La génération perdue : le cas du Québec

J’écrivais dans ma dernière chronique sur la difficulté des jeunes des pays industrialisés à intégrer le marché du travail. La crise économique a produit des millions de jeunes «désoeuvrés», souvent dans l’attente d’un premier emploi qui leur procurera à la fois l’expérience nécessaire sur le marché du travail et les revenus pour assumer les responsabilités de l’âge adulte.

C’est dans ce sens précis que je parlais d’une génération «perdue». J’aurais pu écrire «génération sacrifiée», car ce sont d’abord les jeunes qui paient pour le dérapage économique des dernières années.

Observe-t-on la même situation au Québec ?

Dans une étude publiée en février, l’Institut de la statistique du Québec dénombrait 200 000 jeunes Québécois de 15 à 29 ans qui n’occupaient pas en 2012 de travail rémunéré et qui n’étaient inscrits dans aucun établissement d’enseignement. Selon l’ISQ, ce nombre représente 13,4 % des jeunes de 15 à 29 ans. 17,8 % des personnes âgées entre 25 et 29 ans  se retrouvaient dans la même situation.

Cela reste considérable et préoccupant. Il y a encore plein de jeunes mal outillés pour le marché du travail et qui ne trouvent pas d’emplois. Pourtant, ils ne sont ni aux études ni en formation. Côté positif, cela s’avère une nette amélioration comparativement à un taux de 31 % en 1976. Souvenons-nous néanmoins que le marché du travail devait absorber à l’époque des légions de baby boomers à la recherche d’un emploi, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. La société québécoise vieillit et plusieurs travailleurs atteignent l’âge de la retraite. Cela devrait créer beaucoup d’opportunités. Voir 200 000 jeunes «désoeuvrés» dans un marché théoriquement plus favorable est navrant.

Par contre, le Québec ne fait pas mauvaise figure quand on le compare à d’autres juridictions. En 2011, la proportion de jeunes Québécois de 25 à 34 ans qui n’étaient ni en emploi ni aux études ni en formation était inférieure à la moyenne canadienne, 19,3 % contre 20,2 %. Le bilan du Québec à ce chapitre était meilleur que celui de la France, de l’Allemagne, du Japon, de la Grande-Bretagne et des États-Unis.

Le tableau est éloquent.

 

Taux de chômage + inactifs chez les 25 à 34 ans en 2011.

Québec                        19,3 %

Canada                       20,2 %

Allemagne                 20,5 %

Japon                           21 %

Grande-Bretagne     21,6 %

États-Unis                  26,2 %

Sources : Pour le Québec, Statistique Canada, Enquête sur la population active, 2012, adaptée par l’Institut de la statistique du Québec. Pour les autres, données extraites le 13 mai 2013 de OECD.Stat

 

 

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Vous dites : » La crise économique a produit des millions de jeunes «désoeuvrés» « .
Mais elle a fait pire que ça la dernière crise économique, elle a eu des effets négatifs importants à la grandeur de la planète, elle a occasionné la perte d’emplois de nombreuses catégories de travailleurs, des fermetures d’entreprises, des pertes considérables de valeur des économies (régimes de retraite et autres) de monsieur et madame tout le monde et malgré l’injection massive de fonds publics pour éviter que toute l’économie s’écroule complètement, 4-5 ans plus tard nous n’en sommes toujours pas sortis, pire il y a toujours possibilité que ça se reproduise !

Et ceux qui sont à la source de ces problèmes majeurs, crient toujours la même chose : « Minimum d’intervention de l’État dans l’économie, laissons faire les marchés, mimimun de réglementation, etc… « . Ce sont le même qui relèvent constamment les différences de niveau de productivité d’un pays à l’autre et les mettent en concurrence sur cette base là. Ce sont le même qui misent sur une consommation de plus en plus grande comme seul moyen de soutenir l’économie.

Cette économie mondiale ne peut être que cyclique, occasionner de grands reculs après certains avancés et la preuve en est faite maintenant ces cycles sont de plus en plus courts.

C’est vrai que c’est un gros problème social et économique que d’avoir un haut taux de sans emplois chez les jeunes adultes du Québec, mais le type d’économie mondiale que nous avons et les impacts de ses dérapages cycliques est beaucoup plus inquiétant et c’est là-dessus (sur la cause) qu’on devrait se questionner.

Nulle doute que les chantres du « modèle Québécois » et autres admirateurs de JF Lisée seront enchantés du portrait que vous dressez.

Mais contrairement à certains pays mentionnés le Québec (comme le Canada) n’a pas encore subi de véritable correction suite à la crise de l’endettement. En d’autres mots ici nous ne sommes pas encore en train de corriger les déséquilibres (endettement des ménages, endettement public, faible productivité), nous sommes encore en train de les aggraver.

Le Québec fait beaucoup penser à la France, son modèle économique est déficient et sclérosé, le mur est inévitable mais la réalité prends beaucoup de temps avant d’éclater au grand jour, probablement à cause du soutient têtu, disproportionné (et clairement insoutenable) d’un état tentaculaire.

Malheureusement nous ne perdons rien pour attendre!