La grande désillusion

L’ère des Jeux olympiques tire-t-elle à sa fin? Les scandales de corruption et de dopage se multiplient, et on ne se bat plus pour accueillir les grandes manifestations sportives.

Le stade João-Havelange, à Rio, où se dérouleront les épreuves d'athlétisme des Jeux olympiques. Plongé dans la récession, le Brésil a dépensé des fortunes pour la Coupe du monde en 2014 et pour les Jeux de 2016. (Photo: Buda Mendes/LatinContent/Getty Images)
Le stade João-Havelange, à Rio, où se dérouleront les épreuves d’athlétisme des Jeux olympiques. Plongé dans la récession, le Brésil a dépensé des fortunes pour la Coupe du monde en 2014 et pour les Jeux de 2016. (Photo: Buda Mendes/LatinContent/Getty Images)

Au printemps, Québec a retiré sa candidature pour les Jeux olympiques de 2026. L’automne dernier, c’était Hambourg qui renonçait à la tenue des Jeux de 2024. Avant elle, Boston s’était désistée, faute de soutien populaire. Tout comme Lviv, en Ukraine, et Oslo, en Norvège, pour les Jeux de 2022, et Rome pour ceux de 2020.

Au concours des grandes compétitions sportives, les candidats ne se bous­culent plus. À tel point que les candidatures conjointes sont maintenant acceptées par le Comité international olympique (CIO).

«Le discours voulant que les manifestations sportives soient des incubateurs de développement et des vecteurs de croissance ne fonctionne plus», affirme le sociologue et historien Laurent Delcourt, qui s’est penché sur la question pour le Centre tricontinental de Belgique, un OSBL qui analyse les rapports Nord-Sud.

Plusieurs éléments expliquent cette désaffection.


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À 49 jours des Jeux, le gouverneur de Rio a déclaré l’état de calamité publique et demandé l’aide financière fédérale. Il se disait incapable d’assurer les services publics, comme les hôpitaux, l’éducation et les transports en commun, mais ajoutait qu’il n’y avait là aucun lien avec les Jeux.

«Le Brésil a dépensé environ 20 milliards d’euros [29 milliards de dollars] pour accueillir la Coupe du monde, en 2014, et les Jeux olympiques, cette année, estime Laurent Delcourt. Cela correspond exactement aux compressions budgétaires auxquelles le gouvernement de Dilma Rousseff a dû consentir il y a deux ans pour faire face à la récession.»

Il cite aussi l’organisation des Jeux d’Athènes, en 2004, qui a contribué à plomber les finances de la Grèce. «On se rend compte que les dettes s’accumulent, et que les finances publiques doi­vent les éponger.»

Une étude de l’Université d’Oxford, menée en 2012, indique que les dépassements de coûts ont atteint en moyenne 179 %, soit 135 % pour les Jeux d’hiver et 252 % pour les Jeux d’été.

Ces dépenses donnent-elles un coup de pouce à l’économie? En Afrique du Sud, les inégalités de revenus s’étaient accrues après la Coupe du monde de 2010.

Les retombées sur le tourisme ne sont guère meilleures. Par exemple, Vancouver a enregistré une baisse du nombre de visiteurs dans les années suivant les Jeux de 2010, tout comme la plupart des villes organisatrices.

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Quand Michael Jackson a enregistré le clip «They Don’t Care About Us» avec Spike Lee dans la favela de Santa Marta, à Rio, en 1996, il ne croyait pas si bien chanter. Même sous les auspices de la statue du Christ rédempteur, les bidonvilles ont fait l’objet d’une politique d’expulsions massives et ont été rasés pour la Coupe de 2014. Un quart de million de personnes ont été déplacées.

Rio n’est pas un cas unique. Selon l’OSBL Centre Europe–Tiers-Monde, qui étudie les pays en développement, ils étaient 750 000 à Séoul en 1988, 30 000 à Atlanta en 1996 et 1,5 million à Pékin en 2008 à être expulsés. En lieu et place, des ouvriers bâtissent les installations olympiques en un temps record, dans des conditions précaires et une sécurité déficiente. À Rio, 11 travailleurs sont morts sur les chantiers. À Pékin, des enfants de 12 ans étaient embauchés sur les chaînes de production de marchandises pour les Jeux.

À l’occasion des Jeux de 2012, à Londres, des propriétaires ont évincé leurs locataires. Les loyers ont été multipliés par 15.

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L’organisation de la Coupe ou des Jeux implique que les États votent des lois ou adoptent des décrets visant à assurer un mono­pole commercial aux commanditaires sur une partie de leur territoire.

«Au Brésil, la FIFA [Fédération internationale de football association] a imposé autour des stades des zones qui excluaient les petits commerçants, dit Laurent Delcourt. Et pour contenter ses commanditaires, elle a obtenu le droit de vendre de la bière près des stades, même si la législation brésilienne l’interdit.»

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Il a fallu le coup de filet de la justice américaine, en mai 2015, pour forcer des réformes au sein de la toute-puissante FIFA. Bilan: 14 personnes, dont 9 hauts responsables, ont été arrêtées pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Le président Sepp Blatter a ensuite été poussé à la démission.

Les soupçons pesaient depuis une décennie sur la Fédération. Pots-de-vin, matchs truqués, enrichissement au moyen d’une société-écran sous couvert d’ententes commerciales… Le journaliste d’enquête Andrew Jennings a levé le voile sur la corruption endémique au sein de la FIFA.

Officiellement, la FIFA est une organisation sans but lucratif. «Mais elle a engrangé un bénéfice de 4,8 milliards de dollars durant la Coupe au Brésil», précise M. Delcourt.

Du côté olympique, le ménage a été fait à la fin des années 1990, après le scandale entourant l’attribution des Jeux d’hiver de 2002 à Salt Lake City. Les pots-de-vin versés aux mem­bres du CIO, diplomates et financiers étaient à des années-lumière des idéaux de Pierre de Coubertin.

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Au final, qui profite le plus de ces grands rendez-vous? Les athlètes, la population des pays d’accueil, leur gouvernement, les commanditaires ou les organisations internationales?

Dans une ère sportive dopée aux stéroïdes, le plaidoyer pour des manifestations plus modestes apparaît illusoire. La FIFA comme le CIO ne se gênent d’ailleurs pas pour accorder leur organisation à des régimes liberticides, mais dépensiers. La Coupe du monde de 2022, attribuée au royaume du Qatar, n’est que le dernier exemple en lice, après la Russie et la Chine.

Les Jeux de Pékin n’ont pas embelli le bilan des droits de la personne en Chine. Ceux de Sotchi n’ont pas assoupli l’autoritarisme du régime Poutine ni fait du président un meilleur citoyen du monde.

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8 commentaires
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Des milliards pour créer des présumés élites et “exemples pour nos jeunes”. Des athlètes qui carburent à l’argent et devenir des “stars”. Un système depuis longtemps souillé par l’argent, le dopage, la corruption mais surtout les dépenses pharaoniques de pays dont un grand pourcentage des citoyens vivent sous le seuils de la pauvreté. Bravo !

Je fus un fervent des Jeux Olympiques jusqu’au Jeux de 1984 à Los Angeles où fut découvert une corruption mur à mur par le dopage, du jamais vu dans toute l’histoire des Jeux. Ce fut pour moi, le début de la fin et cessa d’aller ou regarder à la télévision les Jeux.

C’est Jean Claude Killy, un skieur olympique qui a réussis par le biais de ses avocats à trouver un trou dans la Loi sur les olympique qui interdisait aux athlètes de vendre leur nom pour fins de publicité et fit des Olympiques un véritable de “gédounes” (mâles et femelles) publicitaires. Nous pouvons constater les dégâts qui sont survenus depuis.

Combien de médaillés se sont fait retirés leur médaille après 1968 alors qu’il n’en eut aucun depuis la création des Jeux. Une véritable raillerie qui n’a pas sa place dans notre société où les jeunes tentent de trouver des modèles et n’ont que des “fiers à bras” du hockey, football, baseball et basketball pour s’en prémunir aveuglement.

Il faut être véritablement aveugle pour se demander pourquoi les jeunes sont de plus en plus violents et que le nombre de jeunes qui obtiennent ce qu’ils veulent par la violence augmente de plus en plus rapidement ? Le pire est que nous n’avons rien vu jusqu’à présent.

Nous vivons depuis fort longtemps dans des sociétés dont les gouvernements locaux, provinciaux et fédéral ne pensent qu’à “passer à l’histoire” dont Malronné répéta à presque toutes ses rencontres avec les journalistes.

Les historiens du prochain centenaire ne fera que le débiter sur place, un premier ministre qui a vendu le Canada aux États Unis et détruits près de 30 ans de travail que firent L.B. Johnson et Pierre E. Trudeau qui avaient réussis à sortir le Canada de l’emprise américaine pour exporter vers toutes destinations de la planète.

Malronné était le tapis des corporations américaines pour qui il a travaillé durant plus de 10 ans à Sept-Iles et voulait répéter le massacre de Duplessis en renouvelant le bail d’un cent pour une tonne de fer durant 49 ans.

Des sociétés en déchéances depuis le début des années 70 mais eurent des répercussion durant les années 80 mais dont la rapidité lapidaire prends des proportions que nous subissons actuellement et devront subir durant les prochaines décennies. J’aurai 76 ans dans 10 ans, mais les adultes de 30, 40 et 50 ans seront encore là pour récolter ce qu’ils ont semés.

Bien que je trouve aussi que ces grandes messes comme les JO ne reflètent pas ou de moins en moins les valeurs du sport, il faut bien admettre que ce genres de problématiques sont aussi d’hier et pas seulement d’aujourd’hui.

Les jeux olympiques de 1936 présidés par Adolph Hitler à Berlin marquaient l’avènement du nazisme. On connait la suite. Le baron Pierre de Coubertin avait d’ailleurs accepté les cadeaux du führer….

Si de Coubertin a toujours fait la promotion de l’activité physique… et qu’il se voulait avant tout pédagogue. On ne peut pas dire qu’il était exactement sur la même longueur d’onde que Pierre Lavoie… au début peut-être. Dès leur refondation, les olympiades ont été éminemment idéologiques.

Une partie de la dérive actuelle est attribuable à l’omniprésence des médias et du financement qui en découle. Tout comme toutes les formes de dopages qui sont intimement liées au spectaculaire dans l’évènement. Spectaculaire auquel est directement liée la rémunération des athlètes.

Les premiers scandales connus commencent dès 1904 avec les jeux de Saint-Louis entachés d’un abominable fond de racisme… pour ne pas dire : d’eugénisme. — Euh !!! C’est ma foi vraie. Qui ne peut d’ailleurs ne pas prétendre que les « blancs » ne sont pas supérieurs en tout surtout lorsqu’ils sont luthériens ou protestants ?

Il est communément estimé que l’origine des problèmes de la dette souveraine de la Grèce, seraient les JO de 2004. Ceci est passablement loin de la réalité. On ne part pas d’un déficit de quelques milliards initialement à 300 milliards d’euros pour de simples infrastructures dont plusieurs étaient très utiles (comme le métro par exemple). La dette grecque établit essentiellement la faillibilité du système financier en général, qu’il faut sans cesse renflouer à coups de milliers de milliards.

Finalement je ne comprends pas très bien dans ce texte en quoi la Chine, la Russie, puis le Qatar seraient des régimes « dits » liberticides qui devraient se voir interdits d’organiser ce genre de compétitions.

À ma connaissance, le commerce est le meilleur moyen de lutter efficacement contre les nations qui ne partagent pas nos valeurs. Alors exception faite de la Russie qui paye effectivement commercialement, politiquement, juridiquement et sportivement pour ses choix assumés ; je ne vois pas beaucoup de pays « liberticides » dans le monde dont on n’accepte pas à bras ouverts leurs produits, leurs investissements et leurs capitaux.

— Albert Camus entrevoyait les choses assez pragmatiquement : « Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain ? »

En effet, comme il a été mentionné, les démocraties refusent de plus en plus alors ce sont les pays avec des dictatures qui acceptent. Pas très éthique. Et on en parlera même pas de l’impact environnemental…

Tien…ça me fait penser au Centre Vidéotron tout ça…

Francois 1. Je ne sais pas si vous avez appris que le directeur général du centre Vidéotron vient de retourner à L.A. De plus Videotron a fait un trou de 1.4$ millions durant les quatre premiers mois d’exercice en seulement 4 mois en 2015, voir http://www.journaldequebec.com/2016/06/20/un-deficit-de-14m-pour-le-centre-videotron Nous pouvons lire de plus, dans le rapport annuel, page 19 ce qui suit :

Flux de trésorerie d’exploitation du secteur négatifs de 58,3 M$ en 2015, contre des flux négatifs de 8,2 M$ en 2014.

Cet écart défavorable de 50,1 M$ s’explique surtout par le paiement de 33,0 M$ à la Ville de Québec relativement aux droits
d’identification, pour une période de 25 années, du nouveau Centre Vidéotron, et par les investissements dans les
améliorations locatives et le démarrage de l’amphithéâtre, jumelée à une augmentation de 8,9 M$ de la perte d’exploitation
ajustée.

Hors avec 8..9$ millions en perte d’exploitation, cette grosse bolle de toilette dont nous attendons toujours le réservoir d’eau augmentera au gré des années. La LNH était pourtant clair avant la construction et le demeure encore aujourd’hui. La prochaine valse d’ajout d’une concession de hockey ne s’effectuera pas avant 4 à 8 années avec une grande prépondérance pour l’ouest dont la ville de Seatle semble la prochaine ville à acceuillir une concession.

Québec est loin derrière car le bassin de population (dans un rayon de 100 km n’atteint pas plus de 780,000 habitants.

Si le monde était raisonnable…
Au lieu de dépenser des fortunes pour bâtir de nouveaux sites pour les JO, il serait raisonnable de mettre à niveau quelques meilleurs sites existants et de financer leur entretien par le Comité olympique. Celui-ci récolterait l’argent auprès des pays participants en fonction de leur richesse et de leur participation aux JO. À tour de rôle, les JO se promèneraient d’un site à l’autre sans que les villes se livrent le coûteux combat pour l’obtention des JO. Il y aurait moins de destruction des habitations existantes et moins de construction des stades démesurés. De toute façon, l’intérêt des pays démocratiques pour l’obtention des JO décline et ce n’est qu’un début. Autant profiter de ce qui a déjà été bâti.

Laissons les naîfs les organiser. Méfions-nous de nos maires. Investissons plutôt dans les écoles.
La vache qui rit