La guerre de la bière: des micros aux mégabrasseries

Ce phénomène d’éclatement du marché qui voit le nombre de brasseries se multiplier est accompagné d’un modèle de concentration du marché, car les microbrasseries suscitent la convoitise des géants.

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Labatt vient d’acheter le brasseur artisanal torontois Mill Street Brewery et compte y investir 10 millions de dollars. Au même moment, Anheuser-Busch InBev, le numéro un mondial de la bière et propriétaire de Labatt, met 100 milliards de dollars sur la table pour acheter SABMiller, qui occupe le deuxième rang au monde.

Ces deux transactions rendent compte de deux phénomènes paradoxaux qui secouent le monde de la bière.

D’un côté, le nombre de microbrasseries explose. Il y en a maintenant 4 000 aux États-Unis, soit 600 de plus que l’an dernier. Alors que la consommation de bière tend à diminuer, leur part de marché ne cesse d’augmenter et elle approche des 10 % aux États-Unis.

Au Québec, leur nombre a quadruplé depuis 2002 et on recense 128 petits brasseurs et artisans brasseurs. Il me semble que chaque quartier des grandes villes et que chaque municipalité a sa microbrasserie ou son pub qui fabrique sa propre bière et l’embouteille.

À côté de brasseries plus importantes qui existent depuis quelques décennies comme les Brasseurs du nord (Boréale), les Brasseurs RJ (Belle Gueule, le Cheval Blanc) et la Brasserie McAuslan, on retrouve des bières maintenant adulées et primées comme Dieu du ciel! (Saint-Jérôme et Montréal), le Trou du Diable (Shawinigan) ou Farnham Ale & Lager.

Ces petites brasseries, et tant d’autres, font maintenant partie des PME les plus dynamiques de leur milieu et participent au renouveau entrepreneurial des régions du Québec. Elles offrent également aux amateurs de bière des produits plus typés et aux saveurs plus accentuées, comme l’Indian Pale Ale ou la porter. Elles font enfin découvrir la bière à une génération tentée par le vin et peu encline à suivre la mode des marques dominantes comme la Budweiser.

À la fin des années 1980, Anheuser-Busch produisait aux États-Unis 50 millions de barils de Budweiser par année. L’an dernier, elle n’en brassait plus que 16 millions de barils. Pire, près de la moitié des Américains de 21 à 27 ans n’ont même jamais gouté une Bud !

Ce phénomène d’éclatement du marché qui voit le nombre de brasseries se multiplier est accompagné d’un modèle de concentration du marché, car les microbrasseries suscitent la convoitise des géants.

Anheuser-Busch InBev vient d’acheter Golden Road Brewery, le plus important microbrasseur de Los Angeles. C’est sa cinquième acquisition du genre depuis 2011. MillerCoors, la coentreprise qui combine les activités américaines de Molson Coors et de SABMiller, a acheté récemment une microbrasserie à San Diego et Heineken la moitié d’une microbrasserie de Chicago.

Au Canada, Molson Coors a même une division de microbrasseries, Six Pints, qui brasse les bières Creemore Springs et Granville Island. Elle produit aussi des bières pseudo-artisanales sous l’étiquette Rickard’s. Le géant japonais Sapporo a acheté Sleeman qui a lui-même acheté Unibroue, un pionnier québécois des microbrasseries.

C’est aussi par désir de domination mondiale que Anheuser-Busch, dont le portefeuille compte des bières aussi populaires que la Bud, la Corona, la Stella Artois et la Beck’s, veut acheter SABMiller qui brasse notamment la Miller, la Peroni, la Grolsch et la Pilsner Urquell.

Si cette transaction était conclue, elle modifierait grandement les rapports de force et les Heineken, Carlsberg et Molson Coors devront envisager leur riposte.

Par exemple, le brasseur canado-américain a créé en 2007 une coentreprise sur le territoire américain avec son concurrent SABMiller, justement pour contrer Anheuser-Busch.

Qu’arrivera-t-il si SABMiller change de camp? Molson Coors pourrait obtenir le contrôle de la coentreprise Miller-Coors et les autorités américaines pourraient exiger que celle-ci continue d’assurer la distribution de la Miller et de la Miller Lite aux États-Unis

Voilà pourquoi le titre de Molson Coors fait si bien en Bourse ces jours-ci.

 

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L’article de Pierre Duhamel est intéressant à plus d’un point. Il démontre que la concurrence tue la concurrence, qu’elle est sans pitié pour les petites entreprises, que si elles sortent de l’artisanat, elles risquent de se faire avaler par une concurrente plus grosse, dont le but est d’éliminer toutes concurrences. Comme on le voit, même une grosse entreprise n’est pas à l’abri de se faire bouffer.

Cet article démontre à tous nos dénigreurs de la SAQ, le sort qui est réservé aux entreprises, surtout les petites, par ceux qui défendent le libre-marché.

TOUTES les sociétés que vous qualifiez de « grosse » a d’abord été une petite société. Elle n’est pas venue au monde grosse. Elle a su mieux répondre aux exigences de ses consommateurs que ses concurrents et a profité de ses connaissances et de son dynamisme pour croître.

Au contraire, toute forme de monopole étatique à la bolchévik tel que pratiqué par la SAQ et à l’époque par l’URSS, est complètement malsaine autant pour l’entreprise que pour le consommateur.

Les petites entreprises peuvent grossir là où la concurrence est faible ou inexistante. Les entreprises comme Apple, Microsoft, Google, Uber, ont pu se développer parce qu’ils étaient dans un marché nouveau où la concurrence était absente ou très faible. Essayez maintenant de développer un moteur de recherche et de vous confronter à Google, vous ne ferez pas long feu.

FAUX!

95% des « grosses » compagnies qui existaient au début du XXe Siècle n’existent plus aujourd’hui.

Si ce que vous écrivez était vrai, elles existeraient encore…

Aucun lien avec mon dernier commentaire, mais inconsciemment, vous êtes en train de me démontrer que mon premier commentaire était juste : la concurrence tue la concurrence.