La machine à créer des bulles

iStock_000010998502XSmall bulle euroJe commence aujourd’hui une série de rencontres à Bruxelles et à Francfort auprès d’experts européens sur l’euro et la crise financière. J’ai hâte d’entendre leurs explications et leurs points de vue. L’Europe croule sous les dettes, mais les remèdes semblent tous destinés à « guérir » une population qui ne semble pas toujours à la source du problème.

On demande aux Irlandais des sacrifices inouïs pour rétablir les finances de l’État maltraitées par des sorties massives d’argent pour sauver le système bancaire. Le gouvernement n’a pas été malin d’annoncer qu’Il sauverait coûte que coûte les institutions financières, mais est-ce la faute des Irlandais si leurs banques ont prêté massivement dans un secteur immobilier devenu très spéculatif ?

Je pose bêtement la question parce q’on dirait que le FMI et la Commission européenne agissent essentiellement pour sauver les banques et que la dette des États est devenu davantage un prétexte que la cause elle-même. Le Crédit Agricole, une immense banque française, risquait de perdre gros en Grèce. Les banques britanniques comme la Royal Bank of Scotia avaient gros à perdre si l’Irlande se trouvait en défaut de paiement. Ce sont les banques espagnoles qui risquent gros si le Portugal tombe. Daxia, la banque franco-belge, a l’équivalent de 119 % de son avoir propre en titres de dettes d’États européens.

On parle beaucoup du risque posé par la dette des États. C’est un enjeu réel, mais les tentatives de sauvetage me semblent essentiellement destinées à protéger les prêteurs contre d’éventuels mauvais payeurs. Les banques irlandaises ont erré, pourquoi ceux qui les ont financées s’en sauveraient sans égratignures ?

Ces sauvetages à répétition induisent dans le système quelque chose de très pervers. Les détenteurs d’obligations continueront de financer n’importe qui et n’importe quoi car ils savent qu’ils n’ont rien à craindre parce qu’un gouvernement ou une institution internationale finira par les protéger. C’est une autre version du thème du « too big to fail ». Les fonds publics sont appelés à financer les institutions financières menacées car leur écroulement pourraient causer trop de dégâts. Toutes les notions de risque sont gommées et l’endettement qu’on veut éviter ne cesse de s’alourdir.

Pour sauver les mammouths de la finance, les États se ruinent et quand leurs coffres sont à sec les institutions internationales interviennent. Un jour ce sera tout le système qui risque d’être à sec.

Parallèlement, les conditions à l’origine de la catastrophe perdurent. Les investisseurs achètent massivement des obligations parce qu’ils semblent être les seuls véhicules financiers qui peuvent résister à la tourmente. Bien sûr, car ces obligations sont assurées par les États et maintenant, de facto, par les organisations internationales !

Cela fait l’affaire des États qui peuvent financer leur endettement colossal. Les chiffres sont effarants. Le Wall Street Journal relatait que les 15 grands gouvernements nationaux devront emprunter 10 200 milliards de dollars en 2011 pour financer leurs déficits et rembourser les obligations rendues à échéance. C’est l’équivalent de 27 % de toute l’économie mondiale et deux fois les épargnes mondiales.

Ces achats massifs de titres de dettes contribuent à la baisse des taux d’intérêt.

Les taux d’intérêts très bas contribuent à la flambée des prix dans l’immobilier. Ils étaient d’ailleurs en hausse de presque 14 % à Paris au dernier trimestre.

Les banques financent ces achats d’immeubles et font le plein d’obligations.

La bulle explose, les taux d’intérêt augmentent, les bilans des banques se détériorent…

… Et c’est l’Irlande, demain l’Espagne et pourquoi pas la France ou l’Italie après-demain.

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Tres bon résumé. Pendant ce temps, les banques canadiennes continuent à faire des profits mirobolants: 20 milliards cette année soit 1,5% du PIB du Canada. Sur chaque 100 piasses que l’on gagne, 1,50$ se retrouvent en profits dans le coffre des banques. C’est du vol, rien de moins, mais les gouvernements ne font rien. On ne touche pas aux banques.
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L’Irlande a baissé le salaire minimum d’un euro, à 7,75 euros soit 11$. En Amérique du Nord, les Irlandais auraient le plus haut taux des 60 États du continent.

C’est la base même du capitalisme…. refiler la facture a quelqu’un d’autre, en occurrence ceux au bas de l’échelle, c’est-à-dire la majorité d’entre-nous…

Vous dites:
« La bulle explose, les taux d’intérêt augmentent, les bilans des banques se détériorent… »

Pourtant, aux USA, les taux d’intérêt n’avait pas augmenté ce qui n’avait pas empêché Fannie Mae de sombrer…

J’ai un peu de difficulté avec le « too big to fail ». On ne parle pas ici de banques centrales, mais de corporations privées qui nomment leurs CA, en fixent les salaires et définissent les grandes orientations pour le futur. Bref, les banques sont responsables et redevables.

Qu’advient-il dans le cas d’une faillite bancaire? Ne devrait-on pas, comme pour n’importe quel particulier, procéder à une liquidation des actifs?

Dans le cas des banques qui détiennent des obligations, le Liquidateur demandera à l’Irlande (exemple) rembourser les obligations immédiatement. Si l’Irlande est en mesure de rembourser, tout est parfait, mais dans le cas contraire, il faudra que la population fasse des sacrifices pour transformer le déficit en surplus et rembourser avec ce surplus.

J’ai l’impression que le sauvetage des banques est une énorme fraude qui se fait sur le dos du Payeur:

Ce dernier devra: S’endetter encore plus à court terme pour sauver les banques pour éviter de rembourser immédiatement les obligations
ET
Faire des sacrifices ultérieurement pour rembourser ces obligations… ce qu’il devra faire de toute manière.

Il y a un terme très québécois pour nommer ce genre de comportement, mais la Netiquette m’empêchent de l’écrire.

Dess bulles de crédit ont éclaté un peu partout en Europe et dans le monde.

Pendant qu’une bulle se gonfle tout le monde est content, les Grecs et les Espagnols sont heureux de bénéficier de taux d’intérêt très bas sous le parapluie de l’Euro et les Allemands ne se plaignent pas non plus de leur vendre leur production achetée avec ce crédit. Des millions de ménages (et de spéculateurs) profitent des conditions avantageuses du crédit pour devenir propriétaires, ces même propriétaires sont tout heureux de voir la valeur de leur maison exploser, ils se sentent riches et s’endettent encore un peu plus pour consommer, les constructeurs sont contents, les promoteurs aussi et bien sûr les banques. Les politiciens ne sont bien sûr pas en reste et sont heureux de surfer sur cette belle croissance qu’il ont en bonne partie initiée et qui leur permet de grossir leur lot de promesses irresponsables… Pendant une bulle tout va bien et personne ne se plaint.

Puis forcément la bulle éclate, la croissance à crédit n’est pas une vraie croissance et bien sûr la machine finit par caler, le temps pour tout le monde de se renflouer. Et là bien sûr on fait le chemin inverse, la valeur des actifs baisse, l’économie en arrache, tout le monde devient furieux et tout le monde blâme tout le monde. Les politiciens les premiers, eux qui ont pourtant tout fait pour faciliter ke crédit.

Car en fin de compte le coupable est connu, il s’agit du crédit facile, c’est à dire là où on a une capacité d’emprunter qui ne correspond par aux réalités du marché parce qu’on a dénaturé la notion de risque.

Car voyez vous il n’était pas normal qu’au Portugal et en Grèce on puisse emprunter au même taux qu’en Allemagne. Il n’était pas normal que des ménages de la classe moyenne puissent bénéficier de condition de crédit si attirantes qu’ils se sont endettés au point d’en subir les conséquence le reste de leur jours.

Les bulles sont des phénomènes de horde qui sont dangereux et complexes, laissées à elles même (au libre marché) elles sont généralement locales et limitées, mais quand les politiciens et les banques centrales s’en mêlent les problèmes deviennent rapidement gigantesques. C’est à ça qu’on doit cette si grave crise du crédit, en Amérique du nord on a cherché à stimuler l’immobilier à tout prix alors qu’en Europe le grand péché de la monnaie unique à été d’offrir du crédit facile à des nations dont la réalité économique n’aurait jamais dû le permettre.

En passant il y a une bulle de crédit au Canada, c’est juste qu’ici elle n’a pas encore éclaté… tic, toc…

@lange
« mais de corporations privées qui nomment leurs CA, en fixent les salaires et définissent les grandes orientations pour le futur. Bref, les banques sont responsables et redevables. »

En fait, les banques sont responsables et redevables qu’envers les actionnaires….

@Pierre Brasseur
En fait, la Grèce payait une forme d’intérêt indirecte dès l’accord du prêt.
Exemple: La France (ou l’Allemagne) accorde un prêt d’un milliard d’euro a la Grèce, conditionnelle à ce qu’elle achète pour 500 millions de frégates « françaises ».

Pour l’Irlande, je crois qu’elle paie pratiquement le double d’intérêt qu’ailleurs…

Habituellement, les pays ont des côtes de crédit et cela joue sur le taux d’intérêt…

@Benton

Ah le méchant capitalisme, Il a le dos large celui là…

C’est le capitalisme qui rend les paiements d’intérêt sur les hypothèques déductibles d’impôt aux USA (un encouragement direct à l’endettement et la consommation)? C’est le capitalisme qui a mandaté Freddie&Fannie de faciliter l’accès à la propriété (au crédit) pour les pauvres et les minorités? C’est lui qui imprime de l’argent à tour de bras pour nourrir le crédit facile et qui maintient des taux plancher pour encourager les gens à consommer et emprunter davantage? Au Canada c’est le capitalisme qui a permis à des ménages sans économies d’obtenir des taux plancher pour d’énormes emprunts sans comptant sur 40 ans?

Est-ce le capitalisme qui a décidé d’étendre la zone Euro à des pays dont les économies n’étaient de tout évidence pas adapté pour cette monnaie?

Est-ce le capitalisme qui force les politiciens à endetter les générations futures et à accumuler d’énormes dettes en développant programmes sur programmes qui ressemblent à autant de chaînes de Ponzi?

Si vous pouvez répondre oui à toutes ces questions alors le capitalisme est responsable de la crise actuelle…

@ Benton

Encore une fois ton commentaire montre que tu critiques le capitalisme sans savoir ce qu’est le capitalisme.

Les capitalistes/libertariens ont été opposé aux bailouts. Les capitalistes/libertariens ont été les seul a prédire la crise et ses conséquences.

Quand des gens prennent de bonnes décisions, la main invisible les récompense et quand les gens prennent de mauvaises décisions, la main invisible les punit.

Le libre-marché ne fait pas en sorte que les gens vont soudainement tous devenir rationnels, il y aura toujours des gens irrationnels qui prendront de mauvaises décisions, le rôle de la main invisible se limite à punir l’irrationalité. C’est un processus perpétuel qui sera toujours à recommencer parce que le marché est en constante évolution.

La main invisible est comparable au travail de l’arbitre lors d’une partie de hockey. La présence d’un officiel ne va pas faire disparaître l’accrochage, par contre l’arbitre sera toujours là pour décerner une punition à ceux qui accrochent. Quand un arbitre décerne une punition, personne n’est assez bête pour affirmer que ce geste signifie que l’arbitrage ne fonctionne pas, au contraire, on félicite le responsable d’avoir fait son travail en punissant le joueur fautif.

La récession actuelle ne montre pas que la main invisible est incapable de prévenir les décisions irrationnelles, la récession que nous traversons est le fruit de l’action de cette main invisible: des gens ont pris de mauvaises décisions et aujourd’hui ils doivent en assumer les conséquences (du moins, ce serait le cas s’il n’y avait pas eu de bailouts).

Ce processus d’évolution des économies, rendu possible par l’action de la main invisible, a été décrit par l’économiste Joseph Schumpeter comme étant une « destruction créatrice ». La destruction créatrice désigne le remplacement d’activités économiques non viables (irrationnelles) par de nouvelles activités dorénavant viables (rationnelles). Cette action de la main invisible est à la fois source de croissance et de crise. Les crises ne sont pas de simples ratés de la machine économique; elles sont salutaires et nécessaires au progrès.

Le processus de « destruction créatrice » a été observable lors de nombreuses récessions: Google, Paypal, FedEx, Microsoft, CNN, MTV, Wikipedia, Sports Illustrated, General Electric et Hewlett-Packard se sont tous épanouis en période de décroissance économique.

@David

Vous prenez le problème à l’envers et ce que les libertariens proposent conduit nécessairement a des crises économiques.
Le libre marché n’a rien de rationnel tout comme la spéculation. La crise actuelle, c’est l’évidence même que Friedman était dans le champs et donne raison à Keynes.

@Pierre Brasseur
Freddie&Fannie a très bien fait la job pendant 30 ans… jusqu’à sa privatisation pour financer la guerre du Vietnam. C’est une chimère libertarienne de croire que la réglementation est la cause de tout et que le privé va nous sauver.
Le privé ne sauve que l’élite. Libre a vous de croire que vous êtes l’élite…
Malgré le fait que les libertariens prônent un retour à la fin du 19ième siècle comme idéologie du libre marché, c’est sûre comme à l’époque, le commun des mortels ne pouvait pas emprunter, les banques ne prêtant qu’à l’élite de l’époque. N’empêche qu’à l’époque, les crises étaient récurrentes au 7-8 ans! (Et comme aujourd’hui, c’était les gouvernements qui sauvèrent la mise!)

Cela relève du sophisme de croire qu’un Peter, John and Jack gagnant $12 de l’heure ont assez de pouvoir et d’intelligence pour influencer le gouvernement et les banquiers de niveau universitaire pour lui accorder un hypothèque de $400 000!
Faut pas prendre ses chimères pour des réalités car la réalité est tout autre. Tout est affaire de spéculation et le Ponzi est là!
Peter, John and Jack n’ont rien a y voir, ils ne sont que les pions de la finance.

@ Benton

En fait Friedman et Keynes sont dans le même camp, celui des monétaristes !!!

Et la crise actuelle a été annoncé depuis 2005 par les économiste autrichiens. Ils otn vu juste sur toute la ligne.

Pour ce qui est de « l’irrationalité » du libre-marché, crois-tu vraiment que les gens qui rédigent des plan quinquennale sont plus rationnels ? Si c’était le cas, l’URSS existerait toujours !

Certes, les banques ont leur part de responsabilité dans la crise, mais cette irresponsabilité a été catalysée par les incitatifs gouvernementaux qui ont brisé les règles du marché. Parmi ces incitatifs il y a eu le: Equal Credit Opportunity Act, Fair Housing Act, Community Reinvestment Act, Taxpayer Relief Act, National Homeownership Strategy, Fannie Mae, Freddie Mac, le Department of Housing and Urban Development, le House Financial Services Committee, la FED…

Sans ces multiples interventions, l’irresponsabilité n’aurait pas été récompensée et jamais la bulle immobilière n’aurait atteint de telle proportion.

Et que fait le gouvernement américain avec sa politique du « too big to fail » ?

Il continue de récompenser l’irresponsabilité. Il continue sa politique d’incitation au risque puisque l’irresponsabilité n’est pas sanctionnée, elle est récompensée.

Les politiciens ont oublié que le capitalisme est un système de profits et de pertes. Les pertes sont essentielles aux rouages du capitalisme, car elles permettent de discipliner les marchés.

En éliminant les pertes, le keynésianisme qui déferle actuellement sur nos économies élimine du même coup la discipline. Ce faisant, on met la table pour une crise encore plus grosse. Dans un système capitaliste, les échecs sont précoces, il y a un éclatement rapide des bulles et les dommages sont, par conséquent, limités. Dans un système étatique, le gouvernement intervient pour repousser ces échecs ce qui entraîne une hyperinflation des bulles qui finissent quand même par éclater causant ainsi des dommages beaucoup plus importants. La sanction dans une économie capitaliste, c’est de tomber en bas de sa chaise. Dans une économie keynésienne, on tombe en bas d’un 10e étage.

Contrairement aux lubies véhiculées par le président Obama, ce n’est pas Wall Street qui est irresponsable, c’est le gouvernement.

Qui responsabilisera les gouvernements ? Sûrement pas les politiciens…

P.-S. fannie et Freddie sont des organismes PARA-publiques. C’est le congrès qui déterminait quel type de prêt hypothécaires ces institutions devaient faire.

De plus, l’exemple de la récession de 1919-1920 démontre que tu es aussi dans l’erreur à propos des du privé qui ne sauverait que l’élite:

Why You’ve Never Heard of the Great Depression of 1920 | Thomas E. Woods, Jr.

http://www.youtube.com/watch?v=czcUmnsprQI

Mon chère David, ce sont l’entreprises privés qui élisent les gouvernements aux États-Unis.

Réduire le gouvernement, c’est enlever un intermédiaire de plus entre les entreprises privés et le pouvoir.

C’est le propre du libertarianisme!