La montée (en hauteur) de Montréal

Il y a au Québec un mythe puissant: Montréal serait en déchéance totale alors que la ville de Québec serait portée par un extraordinaire dynamisme. La capitale représenterait l’avenir et Montréal le passé.

Je n’enlève rien à Québec. Voilà une ville superbe qui a développé de nouveaux atouts et qui est propulsée par une formidable confiance en elle. Je n’ai qu’un mot : bravo !

Mais ce n’est pas parce que Québec s’affirme que Montréal s’endort. On oublie comment la ville s’est embellie ces dernières décennies et le formidable élan immobilier qui est en train de transformer son centre-ville. On comptait l’été dernier 75 grues en activité au centre-ville et les projets foisonnent. Vous pensez spontanément au Quartier des spectacles et à la construction des deux hôpitaux universitaires, mais le marché résidentiel et commercial est déchaîné. Il ne s’agit pas là d’investissements publics, mais de promoteurs privés qui misent sur la métropole québécoise.

Le journal Les Affaires parle cette semaine de la construction de deux tours de 38 étages qui seront bâties à l’intersection de René-Lévesque et de la Montagne. Le projet Yul est l’affaire d’un promoteur sino-cambodgien qui veut y loger 900 unités de condominiums.

De l’autre côté de la rue, entre de la Montagne et Drummond, deux autres tours de 38 étages seront érigées.Il s’agit du projet Rocabella. Même intersection, on trouvera le projet Icône avec des tours de 40 et de 30 étages.

À deux pas de là, il y a bien sûr la tour des Canadiens de Montréal, un édifice de 50 étages dont les condos seraient presque tous vendus. En face, une autre tour de 50 étages sera érigée. Il s’agit du projet L’Avenue. Adjacent au Centre Bell et à la gare Windsor, on est en train de construire la tour Deloitte, un immeuble à bureaux de 26 étages.

Ce n’est pas fini, car Cadillac Farview envisage d’autres projets au sud du centre Bell.

À l’automne, on débutera les travaux de construction du projet Le Drummond, situé sur la rue Drummond, entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard René-Lévesque Ouest. Il s’agit de deux tours résidentielles de 23 et de 21 étages qui s’élanceront à partir d’une base commune de trois étages qui abriteront  des commerces et des bureaux. Tout près, rue Crescent, on attend des nouvelles de la Maison Ogilvy qui devrait nécessiter un investissement de 150 millions de dollars.

Le Quartier international, à l’ouest du Vieux-Montréal, est un autre pôle de développement. Le Projet Univers pourrait compter quatre tours, dont une de 40 étages, à l’intersection Saint-Jacques et Square Victoria. L’Aimia, une tour à bureaux de 35 étages, est en construction à l’angle de l’avenue Viger et du Square Victoria.

Je compte au moins trois autres projets sérieux de plus de 30 étages au centre-ville de Montréal.

Certains me parleront de la bulle immobilière, de spéculation, d’un marché immobilier devenu inabordable ou d’investissements insensés. Après tout, Montréal serait la quatrième ville nord-américaine après Toronto, New York et Vancouver pour le nombre de tours de plus de 12 étages en construction. Se retrouver avec Toronto et Vancouver dans un tel classement donne en effet la chair de poule.

Je trouve quand même l’occasion de me réjouir. Côté urbanisme, Montréal est en train de colmater tous les espaces vides et stationnements à ciel ouvert qui ternissaient le centre-ville. Cela marque aussi le (re)peuplement du centre-ville. Montréal comptera sur des milliers de nouveaux résidents du quartier centre qui contribueront à la vitalité des espaces commerciaux et culturels. Ce sera un quartier où, comme en dit en anglais, « we live, work and play »

Côté économie, tous ces investissements créent des emplois dans la construction. Le risque immobilier est par ailleurs diminué parce que les promoteurs s’assurent d’avoir vendu une grande partie des espaces disponibles avant de mettre en chantier. Double précaution : dans les projets à tours multiples, on s’assure qu’une première tour soit viable avant de s’engager dans la construction d’une phase deux. Bref, on a le temps de prendre le pouls du marché avant de plonger tête première.

Enfin, avec les tours Deloitte et Amelia, nous sommes en train de construire les premiers immeubles à bureaux d’une certaine envergure à Montréal depuis plus de 10 ans. Telus a aussi un projet de 18 étages, à l’angle René-Lévesque et Lucien-L’Allier.

Ne comptez pas Montréal pour battue.

 

15 commentaires
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Quand on regarde l’État des finance publiques avant et après l’arrivée de Régis Labeaume, on réalise rapidement que cette ville vit sur du temps emprunté.

Régis a fait exploser les dépenses, il a fait exploser la dette et cette semaine le compte de taxes des commerces a lui aussi explosé. Régis est en train de tuer la ville de Québec, son seul talent est d’avoir créer un immense show de boucane pour dissimuler son travail de démolition.

Je ne comprends pas votre optimisme. La croissance est moribonde à Montréal et serait vraisemblablement négative sans cette ridicule bulle spéculative autour des condominiums, qui va forcément comme partout ailleurs se terminer dans la douleur et les pleurs.

La « vigueur » actuelle ne devrait pas vous rassurer, c’est un écran de fumée. On peut comprendre que monsieur tout le monde s’en trouve impressionné, mais un spécialiste de l’économie comme vous devrait au contraire aider les gens à y voir plus clair au lieu participer au « cheerleading ». Je ne demande parfois si les journalistes ne se sentent pas obligés de parler parfois en terme positifs, juste pour ne pas avoir l’air trop rabat-joie.

Quand à Québec David a raison, c’est un fait mal connu que cette ville est une des plus endettée au Canada. Une des plus vieillissante aussi.

On dit souvent Les Canadiens de Montréal mais en réalité c’est LE Canadien de Montréal, comme on dit Le Real de Madrid ou le Paris-St-Germain

Contrairement aux 2 premiers commentaires, je dis Bravo! à Montréal.

J’habite en « région » comme disent les biens pensants, mais je ne jalouse aucunement la santé des grandes villes. La Métropole devrait être la locomotive du Québec.

C’est d’autant plus rassurant que les grands projets d’investissements proviennent du privé. J’avais l’impression que le privé, en ces temps incertains, préférait engranger les bénéfices plutôt que d’investir et faire rouler l’économie.

Espérons seulement que cela ne leur coûte pas 30% de plus qu’ailleurs.

Je suis heureux de voir qu’il n’y a pas que du noir à Montréal, l’unique poumon économique du Québec. Par contre, quand on la compare aux autres villes de sa taille et de son envergure comme Toronto, Vancouve et Calgary,on se rend compte que Montréal perd quand même du terrain et n’attire pas tous les capitaux qu’elle devrait. Est-ce un mythe que la communauté d’affaire de Montréal se sent injustement traitée par rapport à celle de ces autres centres?

Quant à Québec, ce n’est qu’une question de temps avant que le chateau de cartes du caporal Labeaume s’effondre. Il a obstinément endetté cette ville qui vit encore sur le « high » de ce bar ouvert qu’il a payé. La note arrivera un jour et malheureusement l’irritable maire ne sera plus en poste pour répondre de ses actions. Le seul symbole qui restera de ce triste personnage sera un édifice vide et quelques milliers de personnes ayant échangé leur dignité et leur bon sens économique en retour d’un mirage du retour d’une équipe de hockey…

Montréal s’est déjà transformée et continue de se transformer, se méritant d’ailleurs de plus en plus l’appellation de ville de design. Néanmoins, si le design est de plus en plus soigné, je déplore le développement toujours anarchique de la ville. Certaines personnes trouveront que cela fait son charme mais personnellement, je n’en suis pas sûr et j’aurais préféré un développement plus cohérent et mieux planifié.

Je relève que nombre de ces constructions, exception faite des tours à bureaux, relèvent plus de l’investissement et beaucoup moins de la fonction organique de la ville qui est : la vivre et l’habiter. Si l’investissement en immobilier est toujours attractif pour une métropole comme celle-ci, c’est parce que les immeubles des grandes villes du monde sont devenus « inabordables » pour nombre d’investisseurs qui recherchent encore un potentiel de plus-values.

Cela signifie-t-il néanmoins que ce type de constructions soit accessible pour la pécore moyenne ? Vais-je pouvoir me récompenser in extenso par l’achat de l’un de ces condos de prestige ? Il me convient d’en douter ! Il est visible que la clientèle ciblée, n’est que très partiellement de la gente « indigène » ; que ce sont plutôt des acheteurs « off shore » ou à tout le moins aisés qui sont courtisés. Il y a déjà tout un stock de logements de bonne facture qui ne sont occupés qu’un ou deux mois par années en particulier dans le Centre-ville et ses dépendances adjacentes.

Hier, je faisais une recherche sur « Google » pour voir certains embellissements de la ville dans laquelle je suis né. Plus spécifiquement dans le quartier où j’ai grandi. J’ai pu remarquer qu’aussi, la construction bat son plein et qu’on trouve des embellissements de toutes parts. Si ce n’est que Paris au contraire de Montréal, réserve toujours une portion importante de son développement aux logements HLM et aux logements subventionnés permettant l’accession à la propriété pour toutes personnes de la classe moyenne. Il s’y dépense beaucoup d’argent en partenariat avec les promoteurs, pour construire des écoles neuves, rénover les écoles existantes ou se doter d’équipements sportifs de proximité.

Paris connait certes la « gentrification » tandis qu’il fait encore bon d’y vivre pour les familles ; lorsqu’avec le réseau de transports en commun qui dessert et s’articule avec la banlieue, tout cela préserve la mixité sociale qui plait usuellement aux populations européennes.

À Montréal la population plafonne depuis une quarantaine d’années, elle ne doit sa relative stabilité que par l’apport régulier de population immigrée. Une métropole comme Montréal aurait due croître de près de 40 à 50% (comme d’autres grandes villes canadiennes), ce qui aujourd’hui génèrerait une autre dynamique, laquelle aurait probablement permis un déploiement d’autres formes complémentaires d’aménagements, d’équipements, tout comme une typologie urbaine revitalisée.

En recoupant le texte de M.Duhamel avec celui de Serge Drouginsky ça me rappelle un livre écrit au milieu des années 1970 par un journaliste de La Gazette de Montréal « Les vrais propriétaires de Montréal ». Après deux années de recherche et en recoupant toutes les informations qu’il a pu trouvées il en déduisait:
1) qu’à Montréal l’immobilier et les terrains étaient en grande partie la propriété d’étrangers (Anglais, Allemands, Français, Belges, Italiens, américains…) qui ne tenaient pas à se faire connaitre, souvent cachés derrière des paradis fiscaux.
2) que c’était ces investisseurs étrangers qui planifiaient à leur façon le développement de notre métropole et qu’ils faisaient la même chose dans toutes les grandes villes du monde
3) que ces investisseurs réussissaient comme ça à imposer leurs vues parce que les politiciens leur permettaient de le faire, sa perception était que les politiciens agissaient en fait en « dérouleurs de tapis rouges » pour ces investisseurs étrangers.
4) à la tête de ces capitalistes internationaux il retrouvait les familles contrôlant des banques, des compagnies d’assurance, des pétrolières et gazières, des gestionnaires de fonds de retraite qui avaient de multiples ramifications dans d’autres secteurs (construction, mines, ciment, transports, automobile..)
5) ces gens là cherchaient en fait à faire fructifier, mais sans prendre trop de risque, les gains qu’ils faisaient ailleurs et l’immobilier était tout indiqué.

La situation n’est probablement pas très différente aujourd’hui. Les arguments du temps pour justifier de laisser à ces investisseurs étrangers autant de place sont les mêmes qu’aujourd’hui, M.Duhamel nous en sert quelques uns : Ils vont nous faire profiter de leurs capitaux, ça va créer des jobs et générer de l’activité économique etc…

Comme le laisse entendre M.Drouginsky, il aurait été plus rassurant pour les montréalais et les québécois d’entendre parler d’un plan de développement de notre métropole qui aurait été planifié par des montréalais en tenant compte des besoins et des intérêts des montréalais. C’est une chose d’offrir à des investisseurs étrangers l’opportunité de faire des affaires ici, ça en est une autre de les laisser planifier à leur façon et pour leurs propres intérêts le développement d’une ville.

M.Brasseur a raison lorsqu’il écrit en s’adressant à M.Duhamel: « ..On peut comprendre que monsieur tout le monde s’en trouve impressionné, mais un spécialiste de l’économie comme vous devrait au contraire aider les gens à y voir plus clair au lieu participer au “cheerleading”.

Bonjour
En effet , il y a toutes sortes de projets à Montréal …… mais l’ensemble est toujours perçu comme entièrement négatif .
À Québec de 1984 À récemment l’ensemble était perçu comme négatif …… et il se faisait beaucoup de choses positives mais peu connues .

Ça a pris du temps mais l’image a fini par devenir positive ( Régis Labeaume a simplement repris tout ça avec enthousiasme

Je suis de Québec avec un condo dans le Vieux-Montréal . J’y paie des taxes et j’aimerais les améliorations des dernières années . Dommage que les histoires de corruption contribue encore plus aux sarcasmes mais ça devrait finir par améliorer les choses .

Beaucoup d’étrangers aiment beaucoup Montréal ( entre autre des français )

Soyons positif , on ne sais pas quand et comment mais ça devrait cesser de chialer un de ces jours

Bravo pour votre article

@ Claude Lafontaine (# 7):

Bon…un autre sombre complot d’une force capitaliste occulte contre le pauvre petit Québec (Montréal dans ce cas-ci) sans défense… Bref, de la victimisation dans toute sa splendeur.

Je n’y crois pas du tout à votre théorie de la conspiration.

La VASTE majorité des propriétaires montréalais sont de petits propriétaires qui possèdent des plex et qui sont parfaitement aptes à voter aux 5 ans. D’ailleurs, s’il y a eu des manigances à Montréal, elles ont été ourdies et accomplies par des Québécois Montréalais pure laine et non par une société mystérieuse venant d’un univers hors de notre portée. Voir la Commission Charbonneau. Idem pour Laval et partout ailleurs au Québec.

Un plan de développement qui satisfait tout le monde, ça n’existe pas. Drapeau en a eu plusieurs mais il se faisait crucifier régulièrement par les ancêtres de nos chemises vertes. Il a fait fi des critiques, a passé pour un despote mais a quand même contribué grandement à la notoriété de Montréal dans le monde.

Compte tenu des règles de plus en plus restrictives et suffocantes imposées par la gauche interventioniste d’aujourd’hui, serait-il capable d’un tel accomplissement (Expo, Jeux olympiques, etc…)? Pas certain du tout.

Ne cherchez pas ailleurs qu’ici nos pires ennemis.

L’UN des gros problèmes de Montréal?

Cette métropole est considérée par le gouvernement québécois comme une simple région administrative comme les autres et en plus, le gouvernement provincial est localisé à Québec; loin des préoccupation des montréalais.

La vision de Paris de Drouginsky, ville dans laquelle, « contrairement à Montréal tout est entrepris en bonne entente pour permettre l’accession à la propriété des familles et classes moyennes » relève d’un fantasme qui dérive vers le délire.

Seule une personne qui n’est pas allée à Paris depuis au moins 20 ans, et ne connaîtrait que très vaguement sa trajectoire socio-économique d’ensemble pourrait soutenir publiquement pareille ineptie.

@ David

Ce que les gens de Québec voulait c’est un amphithéâtre pour le retour des Nordiques.

C’est drôle a dire, a part Labeaume, certains gars de radio devrait se sentir mal présentement.

@ Simonon (# 11):

Right on!

Je suis allé là-bas à multe reprises depuis 5 ans et seuls les millionnaires peuvent se permettre de posséder un appartement dans cette ville.

Montréal est encore relativement abordable pour ceux qui veulent faire les efforts nécessaires et économiser suffisamment pour s’acheter une propriété. Pour les autres, il reste toujours le Boulevard Taschereau ou Laval…

@ Réponse à monsieur Simonon (#11) :

Vos propos aimables me concernant :
– fantasme
– dérive vers le délire
– ineptie
… Et j’en passe.

Prenons pour acquis que tout ce que vous affirmez soit vrai. Cela signifie que j’aurais certainement mieux fait de me taire ou cela signifie-t-il que vous voudriez me faire taire ?

Le territoire de l’île de Montréal compte actuellement environ 55000 logements sociaux de type HLM, OBNL, coopératives et logements publics de type abordables. À titre de comparaison la ville de Paris compte 200 000 logements sociaux auxquels s’ajoutent les coopératives et les logements publics abordables. Ce qui constitue un peu plus de 17% du parc immobilier locatif de toute la ville. Il existe aussi des logements privés construits avant 1948 qui bénéficient encore de loyers modiques (quoique la loi soit désormais abrogée).

La ville de Paris prévoit d’augmenter et continue d’augmenter le nombre des logements sociaux à fin de se conformer à la « loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains » qui indique que la proportion de logements sociaux devrait être de 20%.

J’ai dans mes premiers commentaires évoqué la question de la « gentrification » ce qui est un problème planétaire et pas spécifique de la seule ville de Paris. À ma connaissance, je ne crois pas que Montréal échappe de quelque façon que ce soit à ce phénomène et je me réjouis que les autorités municipales de la ville de Montréal soient de plus en plus conscientes de cette réalité.

Si Paris a un peu de rattrapage à faire en comparaison d’autres villes de France, il n’empêche que ce rattrapage sera certainement effectif dans dix ans, quand à Montréal cela restera un sujet de simple conversation dans le même temps.

Je vous prie monsieur Simonon d’agréer toute à l’entièreté de mes respects et j’espère que ces nouvelles bouffées délirantes, doublées de ces nouvelles inepties auront à tout le moins le mérite de vous divertir et peut-être aussi de vous instruire. J’aimerais rajouter encore une chose : À mon humble avis la cordialité à bien meilleurs goût.

Addendum :
Au 1er Janvier 2001 la ville de Paris comptait 13,4% de logements sociaux, au 1er janvier 2011 la proportion était de 17,1% et aux dernières nouvelles le maire de Paris : Bertrand Delanoë estime que la cible de 20% sera atteinte dans le courant de 2014, ce sont plus de 12000 familles à Paris chaque année qui peuvent avoir accès à un logement social.