La foule l’a financé !

Alexandre Masse avait besoin de 18 000 dollars. Erlik, sa petite société montréalaise de design de montures de lunettes de soleil haut de gamme, devait faire de nouvelles dépenses en recherche et développement en 2011. Afin d’améliorer sa technologie brevetée de charnières flexibles en élastomère, il a eu recours au site américain Kickstarter.com pour amasser des fonds.

Chronique Affaires : La foule l'a financé !
Photo : M. Laprise

Alexandre Masse avait besoin de 18 000 dollars. Erlik, sa petite société montréalaise de design de montures de lunettes de soleil haut de gamme, devait faire de nouvelles dépenses en recherche et développement en 2011. Afin d’améliorer sa technologie brevetée de charnières flexibles en élastomère, il a eu recours au site américain Kickstarter.com pour amasser des fonds.

« J’avais beaucoup de difficulté à trouver du financement traditionnel », dit l’entrepreneur de 36 ans, qui constate que les banques sont frileuses lorsque vient le temps de financer la R-D, laissant ce créneau aux sociétés de capital de risque.

Créé en avril 2009 à New York, Kickstarter fonctionne sur le principe du financement participatif. Des artistes ou des entrepreneurs soumettent leurs idées aux internautes, qui sont invités à faire des contributions, en échange d’une récompense ou du produit fini – dans le cas d’Erlik, des lunettes à 295 dollars, par exemple, contre un don de plus de 75 dollars. En deux ans et demi, Kickstarter a franchi le cap des 100 millions de dollars de contributions. L’objectif financier doit être atteint en 90 jours maximum, sans quoi le concept est retiré du site, et personne ne reçoit ni ne débourse un cent.

Il ne s’agit pas simplement de lancer une idée dans Kickstarter pour que l’argent pleuve, prévient Alexandre Masse. « Ça demande beaucoup de travail ! » Le site reçoit 250 projets par jour et n’en sélectionne que 60 %, précise Justin Kazmark, porte-parole de Kickstarter. Il faut donc être convaincant. « On doit écrire des textes et faire une vidéo », dit Alexandre Masse. Une fois le concept en ligne, « il faut assurer le suivi avec les souscripteurs, utiliser les médias sociaux, etc. »

Alexandre Masse a investi tout près de 4 000 dollars pour réaliser sa vidéo. C’est beaucoup, compte tenu du fait qu’il espérait récolter 18 000 dollars (il en amassera 25 580, provenant de 128 internautes) et qu’il a dû payer une commission de 8 %  (5 % à Kickstarter et 3 % à Amazon, qui s’occupe de faire parvenir l’argent des internautes aux entrepreneurs ou artistes). Le Montréalais a d’ailleurs eu des problèmes à se faire payer par Amazon. « Il faut avoir une adresse aux États-Unis, un compte bancaire, un numéro de remise de la taxe de vente là-bas », prévient-il. La situation a mis du temps à se régulariser.

Alexandre Masse considère que l’aventure a valu la peine. « Pour moi, c’était un outil de promotion. On a parlé de nous à Londres, aux États-Unis, en Australie… Ça me permettait de me faire connaître, de tester mon produit et de réaliser des préventes. »

Parce qu’ils s’apparentent à des instruments de placement, les sites de financement participatif commencent à apparaître sur le radar des autorités réglementaires – dont l’Autorité des marchés financiers du Québec, qui encadre les activités de placement. « Notre Service du con­tentieux examine cette zone grise », dit Sylvain Théberge, porte-parole de l’Autorité. Il invite les consommateurs à la prudence. « Au lieu d’investir 100 dollars dans un projet de magazine, ce serait mieux d’attendre qu’il soit en vente et de s’abonner pour un an à 15 dollars. »

Alexandre Masse n’a pas craint de foncer. « J’ai une formation en finances, mais je suis dans les lunettes par passion. »

Aujourd’hui, Erlik développe aussi le marché des lunettes ophtalmiques. Ses lunettes de soleil sont fabriquées dans une petite usine familiale à Varèse, en Italie, avec des verres du réputé fabricant allemand Carl Zeiss. La société est associée à Prisme Optique, de Blainville, qui distribue des montures haut de gamme. L’entrepreneur montréalais prévoit lancer en grande pompe ses nouvelles gammes en mars, à la Vision Expo de New York. D’ici deux ans, il veut voir ses lunettes chez 1 000 détaillants en Amérique du Nord et se trouver un distributeur en Europe.

Grâce au site américain Kickstarter.com, le designer de lunettes montréalais Alexandre Masse a « emprunté » 25 580 dollars à des internautes pour faire de la recherche.

 

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