La maladie hollandaise de Thomas Mulcair

Thomas Mulcair est habile.Il a mis le feu aux poudres aux premiers ministres des provinces de l’Ouest la semaine dernière en attribuant la faiblesse de l’emploi industriel dans l’Est du pays à la trop forte valeur du dollar canadien, elle-même causée par la grande demande pour les ressources naturelles, surtout pétrolières, extraites dans la partie occidentale du pays.

Après le Québec qui lui a assuré le statut d’Opposition officielle, c’est l’Ontario qui détient la clé vers le poste de Premier ministre. Accentuer le clivage Est-Ouest pour gagner l’adhésion de notre province voisine est une stratégie qui pourrait lui permettre d’atteindre son but.

L’autre grand mérite de cette sortie «hollandaise», c’est de polariser le pays entre un discours résolument de droite et un autre de gauche aussi assumé. Il n’y a pas de place pour les libéraux fédéraux quand les enjeux sont à ce point polarisés. Stephen Harper et Thomas Mulcair sont ici sur la même longueur d’onde. Pour Thomas Mulcair, tout cela est du bonbon.Il pourrait aussi profiter de la répulsion des mouvements écologistes envers le pétrole bitumineux et montrer aux puissants syndicats industriels que le NPD défend plus que jamais leurs intérêts.

Au-delà du jeu politicien, y a-t-il une maladie hollandaise et comment frappe-t-elle l’Ontario et le Québec ?

Que le dollar canadien soit plus solide grâce (ou à cause, dépendant de votre point de vue) à la demande pour les matières premières et des prix élevés qu’on en obtient, cela relève de l’évidence. Que cela ait un impact sur les exportations de biens industriels et sur l’emploi manufacturier tombe aussi sur le sens.

Ceci dit, l’emploi manufacturier est en recul dans tous les pays occidentaux industrialisés, y compris en Allemagne. Il s’est perdu un demi million d’emplois dans les usines françaises depuis 10 ans et des millions aux États-Unis. La maladie hollandaise ne fait pas partie des suspects dans ces autres pays.

Certains s’inquiètent de voir les jobs en usine disparaître, mais d’autres considèrent que cela fait simplement partie de l’évolution des choses. Il y a un siècle, un grand pourcentage de la population travaillaient dans les champs. La mécanisation et la forte hausse de la productivité ont permis de produire beaucoup plus avec beaucoup moins de monde. Il s’est passé la même chose dans les usines. Même si les emplois dans le secteur de la fabrication ont baissé du tiers depuis 1972, la valeur de la production industrielle a été multipliée par 2,5 en dollars constants aux États-Unis.

Certains économistes qualifient même de «fétichisme économique», cette fixation sur les emplois en usine et soutiennent qu’ils n’ont pas plus de valeur en soi que les emplois créés ailleurs dans l’économie.

Or, maladie hollandaise ou pas, l’économie québécoise comptait  392700 emplois de plus en janvier 2012 qu’en février 2002, malgré une dure récession et la faiblesse du marché de l’emploi.

Je vais peut-être vous étonner, mais je crois que le salut industriel du Québec et de l’Ontario se trouve en Chine. Grâce à l’impartition là-bas ou dans d’autres pays émergents d’une partie de leur production, nos fabricants peuvent rester concurrentiels et sauvegarder des emplois ici-même.

L’autre tendance va marquer encore plus le paysage économique des pays développés. Il devient de plus en plus cher de produire en Chine. Les salaires des salariés du secteur privé en Chine ont augmenté de 12,3 % en 2011 une fois déduite l’inflation. Ajoutez des coûts d’installation et de transport de plus en plus élevés et un État qui tend à favoriser les entreprises chinoises aux dépends de celles en provenance d’autres pays. Résultat : plus de 20 % des entreprises européennes et américaines installées là-bas songent à relocaliser leur production en Occident.

Pour la première fois depuis longtemps, il se crée des nouveaux emplois nets manufacturiers aux États-Unis et un discours résolument pro-industriel se fait entendre partout, notamment au Québec. On comprend pourquoi : les emplois dans la fabrication paient davantage que le salaire moyen et les usines emploient souvent des personnes qui peinent à se trouver une place dans d’autres secteurs de l’économie.

L’industrie comme programme social… Pourquoi pas ?

 

 

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8 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Allez dire ca aux Beaucerons qui en arrachent présentement à cause de la piasse trop haute.

La maladie hollandaise est le plus beau argument économique pour la souveraineté présentement. Sans parler de l’échec de l’euro, évidemment.

La monnaie forte nous aide aussi à garder notre pouvoir d’achat et notre niveau de vie. Elle peut aussi aider les entreprises qui le désirent à investir.

Dévaluer la monnaie, ce que souhaite apparemment faire Mulcair, équivaut à taxer notre niveau de vie et toute l’économie privée au Canada, il est loin d’être clair que l’économie en sortirait gagnante.

Le seul grand gagnant serait le gouvernement qui verrait la valeur relative de ses dettes diminuer face à toute cette inflation. Pas surprenant que cette solution soit promue par les socialistes…

Bref « be careful what you wish for! »

Le problème du $CAN ce n’est pas tent qu’il soit fort, on peut s’adapter à ça, le problème c’est son instabilité qui est un obstacle évident à l’investissement. La seule solution viable serait une union monétaire avec les USA (qui permettrait aussi un marché commun) mais c’est politiquement impensable, en tout cas pour le moment. Dommage.

En passant je ne suis pas sûr que je voudrais prendre des conseils économiques ni confier la gestion des finances du pays à un type qui a ré-hypothéqué sa maison 11 fois!!!

http://news.nationalpost.com/2012/05/27/mulcair-has-remortgaged-his-quebec-home-11-times-since-early-1980s/

@PBrasseur

La réalité des dernières années a montré que les consommateurs n’ont pas du tout profité d’une piasse forte, les intermédiaires empochant le gros de la remontée

L’adoption du dollar américain serait évidemment la solution.

Dire que l’appréciation du dollar canadien résulte de la demande en matières premières et du prix élevé des dites matières est un néologisme. Cela revient à ignorer l’importance du marché monétaire dans l’appréciation des monnaies. Le marché a été favorable ces dernières années pour les devises canadiennes qui bénéficient de l’affaiblissement de la zone Euro comme de la dépréciation de la devise américaine ; ce qui génère plus de transferts et d’échanges monétaires formulés entre autre sur des monnaies de réserves (Yen, Livres sterling, Franc Suisse, etc.), de sorte que notre dollar s’est apprécié en jouant un rôle quasi semblable aux monnaies de réserves.

Cette appréciation de la devise nuit effectivement entre autre au secteur manufacturier. Si ce n’est toutefois qu’une mutation qualitative sur les produits, des synergies de transformation génératrices de valeur ajoutée, associées à des gains d’efficience et de productivité… tout cela compenserait l’appréciation de la devise canadienne. A noter d’ailleurs que la Suisse a pris des mesures techniques pour maintenir un taux de change stable, ce qui ne nuit pas à ses exportations.

Il existe des entreprises au Québec qui concurrencent actuellement sans problème les pays émergeants. Ces entreprises ont misé sur la flexibilité, la production en temps réel, la qualité, la valeur technologique ajoutée. Il faut continuer de les soutenir et tout mettre en œuvre pour en garantir leur pérennité. On comprend que le tissu industriel issu des modèles du 19ième siècle est désormais révolus ; qu’il existe bel et bien une place pour une industrie respectueuse de l’environnement, consommant moins d’énergie, faisant usage avec efficience des ressources naturelles locales.

L’un des aspects du syndrome Hollandais, n’est pas seulement lié à l’exploitation extensive des ressources naturelles ; simultanément un grand nombre d’emplois ont été recentrés sur les secteurs financiers, le courtage et des domaines connexes tels les assurances notamment. Toutes ces données combinées ont pour effet d’accroitre les facteurs de risques, d’où cette élaboration croissante de produits financiers sophistiqués directement liés à ce type de facteurs ; ce qui immobilise plus de capitaux que cela n’en génère dans les faits.

En sorte que le déséquilibre facteur de risques alimente le déséquilibre et le risque et ainsi de suite. En mathématique on appelle cela des fractales. On peut s’en servir positivement bien sûr lorsqu’elles sont bien paramétrées.

Mulcair un est social-médiocrate qui pense qu`à cause des ressources naturelles, le secteur manufacturier régresse. C`est à cause des gouvernements social-médiocrates hyperendettés et anti-entreprises de l`Ontario et du Québec si le secteur manufacturier va pas bien. Avec des salaires minimum rendu proche 10$ de l`heure, une éducation médiocre ou on forme beaucoup trop de monde des sciences molles(tricoteux de panier et communistes) et les syndicats, les compagnies peuvent bien pas investir et sacré leur camp. C`est sûr que le secteur pétrolier et autres richesses naturelles, c`est payant. Partout sur la planète, ils en veulent, c`est la base de tout. Et ils payent le gros prix pour. On fait rentrer plein d`argent neuf au Canada grâce aux richesses naturelles. Le pire, c`est que le Québec en possède beaucoup de richesses et est trop imbécile pour l`exploiter au maximum. Mais ça va changer, on aura pas le choix entre les exploiter(les ressources) ou devenir comme la Grèce.

Pour Rod :

Vous avez dit: « Allez dire ca aux Beaucerons qui en arrachent présentement à cause de la piasse trop haute. La maladie hollandaise est le plus beau argument économique pour la souveraineté présentement. Sans parler de l’échec de l’euro, évidemment. »

C’est beau! Sauf qu’à l’heure de référendum de 1995, les Beaucerons ont voté majoritairement contre la souveraineté. 🙂 Et de surcroit, au fédéral, ils votent Conservateur.