La fin de la croissance

Est-ce que la croissance économique va se poursuivre d’elle-même dans les pays riches ? Pas sûr et probablement pas souhaitable non plus.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

Ce n’est pas par pure gloutonnerie que nous voulons sans cesse consommer davantage. Notre consommation sert au départ à satisfaire nos besoins primaires, mais passé un certain niveau, nous l’utilisons surtout pour marquer la position que nous occupons dans la société. Nous nous prêtons avec enthousiasme à un jeu de saute-mouton où nous voulons au minimum suivre la parade et, si possible, la devancer un peu, le mode de vie des riches servant d’appât suprême. Et pour y arriver, nous nous noyons souvent dans le travail. C’est une histoire sans fin qui peut faire de nous des quasi-robots prisonniers du sentiment de n’en avoir jamais assez.

Il n’en a pas toujours été ainsi. L’accès à plus de richesse est un phénomène récent dans l’histoire. C’est seulement vers 1750 que la croissance est apparue, d’abord en Europe et en Amérique du Nord, et il y a 60 ans en Asie. Auparavant, le niveau de vie des humains stagnait d’un siècle à l’autre au ras de la subsistance minimale.

L’augmentation de la croissance depuis 270 ans a deux sources : technologique et politique. Le moteur technologique, ce sont les deux grandes révolutions industrielles qui se sont succédé de 1750 à 1950. La première a produit la machine à vapeur et le chemin de fer. La seconde a créé l’électricité, le moteur à combustion, le téléphone fixe, l’eau courante, les toilettes intérieures, les vaccins et la pénicilline. Le moteur politique, ce sont les institutions qui ont protégé la liberté des innovateurs contre le despotisme étatique et qui ont démocratisé l’instruction publique.

Est-ce que la croissance économique va se poursuivre d’elle-même dans les pays riches ? Pas sûr. Au Canada, par exemple, le revenu par habitant a progressé à vive allure de 1929 à 1979, mais a considérablement ralenti depuis 40 ans. Même glissade au Québec. Une troisième révolution industrielle, celle de l’ordinateur et d’Internet, est en cours, mais on voit qu’elle n’a pas ranimé la croissance économique jusqu’ici. Pour l’avenir, rien n’est encore certain. Je suis convaincu, quant à moi, que les innovations du bon vieux temps, comme l’éclairage, l’eau courante, le téléphone fixe et les électroménagers, ont ajouté beaucoup plus au bien-être de l’humanité que les inventions contemporaines, comme le téléphone dit intelligent, les médias sociaux et la reconnaissance faciale.

Aujourd’hui, les gaz à effet de serre (GES) émis par nos systèmes de production et de consommation font peser une grave menace sur l’intégrité physique de la terre, voire sur la survie de populations entières. Comment pouvons-nous éviter la catastrophe ? La réponse est claire : en introduisant au plus tôt la carboneutralité. En adoptant des mesures qui nous amèneront à émettre des GES à un rythme inférieur au niveau critique que la terre peut absorber naturellement d’elle-même. Est-ce possible ? Oui, mais il est urgent d’intervenir, et ce, de trois manières : en rendant plus coûteux ou en interdisant l’usage des énergies fossiles ; en imposant des réglementations sévères contre les autres procédés sales ou destructeurs ; et en accélérant la recherche pour mettre au point de nouvelles technologies propres.

La démonstration que la carboneutralité pourrait être réalisée rapidement et à coût abordable grâce à un tel programme a été faite. Mais pour être concrétisées, les mesures nécessaires doivent bénéficier d’un appui politique des collectivités qui soit ferme, et coordonné au niveau international. Ce n’est pas acquis, parce que l’action collective requise peut entrer en conflit avec la liberté individuelle ou les nationalismes locaux, et que les avantages de la carboneutralité apparaissent souvent lointains et flous, tandis que les coûts pour l’implanter sont immédiats. L’obstacle à surmonter concerne bien plus la réaction du système politique que celle du système économique.

Si nous réussissons par bonheur à relever ce défi, rien ne s’opposera à la poursuite de la croissance économique, surtout dans les coins du monde qu’elle n’a toujours pas rejoints. Car d’énormes disparités de bien-être matériel subsistent entre les pays et à l’intérieur des pays. Plus de 700 millions d’humains vivent encore aujourd’hui dans la pauvreté extrême, avec moins de 1,90 $ par jour. L’humanité pourra continuer à en vouloir plus. Mais la réflexion devra surtout porter sur les meilleurs moyens de contenir les ambitions des plus riches, qui ont déjà pas mal de choses, afin de favoriser les moins nantis d’ici et d’ailleurs, qui n’en ont pas encore assez et ont raison d’en vouloir plus.

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La croissance est un argument maintes fois avancé par les politiciens.

La croissance économique est d’usage mesurée par l’aune de la croissance du PIB. De l’avis de plusieurs économistes contemporains, cet indicateur n’est pas suffisant pour établir la richesse de chaque pays. D’autant que la mesure est aussi dépendante de la population. Le PIB peut très bien augmenter, mais s’il augmente moins vite que la population, le PIB est coupé per capita. Ou il n’augmente pas beaucoup en dollars constants depuis une quarantaine d’années comme c’est ici présenté par monsieur Fortin.

Ainsi le Grand-Duché du Luxembourg — qui avec ses 635 000 habitants (dont plus de la moitié n’ont pas la nationalité luxembourgeoise) est après Malte le deuxième plus petit pays de l’Union-Européenne – ; il avait en 2021 un petit PIB, de quelques 73 milliards d’euros et un très gros PIB per capita de l’ordre de 114370 euros. Possiblement l’un des plus élevé au monde.

La même année le PIB des États-Unis avoisinait presque les 20 000 milliards d’euros, il était proche de 59000 euros par habitants. Le pays est riche et peuplé. Si pourtant on s’amuse à pondérer la part de PIB répartie par habitants avec la part de la dette publique par habitants, elle dépassait les 74000 euros par personne et ici on ne parle que de la dette fédérale.

Les Américains moyens ne sont-ils pas à envier puisqu’ils produisent beaucoup de richesse, ont un taux de croissance constant depuis plus de soixante ans (excepté 2007-08-09), mais sont endettés jusqu’au cou.

Dans cette chronique, monsieur Fortin montre que le niveau de vie des habitants et la qualité de vie sont des éléments dissociables ; que des progrès comme les électro-ménagers, l’eau courante, etc., dans les années post 1945 ont eu un impact plus considérable sur le bien-être des habitants que la révolution Internet. Pourtant en 1950 le Canadien moyen était moins riche que maintenant, le niveau de vie était plus soutenable, la qualité de vie allait en s’améliorant.

En toutes sortes de domaines, des disparités existent sur la planète. 2,1 milliards d’habitants n’ont qu’un accès réduit à l’eau potable, 844 millions n’y ont même pas du tout accès.

Il est facile de comprendre que la croissance ne peut demeurer progressive que si on procède à un rééquilibrage de la répartition de la richesse, une valorisation des secteurs qui agissent sur notre mieux être (par exemple l’environnement), une hausse des prix contrôlée dans tous les secteurs d’activités, forment autant de facteurs qui permettraient de réduire ces anomalies.

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Selon plusieurs auteurs, les 8 milliards de terrien , bientôt 10, sont sur le chemin de leur 6 ième extinction. Il faut lire les écrits de Hubert Reeves, Matthieu Ricard, Al.Gore et George Monbiot pour comprendre. Le Delaï-lama affirmait qu’une très grave crise se développait quant il y avait 6 milliards de terrien . Nous serons 10 milliards en 2100.
Avec + 3 a 4 degrés de plus, il y aura sécheresse, famines ,guerres et déplacements massifs de gens vers des camps de refoulement. La terre ne peut contenir que 4 milliards de terrien ,pas 10. Il faut lire Sri Aurobindo , son livre «  L’évolution vers une vie divine «  nous informe sur le futur de l’espèce,après une très grave crise existentielle.

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Et de quel croissance parlons-nous?

Le poidg de la dette est devenue notre Leitmotiv pour continuer à peleter par en avant. Les banques centrales et les banques émettent tellement de dette que les indicateurs archaîques ques sont le PIB et le PNB sont faussés. Car si vous ôtez la dette, nous ne sommes plus en croissance. De facto, nous ne sommes plus en croissance depuis fort longtemps. Mais qu’importe car le sujet est l’improbalilité d’une croissance continue dans les pays raiches. En physique et en mathématique, deux sciences qui ont fait leur preuve et qui sont d’autant plus »dure » que l’économie, mais ne nous égarons pas, d’autant plus qu’elle stipule qu’il est impossible de croître physiquement (regardez bien se mot) indéfiniment. Snif, snif les fous ou les économistes classiques. Je suis en accord avec 80% de vos dires M. Fortin. Sur le fond, vous avez raison. La forme moins certaine.
Ce sur quoi je ne suis pas d’accord est le prix »abordable » de la transition vers la carboneutralité (2 tonnes d’équivalent CO2 par personne) et ce dans un avenir »rapide » . Pourquoi la transition ne va coûter des bagatelles est simple: dans une économie globalisée oû le prix des matières premières dépend énormément du prix des fossiles, il est déraisonnable de pensée que l’énergie des batteries puissent supplanter le pétrole surtout en terme de coût. La raison est fort simple. L’appauvrissement des gisements minérals dans le monde complé à une demande qui dépasse largement les capacité planétaire fait que le calcul ne tient pas la route. Comment voulez-vous extraire 15 fois plus de cuivre pour répondre à la demande dans une croûte terrestre qui vous offre une teneur de 0,64% au Chili? La teneur moyenne des minerais exploités est passée de 1,34 % en 1990 à 0,78 % en 2008. (https://lelementarium.fr/element-fiche/cuivre/) Nous allons utilisez des batteries Dewalt pour extraires le minerai? Cela ne tient la pas la route. L’énergie M.Fortin, l’énergie. Vous confondez technologie dans votre analyse et l’énergie. Petite différence. Car la technologie nous pouvons la créer. Vous mettez 12 ingénieurs dans une salle et vous leur dites de pondre un truc plus efficace. L’énergie, elle, ne peut être créée. Plus précisément, c’est le retour énergétique qui nous incombe. Malheuresement, le meilleur retour énergétique n’est pas les panneaux solaires et l’éoliens car ses technologies ont une durée de vie courte. D’ailleurs, saviez-vous que les barrages hydroélectrique ont le meilleur retour énergétique. Un retour de 250 maximum selon la littérature. Le pétrole d’aujourd’hui fournie 10 à 15 fois les joules pour un baril extrait. Les pétroles non conventionnel c’est 1 pour 5! Cet élément n’est absolument pas pris en compte dans les analyses économiques. C’est là tout le problème. – »On ne commande la nature qu’en lui obéissant » disait Francis Bacon. (XVI siècle, père de l’empirisme)

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Et l’épuisement des ressources terrestres qu’en est-il? La population humaine est telle qu’il nous faudrait presque revenir à l’Âge de pierre. Considérant la nature humaine il faut craindre que les humains défavorisés ne renoncerons pas à joindre le niveau de consommation des sociétés favorisées. Il est illusoire de penser que la carboneutralité puisse être atteinte sans l’arrêt de croissance de la population humaine.

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La croissance continue depuis 270 ans est essentiellement liée à la découverte des énergies fossiles qui ont permis de décupler la production associée au travail humain en utilisant des machines de plus en plus sophistiquées alimentées soit par du charbon, du pétrole ou du gaz naturel. Il y a un lien direct entre croissance, PIB et production d’énergie fossile depuis le début de la révolution industrielle.

Cette croissance va nécessairement ralentir lorsque le pic de production de ces énergies sera atteint. Croire que cette croissance pourra se poursuivre au même rythme qu’auparavant en migrant vers les énergies renouvelables est toutefois une utopie. Le charbon, le pétrole et le gaz naturel représentent actuellement 80 % de la consommation énergétique mondiale et malgré tous les efforts vers les énergies renouvelables, ce chiffre n’a pas diminué depuis dix ans. Prétendre pouvoir s’en passer et remplacer tout ceci dans le court terme par des énergies propres relève en soi de l’utopie.

Monsieur Fortin semble aussi réduire les problèmes environnementaux actuels au simple fait de l’augmentation des GES dans l’atmosphère. Le problème est toutefois plus global. Il résulte de l’épuisement des ressources (énergies fossiles, métaux, eau potable, forêts, terres agricoles, etc.) dans une société basée sur l’exploitation de celles-ci et où le mot d’ordre est celui de la croissance à tout prix. Il est en effet impossible dans la réalité physique de notre planète de continuer à consommer à l’infini les ressources de celle-ci qui sont nécessairement finies. Tôt ou tard, le système ne pourra que s’effondrer. L’économiste Kenneth Boulding est célèbre pour avoir dit : « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

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