La fin des hommes, vraiment?

Dans un récent livre, la journaliste américaine Hanna Rosin sonne le glas de la société dominée par les hommes et annonce son remplacement par une société contrôlée par les femmes.

Le titre est fort, percutant et annonciateur d’une nouvelle ère?: The End of Men and the Rise of Women (la fin des hommes et l’ascension des femmes). C’est le genre de titre qui suscite instantanément la controverse et des articles dans toute la presse économique.

La thèse est séduisante et s’appuie sur des données réelles démontrant la grande avancée des femmes, maintenant plus instruites que les hommes et majoritaires dans la quasi-totalité des facultés universitaires.

Les femmes bénéficient aussi des transformations du marché du travail, qu’elles ont pleinement investi. «?L’économie se féminise?» avec l’augmentation des emplois dans les services et le secteur public, écrit Hanna Rosin. Sur les 30 professions ou métiers susceptibles d’être les plus demandés au cours de la prochaine décennie, 20 conviennent particulièrement aux femmes, puisqu’ils nécessitent des diplômes et de bonnes compétences relationnelles. Les femmes incarneraient dorénavant «?la nouvelle mesure de la réussite?».

En revanche, les hommes ont été les grands perdants de cette mutation économique. Aux États-Unis, six millions d’emplois industriels bien payés, occupés essentiellement par des hommes, ont disparu. L’écla­tement de la bulle immobilière a également entraîné la perte de millions de postes dans la construction. Les hommes se retrouvent désorientés. De surcroît, ils abandonnent les études en plus grand nombre et ne s’outillent pas pour les emplois d’aujourd’hui et de demain.

Nous assisterions donc, selon Hanna Rosin, à l’apparition d’un nouveau matriarcat, alors que les jeunes hommes n’auraient plus aucune utilité sociale.

Vrai, les femmes jouent un rôle économique de plus en plus important. En 1970, rapporte Hanna Rosin, leur contribution au revenu familial était de 2 % à 6 %, contre 42 % aujour­d’hui. Selon un expert en marketing cité par l’auteure, les jeunes femmes auraient un revenu médian plus élevé que les jeunes hommes dans presque tous les centres urbains des États-Unis.

À la lecture de cette dernière donnée, je suis devenu très sceptique sur la théorie de l’auteure. Il me semble que cela se saurait si les femmes avaient pris le contrôle de l’économie et comblé l’écart salarial avec les hommes, y compris chez les plus jeunes.

Rien de tel qu’une bonne dose de données de Statistique Canada pour savoir si la théorie de Hanna Rosin se vérifie de ce côté-ci de la frontière.

Au Québec, il semble que l’ère du matriarcat n’a pas encore commencé. Le revenu moyen des Québécois était de 39 600 dollars en 2008, contre 28 500 pour les Québé­coises. De plus, la part du revenu de ces dernières qui provient des paiements de transfert (prestations et allocations) est deux fois plus élevée que chez les hommes.

Un écart salarial subsiste dans toutes les catégories d’âge. À scolarité égale, un homme encaisse en moyenne des revenus plus élevés. L’abîme est tel qu’une diplômée de cégep gagne, grosso modo, la même chose qu’un homme qui n’a qu’une 2e année du secondaire.

Il est vrai que, de 2000 à 2008, la rémunération des femmes a augmenté presque deux fois plus vite que celle des hommes. Mais cette progression se poursuivra-t-elle, maintenant que l’administration publique – où elles sont fort nombreuses – doit limiter ses effectifs et diminuer ses dépenses??

Les femmes ont fait d’immenses avancées dans les entreprises, mais leur accession au sommet reste dif­ficile. L’an dernier, une étude du Conference Board affirmait que le nombre de femmes à la direction des entreprises est à peine plus élevé qu’il y a 30 ans et que, au rythme actuel, il faudrait 151 ans pour que la parité soit atteinte tout en haut de l’échelle.

La fin des hommes?? Peut-être, mais ce n’est pas pour aujourd’hui.

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