La fièvre hollandaise

Voilà, c’est fait. François Hollande, chef des socialistes français, deviendra le prochain président de la République française. Après avoir eu un président issu de la droite depuis 17 ans, les Français ont choisi l’alternance. Rien de plus légitime et de plus compréhensible compte tenu de l’état de la France, de l’Europe et de l’économie mondiale.

On a fait de cette élection un double référendum. Sur la personnalité même de Nicolas Sarkozy et sur une opposition entre l’austérité et la croissance.

Peut-on faire l’économie de l’austérité ? La dette publique française atteint 90 % de la taille de l’économie du pays et aucun gouvernement français n’a réussi à équilibrer le budget de l’État depuis 1981. Il faut avoir de l’imagination pour associer à l’austérité le parti de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac avant lui. À la tête de l’État et du gouvernement, ils se sont avérés hyperactifs et dépensiers. La gauche, au pouvoir sous François Miterrand, ou au gouvernement pendant une partie de la présidence de Jacques Chirac, n’a pas fait mieux.

La dette française, presque absente du débat électoral, fera bientôt un retour en force. Pas besoin d’être prophète pour deviner qu’une fois assermenté François Hollande va déclarer, stupéfait, que la situation financière est pire que prévu. Pas nécessaire de lire dans les feuilles de thé, pour deviner aussi, qu’une fois la domination de la gauche confirmée par les élections législatives de juin, les marchés financiers s’inquièteront d’une nouvelle dérive budgétaire et hausseront le coût des emprunts de la France.

Chaque changement de direction suscite les plus beaux espoirs et les plus beaux élans. Cela ne dure qu’un temps. Comment François Hollande pourra-t-il financer son programme ? Ses principaux engagements supposent une croissance de 1,7 % de l’économie l’an prochain, beaucoup plus que les prévisions l’Institut national des statistiques et des prévisions économiques (Insee) qui s’attend plutôt à une hausse de 1 % du PIB.

La France est dans une situation délicate . Sa dette se creuse, le taux de chômage devrait dépasser les 10 % cet été et les pensions des retraités ne sont pas provisionnées. Comment relancer la machine ? La gauche ne serait pas la gauche sans la promesse de hausser davantage les taxes sur les plus nantis et les grandes entreprises. Le fardeau fiscal des Français est déjà l’un des plus élevé au monde (33 % de plus que le fardeau fiscal canadien en 2008) et les entreprises françaises peinent à être compétitives (déficit commercial de 70 milliards d’euros), mais on aimerait leur rendre la vie un peu plus compliqué.

Pourtant, il faut que François Hollande réussisse ses grandes manoeuvres. Pendant cinq ans, c’est lui qui dictera les règles du jeu. S’il échoue, ce sera le chaos. Personne ne veut que la France ne devienne la Grèce. En votant « contre » l’austérité dimanche et en jetant quasiment à la mer les deux partis traditionnels de la droite et de la gauche, les Grecs ont singulièrement compliqué leur vie. Les voilà maintenant aux prises avec un parti d’extrême-droite et un parti d’extrême-gauche beaucoup plus forts. Et les taux d’intérêt sur la dette grecque ont bondi pour atteindre 21,83 %.

C’est devenu une évidence, les marchés votent à tous les jours.

 

11 commentaires
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Donc, la solution est probablement de proposer à la France de laisser tomber sa souveraineté pour devenir une simple province?

Et bien M. Duhamel, qu’est-ce qu’on fait maintenant?

On ferme tout ça, pis on repart sous un autre nom?

Dans le merveilleux monde du commerce et des affaires c’est pourtant comme ça que ça fonctionne!

Pas sûr que le déficit commercial soit dû à la compétitivité? C’est plutot une histoire de gaz et de pétrole.Comme le Québec

La blague du jour: dans un spectacle de Coluche en 1979, il prédisait l’élection de la gauche en….2012!!! (non il n’a pas prédit la fin du monde)

Dans les faits le programme et la feuille de route proposés par les socialistes sont assez clairs. Contrairement aux propositions recyclées de Nicolas Sarkozy toutes issues de son programme électoral de 2007, preuve en passant qu’on parlât plus pendant cinq ans qu’on a agi. Que peu de promesses ont été tenues dans presque tous les domaines.

Dans les faits le président Hollande est assez féru d’économie, c’est un proche de Jacques Delors de longue date et la vision « hollandaise » est résolument tournée vers la construction européenne, une construction socialement équilibrée dans laquelle petites et moyennes entreprises doivent trouver le cadre et l’harmonie indispensables pour se développer.

Le président Hollande appartient à l’école keynésienne en matière économique, il rejoint ce grand économiste quant au fait le maintien des revenus des citoyens et aussi leur pouvoir d’achat sont essentiels pour assurer la stabilité de l’économie et par le fait même les revenus de l’État. Pour se faire quand on ne peut pas augmenter substantiellement les salaires, peut-on jouer sur la lutte contre l’augmentation des prix, comme sur la productivité des entreprises et aussi sur des circuits de distribution plus courts qui abaissent les prix sans obligatoirement réduire les marges de profit.

Comme la vision de président Hollande est tournée vers l’avenir, il y a encore de nombreux marchés dans le monde qui sont encore sous exploités et même le marché intérieur du pays peut être redéfini de manière à mieux distribuer l’ensemble des richesses et du savoir-faire du pays.

En ce sens, ce qui est proposé aux français et aussi à l’ensemble des peuples et nations de l’Europe et du monde, c’est la fondation d’un « New-deal », une forme de résurrection économique et sociale empruntée en quelques occurrences à la politique initiée par le président Roosevelt aux lendemains de la crise de 1929.

Je pense que les marchés financiers ont très bien compris cette approche pragmatique échelonnée dans le temps, laquelle vise à restaurer un sentiment de confiance qui faisait par les temps qui courent cruellement défaut.

Est-ce avec une boule de cristal avec des petits flocons et un traineau de noël que vous prédisez l’avenir ?

@ SensCommunRugueux (# 2):

« Dans le merveilleux monde du commerce et des affaires c’est pourtant comme ça que ça fonctionne! » (sic)

Ah… Bon…

Les faillites PERSONNELLES n’existent pas sur votre planète?

Mais non M. Duhamel. Hollande va accepter encore plus d`argent des Sheiks du Moyen-Orient pour financer sa social-médiocratie et aini faire de la France un état islamique.

À mon sens, les Français étaient davantage réfractaires à la personnalité globale de M. Sarkozy qu’à celle de M. Hollande, d’où le résultat des élections.

@ François 1

Vous m’enlevez les mots de la bouche.

Alors, il serait peut être temps que le 99% fasse dans les mains du 1%.

Tant qu’à remettre les compteurs à zéro. Allons-y allègrement!!!

En tout cas, pour ceux qui aiment les débats gauche-droite, la France est un bel exemple du fait que les déficits et les problèmes de finances ne sont pas forcément associés à la gauche comme certains essaient trop souvent de le faire croire. Ça fait 20 ans que la dette française suit une courbe pratiquement exponentielle et, pourtant, le pays était dirigé par la droite pratiquement tout ce temps-là. On verra bien ce que fera la gauche cette fois-ci. J’ai comme l’impression que ça ne changera pas autant les choses que certains le disent. Les gouvernements un peu partout dans le monde ont tendance à se rapprocher du centre pour gouverner.

@ SensCommunRugueux (# 9):

Il y a de graves conséquences à la faillite dont celle de remettre son avenir et sa liberté de choisir entre les mains de ses créditeurs…