La douloureuse impasse budgétaire du Québec

Le Québec n’arrive pas aujourd’hui à équilibrer ses finances, malgré une forte croissance des taxes et impôts.

Être le ministre des Finances du Québec n’est pas un poste de tout repos. Je suis très critique envers Nicolas Marceau, mais je le plains souvent.

Il doit gérer une situation budgétaire qui apparaît sans issue. Il est en effet devenu impossible de concilier les attentes des Québécois, qui veulent toujours plus de services de l’État, et celles des entreprises avides de subventions, alors que la croissance économique et la richesse de la population ne permettent pas d’obtenir les recettes suffisantes pour les financer.

Ce n’est pas faute d’essayer, car on nous a imposé une ponction fiscale supplémentaire de 5 milliards de dollars depuis 2010, ce qui conforte notre statut de juridiction au fardeau fiscal le plus élevé en Amérique du Nord.

À ces 5 milliards, il faut ajouter les 2,2 milliards reçus de façon exceptionnelle du gouvernement fédéral pour l’harmonisation de la TPS à la TVQ. Ces 7,2 milliards n’ont même pas suffi à équilibrer les récents budgets ni à nous enlever le titre peu glorieux de province canadienne la plus endettée.

Deux textes significatifs parus ces jours-ci assombrissent encore plus le tableau.

Cinq économistes affiliés au CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) prévoient que les dépenses annuelles en santé vont doubler de 2013 à 2030, passant de 31,3 milliards de dollars à 61,1 milliards.

Ces dépenses, qui représentent 42,9 % du budget du Québec, devraient atteindre 68,9 % dans 17 ans. Le Québec deviendrait alors un immense ministère de la Santé, démuni et désargenté.

Pourquoi cette hausse spectaculaire ? Parce que nous vieillissons en tant que société, bien sûr, mais surtout parce que le coût des soins augmente.

Inutile d’espérer que la croissance économique puisse absorber cette croissance fulgurante. Dans un autre texte lourd de conséquences, notre collègue Pierre Fortin nous dit pourquoi la croissance économique ne devrait pas dépasser 1,5 % par année au Québec d’ici 2020. Il explique aussi que la création d’emplois sera modeste, avec tout au plus 20 000 emplois supplémentaires par année. Le choc démographique est le principal facteur qui explique cette économie anémique.

Résumons, donc. Le Québec n’arrive pas aujourd’hui à équilibrer ses finances, malgré une forte croissance des taxes et impôts. Les dépenses en santé devraient augmenter de façon substantielle au cours des prochaines années, alors que l’augmentation des revenus générés par la croissance économique sera plus faible. On voit tout de suite l’ampleur de l’impasse.

Comment éviter la tragédie ? Il faudra beaucoup de rigueur et de courage en ce qui a trait aux dépenses de l’État, et il faudra en arriver à une réflexion en profondeur sur la fiscalité.

Voilà deux vastes chantiers qui devraient faire l’objet de commissions particulières, composées des personnes les plus intelligentes et les plus compétentes de notre société. Il faut réinventer l’État québécois pour être en mesure de le sauver.

8 commentaires
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Le Québec vieillit. PLus de vieux, donc plus de personnes à soigner.
A l’opposé, la baisse des naissances dans les années 90 aurait dû se solder par une baisse du budget de l’éducation dans les années 2000. Moins d’enfants, donc moins d’enfants à éduquer.
Or c,est bien méconnaitre la capacité du système à se protéger.
Non seulement le budget n’a pas baissé mais il a monté.
Comment?
On a réduit les classes. On a ouvert les portes à l’immigration. Pis on a ouvert la porte aux étudiants étrangers.
Les profs et les administrateurs ont sauvé leur job. Mais à quel prix?

Même si Harper a radicalement augmenté et continue d’augmenter les paiements de transfert aux provinces et la péréquation ( ce que la plupart des Québécois ignorent), le PQ/PLQ pourrait ressortir le discours du déséquilibre fiscal des boules à mites et blâmer le fédéral et/ou réclamer un autre chèque ad hoc de 2-3 milliards pour « patcher » un budget ou deux? Plein de Québécois croient ou sont prêts à croire que le Canada vit sur le dos du riche Québec.

Au fil du temps, la politique s’est imposée comme une science qui doit être mise entre les mains de spécialistes, de techniciens, de technocrates. Nous avons oublié que la politique est aussi un art. Ce qui signifie que cela requiert des personnes imaginatives et créatives. Cela signifie que cela prenne des personnes qui ne soient pas des politiciens, des personnes qui ne soient pas tenues par des lignes et des disciplines de partis.

Cela prend une société plus interactive, plus rapide pour réagir, plus affirmée aussi pour faire des essais.

Ainsi, on nous construits deux méga-centres hospitaliers avec les coûts que l’on connait, plus les coûts de fonctionnement à venir qu’on ne connait pas encore. En même temps, on ne fait strictement rien avec toutes sortes de médecines alternatives. On veut en plus, mettre des bâtons dans les roues au développement d’une médecine et de soins laissant plus de place au privé ; lorsque donner le choix au citoyen de soins qu’il veut et de choisir les soins dont il a besoin, c’est déjà un premier pas pour avoir et pour conserver une meilleure santé.

La seule question dans ce cas, sera de savoir comment nous allons financer ou bien aider le citoyen pour qu’il puisse avoir accès aux soins de son choix. Il en sera de même pour les soins apportés aux personnes âgées. Fort heureusement toutes ne requièrent pas des soins palliatifs. En termes de réflexion, la question est plutôt de savoir comment occuper positivement les personnes âgées. Une occupation positive réduira d’autant les besoins en soins de santé très sophistiqués. Cela, les japonais qui ont une population qui vieillit encore plus vite que la nôtre, l’ont très bien compris. La santé cela peut aussi consister à fabriquer ses propres sushi et pourquoi pas d’en faire profiter les ami(e)s !

Ce qui est problématique, ce n’est pas le vieillissement de la population, ni le fait de réviser la façon dont il faudrait prélever les taxes et les impôts ; ce qui est grave, c’est cette sclérose et cet immobilisme des élites qui continuent de concevoir la gouvernance et leur rôle sur l’échiquier politique comme voici pratiquement 150 ans.

Est-il possible de s’éveiller tout tranquillement pas vite aux joies et au bonheur d’être, de vivre et d’exister sur cette terre d’Amérique dans ce qui devrait tout naturellement s’appeler le 21ième siècle ?

Le Québec est face à un choix politique : la collectivité doit-elle être un « magasin général » pour tous (tendance socialiste) ou doit-elle aider tous les citoyens à se former puis les laisser assumer leurs choix (tendance libérale) ou enfin ne faire que le minimum (tendance conservatrice) ? L’expérience d’autres pays, dont la France depuuis 30 ans, montre que le premier choix entraîne des demandes, donc des dépenses, sans limites et une insatisfaction générale. Le second doit être négocié ; tous ne sont pas satisfaits mais le dévelopment économique, source d’améliorations, est raisonnable. Le troisième donne des bugets équilibrés mais une insatisfaction des réels besoins de base pour certains. L
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@ gerardgarnier,

Je pense qu’aucune de vos définitions du :
— Socialisme,
— Libéralisme,
— Conservatisme….

…. Ne correspondent à la réalité des faits. D’ailleurs, c’était John Maynard Keynes lui-même qui mettait en garde les gens en déclarant à peu près ceci (je cite de mémoire) : c’est qu’il faut établir une distinction entre ce qui relève de l’économie libérale et ce qui relève des politiques et de ces politiciens qui se disent libéraux, appliquent des politiques sensées être libérales et courent à la catastrophe an nom du libéralisme.

La France dont vous parlez a précisément produit un virage à 180 degrés peu après la victoire de l’Union de la gauche en 1981 — quand beaucoup de programmes sociaux ont été adoptés comme ailleurs dans le monde au lendemain de la deuxième guerre mondiale -, pour adopter des politiques plus libérales (ou considérées par certains comme néo-libérales) que socialistes, suivant en ce sens l’exemple et la tendance de l’époque : celle de Margareth Thatcher, Ronald Reagan et Brian Mulroney qui autant que je sache est conservateur.

Ce que vous dénoncez d’ailleurs, c’est la définition même de l’État providence. Ce qui vous place de facto dans le camp des néo-libéraux. Si ce n’est qu’aucune politique de ce genre n’est vivable à long terme, si elles n’est soutenue par des monnaies fortes, par un épargne élevé (ce qui signifie aussi des revenus élevés), s’il n’y a pas de séparation entre les banques de crédits et les banques de dépôts (l’argent que vous épargnez doit être rémunéré et garanti), s’il n’y a pas concurrence réelle entre les banques et si ces dernières ne disposent pas de suffisamment de fonds propres pour soutenir la concurrence. Le tout étant assorti d’une politique de réelle concurrence des marchés et de stabilité des prix.

Prenons le marché immobilier par exemple : pas sûr que qui que ce soit achète présentement ce type de biens au vrai prix. Une dévaluation moyenne de seulement 10% de tous les biens immobiliers au Canada, entrainerait irrévocablement une baisse ou une stagnation du PIB. Aurait un impact négatif sur le budget des ménages qui ont une hypothèque. Aurait pour effet une hausse des taux d’intérêts. Oubliez donc la croissance pour quelques années.

En d’autres termes les modèles proposés par Friedrich Hayek sont en quelques sortes assez conservateurs et exigent une discipline que peu de citoyens se sentiront prêts à appliquer d’abord à eux-mêmes dès aujourd’hui.

Enfin, vous n’expliquez pas pourquoi les dépenses de programmes augmentent toutes tendances confondues plutôt plus vites que l’inflation et plus vites que les revenus des États. Pas plus d’ailleurs que vous ne nous dites si les gens en ont pour leur argent avec des programmes sociaux ou bien pas.

Bref, personne ne veut souffrir, mais on veut bien faire souffrir les autres au nom du progrès.

Je l’avais dit à l’époque où Bachant avait entrepris sont « tax grab » et répété quand le PQ a renchéri: ÇA NE FONTIONNERA PAS!!!!

Les québécois étaient déjà surtaxés, étouffés par le secteur public, toute hausse du fardeau se traduit par un réaction négative de l’économie qui annule le gain fiscal pour l’état.

C’est d’autant plus vrai dans une économie de consommation, avec des ménages surendettées!

Bref nous sommes dans un impasse et nous n’en sortirons pas sans reculer, c-à-d sans bouffer du pain noir et nous appauvrir.

Pour hausser ce débat, je vous invite à faire la lecture d’un livre écrit par un économiste américain, prix Nobel, Joseph E. Stiglitz » LE PRIX DE L’INEGALITE « .

Nous aurions tous une vision plus globale des enjeux qui se jouent sur la planète. Comment le secteur financier a modifié nos modes de pensée et continu d’entretenir des mythes sur la gestion de nos sociétés…

Ou nous dirigera le modèle américain ? Une autre lecture, que je n’ai pas encore faite, me semble prometteuse en terme de compréhension plus globale ( Moins partisane ) ; c’est : » Pourquoi les pauvres votent à droite ? » par Thomas Frank.

Et vous n’avez encore rien vu.

La Marois est actuellement en Frônce prendre des leçons de « gestion étatique » de la part de son colonisateur qui a mené son pays tout droit au désastre.