustement stigmatiser notre pétrole. »

Au pays, le lobbying du gouvernement a soulevé l’indignation du Réseau action climat, qui regroupe des dizaines de groupes environnementaux de partout au Canada. Une délégation s’est rendue dans les principales capitales d’Europe (Paris, Londres, Berlin, Amsterdam) pour contredire Ottawa. « Il fallait envoyer le message que la vision du gouvernement conservateur n’est pas celle de tout le Canada. On a encouragé les élus à voter en faveur de la loi sur les carburants », dit Steven Guilbeault, d’Équiterre, qui s’est joint à la délégation en mars dernier.

Le Canada s’ingère dans les lois d’autres pays pour protéger une forme d’énergie très polluante, dit Ste­ven Guilbeault, indigné. Si aucune amélioration tech­nologique ne voit le jour, les émissions de GES des sables bitumineux seront de 159 mégatonnes en 2045, une hausse de 253 % par rapport à 2010, dit-il. « On voit bien que le retrait du protocole de Kyoto n’était que la pointe de l’iceberg d’une stratégie plus large. »

Le ministre Joe Oliver n’est pas d’accord. « On ne veut pas affaiblir des lois environnementales. Les autres pays peuvent voter les lois de leur choix. On souhaite seulement que le pétrole canadien soit traité sur le même pied que les autres », dit-il.

Photo : Jonathan Hayward/PC

Manifestation à Vancouver contre le projet du pipeline Northern Gatheway, qui transporterait le pétrole des sables bitumineux jusqu’à la côte Ouest.

Aux États-Unis, un jeu diplomatique d’un autre genre dure depuis quatre ans. L’article 526 de l’Energy Independence and Security Act (loi sur la sécurité énergétique), votée en 2007, empêche les orga­nismes gouvernementaux américains d’acheter du pétrole dont l’extraction est plus polluante que celle du pétrole traditionnel. Cette disposition empêche théoriquement de grands consommateurs étatiques, comme la poste ou l’armée, d’acheter du pétrole provenant des sables bitumineux.

Cette disposition embête la Maison-Blanche, qui souhaite s’affranchir du pétrole en provenance des pays instables du Moyen-Orient. Le gouvernement américain fait donc fi de la loi pour l’instant. Il a remporté de nombreuses batailles devant les tribunaux contre des groupes environnementaux, affirmant qu’il était impossible de différencier le pétrole traditionnel de celui des sables bitumineux une fois raffiné. Et que la poste et la défense doivent s’approvisionner à des coûts raisonnables.

N’empêche, Ottawa veut faire annuler l’article 526. Avec l’appui du gouvernement albertain et de l’industrie, le gouvernement Harper a multiplié les rencontres avec les membres du Congrès. Le 10 novembre 2010, le lobbying est passé à la vitesse supérieure à la suite d’une rencontre à Ottawa réunissant tous les chefs de mission des ambassades et consulats canadiens aux États-Unis. La stratégie est simple : rappeler que le Canada est le plus grand fournisseur de pétrole des États-Unis, qu’il est un voisin, et un pays démocratique.

Dans ce bras de fer diplomatique, la tête de pont est l’ambassade canadienne à Washington, appuyée par les consulats de Houston et de Dallas, deux grandes villes d’un État pétrolier, et le consulat de San Francisco, État d’où émanent la plupart des nouvelles lois environnementales sur les carburants.

Le bureau du premier ministre Harper suit de près la situation aux États-Unis. C’est d’ailleurs la réticence du président américain à approuver le projet d’oléoduc Keystone XL, l’automne dernier, qui a déclenché la seconde phase de la diplomatie du pétrole à Ottawa. Le 10 novembre, Barack Obama a annoncé qu’il repoussait l’approbation de ce pro­jet de sept milliards de dollars, qui doit acheminer 700 000 barils de pétrole par jour des sables bitumineux jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique.

Stephen Harper était dans son bureau de l’édifice Langevin, à Ottawa, lorsqu’il a appris la nouvelle. Officiellement, le premier ministre s’est dit « déçu » de la décision américaine. En réalité, révè­lent nos sources, il était en colère. « S’ils ne veulent pas de notre pétrole, on va le vendre ailleurs et obtenir un meilleur prix », a-t-il lancé à ses conseillers.

Trois jours plus tard, lors d’un tête-à-tête avec Barack Obama en marge du sommet de l’APEC, à Hawaï, Harper affirme à son homologue que la décision américaine sonne « le réveil » du Canada, trop dépendant des exportations vers les États-Unis.

À son retour d’Hawaï, Stephen Harper convoque son cabinet et distribue une demi-douzaine de nou­velles priorités à autant de ministres. Cap sur l’expor­tation des ressources naturelles vers l’Asie et les marchés émergents. Les mots « priorité nationale » figurent dans les lettres remises aux ministres.

Photo : Sean Kilpatrick/PC

« Vous êtes un partenaire important, mais vous ne serez plus le seul. »
– Stephen Harper à Barack Obama, après que ce dernier eut repoussé le projet d’oléoduc Keystone XL.

Dans les mois qui suivent, Harper se rend en Chine avec des représen tants de l’industrie pétrolière. Le ministre Ed Fast, lui, repart en tournée mondiale dans les marchés en croissance, notamment au Brésil et en Asie. Au pays, le ministre Joe Oliver attaque les groupes écologistes « radicaux », qui pourraient tenter, avec l’argent de grandes fondations américaines, de retarder les audiences environnementales du projet d’oléoduc Northern Gateway – qui transportera les barils de pétrole des sables bitumineux vers les côtes de la Colombie-Britannique, d’où ils seront acheminés en Chine par bateau. Puis, le budget fédéral annonce une accélération des audiences publiques pour tous les grands projets liés aux ressources naturelles.

Au sein du cabinet Harper comme dans les sièges sociaux de Calgary, le sentiment d’urgence est palpable. Car l’Alberta pourrait bientôt être incapable d’exporter davantage de pétrole.

Les oléoducs, qui contribuent actuellement à exporter 2,3 millions de barils par jour, atteindront leur pleine capacité en 2015 ou 2016. Les exportations seront alors de près de 3,5 millions de barils par jour. « Il est évident que tous les projets d’expansion dans les sables bitumineux ne pourront se réaliser sans une plus grande capacité d’exportation », écrit dans un récent rapport le Canadian Energy Research Center Institute, un centre de recherche indépendant sur l’énergie, à Calgary.

Or, entre le début des audiences publiques et la mise en service d’un oléoduc, il peut s’écouler entre deux et cinq ans. Sur les trois gros chantiers annoncés – Keystone XL (TransCanada), Northern Gateway (Enbridge) et l’agrandissement du Trans Mountain (Kinder Morgan) -, aucun n’est près d’un démarrage. Sans capacité d’exportation, les géants du pétrole n’exploiteront pas de nouveaux champs de sables bitumineux.

Une possible catastrophe pour le gouvernement albertain, qui prévoit tirer des redevances de 10,9 milliards de dollars à compter de 2016, une hausse de 170 % par rapport à 2011 (4,03 milliards). À Ottawa, on estime les retombées en taxes et impôts de l’exploitation du pétrole à 311 milliards d’ici 25 ans, uniquement pour le fédéral.

Deux semaines après le dépôt de son budget, en mars dernier, le ministre des Finances, Jim Flaherty, était de passage à Edmonton. Toute cette stratégie, a-t-il dit à la chambre de commerce locale, témoigne de la nouvelle réalité canadienne et d’une économie de ressources naturelles, au centre de laquelle gravite l’or noir. « Le Canada a un avenir brillant. La croissance de l’Alberta est vitale pour la prospérité et les emplois dans tout le Canada. De plusieurs façons, l’Alberta est le centre de l’économie canadienne aujourd’hui. »

L’Asie, plus payante

L’exportation du pétrole canadien vers l’Asie pourrait être l’un des plus importants héritages politiques de Stephen Harper. De nouveaux oléoducs permettraient à l’Alberta d’obtenir un meilleur prix pour son pétrole. Actuellement, le prix du baril est fixé d’après le West Texas Intermediate, aux États-Unis. Chaque baril s’y vend en moyenne 20 dollars de moins que celui du gisement de Brent, en mer du Nord (où s’approvisionne le Québec). Un manque à gagner de 15 à 18 milliards de dollars par année – 40 à 50 millions par jour – pour les sociétés pétrolières albertaines. Et donc moins de redevances pour Edmonton et d’impôts pour Ottawa.

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Rio + 20 : des clés pour comprendre

Du 20 au 22 juin, environ 50 000 personnes, dont plus de 120 chefs d’État, se réuniront à Rio de Janeiro, au Brésil, pour débattre d’un modèle d’économie verte et d’une gouvernance internationale favorisant le développement durable.

Ces délégués de gouvernements et d’organismes assisteront à la Conférence mondiale des Nations unies sur le développement durable, intitulée « Rio + 20 », par allusion aux 20 années écoulées depuis le Sommet de la Terre de 1992, aussi tenu à Rio. Ce sommet avait notamment ouvert la voie au protocole de Kyoto.

Photo : Adrian Wyld/PC

Il y a 20 ans, sous le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, le Canada était considéré comme un pion­nier dans le domaine du développement durable. Cette fois, il pourrait faire figure de détracteur, affirment des observateurs.

Le Canada est le seul pays à avoir annoncé son retrait du protocole de Kyoto. Selon un récent rapport du commissaire à l’environnement et au développement durable, Scott Vaughan, le pays peinera à atteindre ses propres cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En 2020, ses émissions auront augmenté de 7 % par rapport à 2005, plutôt que d’avoir diminué de 17 %. Le Canada réglemente pour l’instant le secteur des transports, mais pas celui du gaz et du pétrole.

Un mois avant la Conférence, le gouvernement du Canada ne pouvait préciser qui serait de la délégation canadienne, outre le ministre de l’Environnement, Peter Kent.

À Rio, les délégués devront trouver une façon de marier prospérité et protection de l’environnement, un défi pour les gouvernements aux prises avec des crises économiques, sociales et climatiques.                                          

Annick Poitras

 

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