La mine d’or cachée dans le «Big Data»

Integra Gold offre un million de dollars aux internautes qui trouveront des gisements dans les mines Sigma et Lamaque, à Val-d’Or, à l’aide d’une base de données.

Une compagnie minière veut révolutionner la chasse à l’or en offrant un million de dollars aux internautes qui trouveront des gisements dans ses mines situées au Québec. Pour cela, les 1 100 candidats inscrits doivent analyser une base de données sur les mines Sigma et Lamaque, à Val-d’Or, mise en ligne par Integra Gold.

Cette dernière contient notamment des analyses de sol, des photos et des bilans de précédents forages archivés au cours de 75 ans. Lorsque Integra Gold a acheté les mines à l’automne 2014, elles étaient inexploitées depuis la faillite de leurs anciens propriétaires, dans les années 1990.

Erwan Gloaguen, professeur de géophysique et de géostatistique à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), explique comment les candidats pourraient trouver des gisements d’or: «Le défi du concours est de bâtir un algorithme à partir de cette base de données. On cherche une certaine logique parmi les colonnes de chiffres.» Selon Integra Gold, pas besoin d’être un expert en géologie pour participer à ce concours «ouvert à tous». Mais un tel défi nécessite bien quelques compétences incontournables. «Aucun candidat ne pourra se soustraire à une bonne connaissance de l’informatique et beaucoup d’aisance avec la gestion d’une base de données», dit Gloaguen.

Sur les 1 100 orpailleurs prenant part à cette quête virtuelle, 60 sont québécois. Le géologue Guy Desharnais est l’un d’eux. Il s’est inscrit au concours avec trois collègues de son entreprise d’expertise minière, située dans la région montréalaise. «Le secteur minier a la réputation d’être un peu primitif par rapport au secteur pétrolier, par exemple. Les candidats qui viennent d’autres domaines, comme l’informatique ou les sciences médicales, développent des méthodes qui bousculent les techniques traditionnelles et poussent l’industrie minière vers l’avant.»

«Pour Integra Gold, il n’y a que des points positifs à ce concours, ajoute Gloaguen. Une équipe embauchée n’aurait pas forcément trouvé l’idée originale qu’ils attendent. Grâce au concours, 1 100 têtes travaillent pour eux, mais ils ne rémunèrent que celle qui leur apporte le résultat le plus satisfaisant, tout en gardant aussi les autres idées.»

Une seule compétition de ce genre a déjà eu lieu, en 2000. Un millier de chercheurs virtuels avaient permis à la compagnie GoldCorp de récolter 170 tonnes d’or à Red Lake, en Ontario. La minière estime qu’une équipe de chercheurs mandatée lui aurait coûté au moins aussi cher que les 575 000 $ investis dans le concours et aurait eu à travailler pendant deux ou trois ans pour trouver ses gisements d’or.

Pour Val-d’Or, le projet d’Integra Gold a une signification hautement symbolique. La mine Lamaque a été la mère fondatrice de la ville, jadis le plus grand producteur d’or du Québec au milieu du XXe siècle. Le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, estime que ce projet mettra sa ville en lumière et pourrait créer 150 emplois d’ici 2017 si l’exploitation se concrétise.

Les gagnants seront annoncés en mars 2016.

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