Partenariat LNH–Rogers : la magie du hockey

Rogers avait besoin de frapper un grand coup. C’est fait, alors qu’il vient de mettre la main sur les droits de diffusion des parties de la Ligue Nationale de hockey au Canada, et ce, sur toutes les plateformes. Des questions fondamentales se posent néanmoins.

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Photo : Gene J. Puskar / PC

Rogers (propriétaire de ce magazine) vient de mettre la main sur les droits de diffusion des parties de la Ligue Nationale de hockey au Canada, et ce, sur toutes les plateformes — télé, Internet, satellite — et dans les deux langues officielles pour les 12 prochaines années, et ce, pour la coquette somme de 5,2 milliards de dollars.

Cette annonce bouleverse le marché des réseaux de sports au pays et celui de la télévision, de même que le secteur des télécommunications dans son ensemble. Rogers et sa franchise Sportsnet arrachent au réseau TSN (Bell) l’élément le plus important de sa programmation et un élément distinctif de l’offre de services mobiles de Bell. C’est énorme.

L’onde de choc se répercute au Québec, puisque Rogers a sous-traité à TVA Sports les mêmes droits. Cela veut donc dire que TVA Sports pourrait diffuser des matchs impliquant des équipes canadiennes les mercredi, samedi et dimanche, incluant les droits pour 22 matchs des Canadiens diffusés le samedi soir.

Le hockey du samedi soir pourrait très bien se retrouver sur l’antenne principale de TVA dès octobre prochain. Et tout cela se fait aux dépends de RDS.

Pour être en mesure de rentabiliser son investissement et d’assurer la diffusion d’un maximum de matchs, il est vraisemblable que TVA Sports donne naissance sous peu à un TVA Sports 2 et même à un TVA Sports 3.

Un même accord a été conclu avec la CBC pour les parties du samedi soir, qui resteront à l’antenne du réseau anglais de Radio-Canada pour au moins les quatre prochaines années. Mais les droits appartiendront à Rogers, qui diffusera le même soir un match alternatif mettant aux prises une équipe canadienne sur sa chaîne généraliste City.

Droits nationaux et droits territoriaux

Qu’entend-on par droits canadiens ou nationaux ? Rogers paie pour être le télédiffuser officiel de la ligue au Canada, ce qui lui donne le droit de diffuser jusqu’à 160 parties, ainsi que toutes les parties éliminatoires, le match des étoiles et la séance de repêchage.

Parallèlement, il existe des droits territoriaux pour les différentes équipes canadiennes. À l’heure actuelle, Rogers Sportsnet détient les droits pour les équipes de Vancouver, de Calgary, d’Edmonton et d’Ottawa, en plus d’une partie des droits pour les parties des Maple Leafs. TSN détient les droits pour les Jets (Winnipeg), de même que pour une partie de l’équipe de Toronto et des Canadiens. Pour les droits des Canadiens, RDS paie à l’équipe 33 millions de dollars par année.

L’un des enjeux des prochaines semaines (jours ?) sera de voir si RDS a réussi à préserver ses droits pour les 60 autres parties des Canadiens, et à quel prix.

TVA Sports s’est aussi montrée intéressée par ces droits. L’est-elle encore après avoir signé une entente de plusieurs centaines de millions de dollars avec Rogers (1 milliard), un accord dont les termes financiers n’ont pas été divulgués ?

Il est aussi vraisemblable que TSN tente maintenant d’arracher à Sportsnet les droits locaux pour d’autres équipes canadiennes. Ces droits ne permettent néanmoins qu’une diffusion dans un territoire restreint. TSN ne pourrait pas présenter, par exemple, une partie entre Colorado et le Canadien dans la région de Toronto. Seuls les droits nationaux autorisent ce privilège.

La passion du hockey

Parlons argent. Cette transaction implique que Rogers ait accordé une plus grande valeur à ces droits que Bell. Rogers a signé un chèque de 150 millions de dollars à la signature du contrat et versera des montants allant de 300 millions à 500 millions de dollars à la LNH jusqu’en 2025-2026. C’est un formidable pari sur l’avenir.

Rogers est le premier opérateur de téléphonie mobile au pays, mais Bell et Telus sont très dynamiques et grugent l’écart avec l’entreprise torontoise. Bell, avec son service Fibe, s’attaque avec un certain succès à son monopole en télédistribution dans la majeure partie de l’Ontario. Ses propriétés en télévision, Sportsnet et City, ne font pas encore le poids face à TSN et CTV, les deux propriétés phares de Bell.

Rogers avait besoin de frapper un grand coup. C’est fait. Des questions fondamentales se posent néanmoins.

Le marché publicitaire canadien permettra-t-il à Rogers de faire ses frais ou de dégager un léger profit ? Les droits des matchs de hockey ont-ils une si grande valeur en téléphonie mobile, puisque le CRTC a tendance à exiger des détenteurs de droits de les rendre disponibles aux autres opérateurs ? Les revenus d’abonnements supplémentaires des chaînes spécialisées seront-ils aussi élevés que prévu, et permettront-ils de rentabiliser le tout ?

En tout cas, TVA Sports fait le pari que oui. L’obtention de ces droits devrait lui permettre de se mettre au niveau de RDS en ce qui a trait au nombre d’abonnés et de coiffer le réseau concurrent en termes d’écoute et de revenus publicitaires. Je comprends que cela est devenu stratégique pour Quebecor, qui a longtemps négligé le sport.

La transaction de 5,2 milliards de dollars s’appuie sur deux tendances très fortes. Le sport est un élément de programmation unique, qui vaut de plus en plus cher dans tous les pays. C’est un spectacle vivant, en direct, qui rassemble des auditoires conséquents et de grande valeur pour les publicitaires. (On n’écoute pas un match de hockey en différé pour contourner les annonces…) Les droits de diffusion des Jeux olympiques, du soccer, du football américain, du baseball, du basketball et maintenant du hockey atteignent des niveaux qui étaient inimaginables il y a cinq ans.

Rogers connaît bien le sport, puisqu’il est propriétaire des Blue Jays dans la Ligue américaine de baseball et de leur stade, le Rogers Centre. L’entreprise a décidé l’an dernier d’augmenter de 200 millions de dollars la masse salariale de cette équipe pour la rendre plus compétitive. Rogers est aussi copropriétaire des Maple Leafs et des Raptors (NBA), et il édite même un magazine de sports adossé à sa marque Sportsnet.

L’autre tendance de fond, c’est l’amour des Canadiens pour le hockey. Forbes accorde aux Canadiens de Montréal une valeur de 775 millions de dollars — une hausse de 35 % depuis l’année dernière, et trois des cinq équipes les plus valorisées par le magazine sont canadiennes. L’aventure olympique canadienne aux jeux de Sotchi est multiple, mais rien n’attirera plus d’attention que le tournoi de hockey.

Sur la patinoire, Canadiens et Québécois affichent la même passion.

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(On n’écoute pas un match de hockey en différé pour contourner les annonces…) Oui, mais hier soir je regardais les Sénateurs pendant les pauses commerciales du Canadien…