La pandémie et l’économie : on va passer au travers

Il n’y a pas de conflit entre sauver des vies et sauver l’économie. Démonstration par l’économiste Pierre Fortin.

Photo : Daphné Caron

Les mesures de distanciation et de confinement appliquées pour combattre la pandémie de COVID-19 ont des conséquences pour l’économie canadienne.

Voici les 10 points qui seront abordés dans ce vaste tour d’horizon.

1 L’approche proactive adoptée par les provinces canadiennes pour combattre la COVID-19 est la bonne. Il n’y a pas de conflit entre sauver des vies et sauver l’économie.

2 Il est probable que le PIB diminue de 20 % à 30 % (inflation déduite) au Canada et au Québec au premier semestre de 2020, — plutôt que de 10 % ou moins, comme le prévoient certains.

3 Les deux grands leviers d’intervention de l’État dans les circonstances sont la politique monétaire de la Banque du Canada et la politique budgétaire d’Ottawa et des provinces.

4 La Banque du Canada est le prêteur de dernier recours qui doit s’assurer que les agents financiers sont capables de soutenir la viabilité à court terme des personnes et des entreprises.

5 Ottawa et les provinces ont l’obligation stricte d’offrir aux travailleurs et aux entreprises un secours direct immédiat et suffisant qui puisse les protéger de la catastrophe.

6 L’aide fédérale directe annoncée jusqu’ici totalise environ 117 milliards de dollars (5 % du PIB). En conjonction avec les reports d’impôt et le soutien à la liquidité des entreprises (l’aide provinciale s’ajoutant), cela paraît suffisant pour permettre aux travailleurs et aux entreprises de passer au travers des trois ou quatre prochains mois avec un niveau de dommages réduit.

7 Le déficit fédéral estimatif pour 2020-2021 est présentement de 142 milliards de dollars (6 % du PIB). Ottawa ne devrait éprouver aucune difficulté à emprunter ce montant sur les marchés obligataires canadien et mondial.

8 Le financement d’un déficit fédéral ponctuel de 142 milliards ne nécessitera pas de hausse des impôts et taxes.

9 Pour que l’activité économique puisse reprendre pour de bon, il est absolument essentiel que le SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19, ait été définitivement maté. Les directives de la Santé publique doivent être scrupuleusement respectées jusqu’au bout, malgré l’impatience et l’écœurement. Ce sera un défi politique et social majeur à relever d’ici le courant du mois de juillet.

10 À partir du milieu de l’été, la reprise économique sera en partie quasi automatique. Mais les autorités fédérales et provinciales devront rester attentives et flexibles face aux hésitations possibles de la demande intérieure, au sort des provinces pétrolières et au comportement des exportations à l’étranger.

***

L’approche proactive est la seule qui permet à la fois de sauver des vies et de sauver l’économie

Il y a deux façons de mettre fin à une épidémie virale. La première, on est passif, on ne fait rien et on laisse le virus infecter qui il veut. Au bout d’un certain temps, quand une fraction suffisante de la population a contracté la maladie (jusqu’à 70 % dans le cas de la COVID-19), le virus n’a presque plus personne à contaminer et il finit par s’éteindre. On bénéficie alors d’une espèce d’immunité collective contre lui. La deuxième façon : on est proactif et on combat le virus avec des mesures de santé publique musclées (distanciation physique, confinement, quarantaine, dépistage, géolocalisation, masques, etc.). Si (et seulement si) ces mesures jouissent d’une large acceptabilité sociale et durent pendant suffisamment longtemps, la courbe d’expansion de l’épidémie s’aplatit, se renverse et finit par converger vers zéro. L’immunité collective peut alors être atteinte, mais la fraction de la population ayant été infectée est beaucoup moins importante qu’avec la première approche, par exemple 30 % au lieu de 70 %.

On a vu le résultat catastrophique de la première approche — la passive — en 1918-1919 quand les trois vagues de l’épidémie de grippe espagnole ont tué 50 millions d’humains. Au Canada, il y a eu 50 000 morts. Avec une population canadienne 4,5 fois plus importante aujourd’hui qu’en 1918, l’équivalent actuel serait de 225 000 morts. Au cours des derniers mois, quelques pays comme le Royaume-Uni, la Suède et les États-Unis sont initialement restés passifs face à la pandémie de COVID-19, mais ils ont modifié leur approche devant l’insuccès de leur stratégie.

La conclusion qui s’impose, c’est que si nous voulons éviter un désastre humanitaire nous n’avons vraiment pas le choix. Le Canada doit continuer à adhérer à l’approche proactive, comme l’ont fait avant lui la Chine, la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, l’Allemagne et la France.

La récession économique qui commence au Canada est une conséquence inévitable de l’approche proactive. La récession n’est pas l’effet de taux d’intérêt élevés comme en 1981-1982 et en 1990-1991 ou le résultat d’un dérapage de la finance mondiale comme en 2008-2009. Elle est imposée par les mesures qui empêchent une bonne partie des personnes et des entreprises de travailler, de produire, de vendre et d’acheter, mais qui sont absolument nécessaires pour sauver des vies. Et le public doit respecter ces mesures pendant assez longtemps pour éviter qu’un assouplissement prématuré conduise à une nouvelle vague de contagion et une nouvelle récession.

En fait, un résultat récent de la recherche permet de croire qu’il n’y a pas de conflit entre sauver des vies et sauver l’économie. Passant en revue les diverses mesures appliquées par les villes américaines contre la grippe espagnole en 1918-1919, des chercheurs du MIT et de la Réserve fédérale américaine viennent de trouver que les quelques villes américaines dont l’approche a été proactive ont à la fois sauvé plus de vies et mieux protégé leur économie locale de la récession que les villes qui sont restées passives pendant la crise sanitaire.

Ce printemps, le PIB canadien va diminuer de beaucoup plus que 10 %

Quelles seront la profondeur et la durée de la récession qui vient de commencer au Canada ? Au cours de la semaine du 23 au 27 mars, les grandes banques canadiennes ont émis des prévisions à ce sujet. En moyenne, du sommet de l’automne 2019 au creux du printemps 2020, elles s’attendent à un recul de 8 % de la production et du revenu intérieur du Canada (inflation déduite). Cette chute du PIB serait la plus soudaine et la plus importante depuis la Grande Dépression des années 1930. Après cette récession au premier semestre de 2020, les banques entrevoient un important rebondissement de l’activité économique au second semestre. C’est, en quelque sorte, une trajectoire en V qui est prévue pour le PIB, de l’automne 2019 à l’hiver 2021.

Quelles sont les chances que la chute moyenne de 8 % du PIB prévue par les banques tombe juste ? Elles sont faibles. Il est fort probable que leur prévision sous-estime considérablement la profondeur de la récession qui est en train de frapper le Canada. Deux résultats récents et concordants sont utiles pour guider le jugement sur cette question. Le premier est dû à un chercheur de la Banque de réserve fédérale de Saint-Louis. Il vient d’estimer qu’aux États-Unis environ 40 % de tous les emplois sont à haut risque de mise à pied si des mesures généralisées de distanciation et de confinement sont adoptées. Le second résultat est dû à l’Institut national de la statistique et des études économiques, qui joue en France le même rôle que Statistique Canada chez nous. Il a évalué à 35 % la chute de l’activité économique globale qu’a subie l’économie française en mars, premier mois où la population là-bas a été soumise à un confinement sévère.

Même en tenant compte du fait que les mesures de santé publique pourraient être moins dures au Canada qu’en France, ces résultats donnent à croire que la prévision moyenne de nos banques, qui voient le PIB canadien reculer de seulement 8 % de l’automne 2019 au printemps 2020 est, comme on dit, « dans le champ ». En restant du côté conservateur, compte tenu des résultats rapportés ci-dessus, nous ferions mieux d’anticiper une baisse du PIB de quelque chose comme 20 % à 30 % au printemps 2020 par rapport au niveau de l’automne 2019, au Québec comme au Canada. En l’occurrence, le taux de chômage pourrait grimper bien au-delà de 10 % avant de redescendre une fois le gros de la crise passé.

L’urgence première et immédiate est de secourir directement nos gens du désastre

La réaction des autorités gouvernementales à une crise comme celle que nous traversons présentement repose sur deux leviers : la politique monétaire de la Banque du Canada et la politique budgétaire d’Ottawa et des provinces. En tant que prêteur de dernier recours au pays, la Banque du Canada a la responsabilité de s’assurer que l’ensemble du système financier canadien soit capable de prêter sans délai et à coût abordable aux personnes et aux entreprises la liquidité qui leur est nécessaire pour passer au travers de la crise. La Banque doit aussi maintenir les taux d’intérêt au plancher zéro. Comme ils y sont déjà presque au départ, le soutien qu’elle peut apporter à l’économie de ce côté est limité. Par conséquent, c’est surtout à la politique budgétaire des gouvernements d’intervenir.

Cela doit se faire en deux étapes. Dans l’immédiat, il est urgent d’offrir aux travailleurs et aux entreprises un secours direct qui puisse les protéger du désastre. Les gouvernements ont la stricte obligation de soutenir le plus vite possible le revenu des travailleurs qui sont mis à pied ou immobilisés, ainsi que la capacité des entreprises de payer les salaires de ceux qui restent à leur emploi et d’honorer leurs engagements fixes comme les loyers, l’électricité, les combustibles, les taxes foncières, les assurances et les intérêts sur la dette. Après tout, en pratiquant la distanciation et le confinement, travailleurs et entreprises se sacrifient pour la collectivité en se transformant en combattants contre l’épidémie. Il faut les compenser adéquatement.

Cette première étape est en cours de réalisation. Ottawa a annoncé qu’il va injecter dès ce printemps 108 milliards de dollars dans la réponse directe à l’épidémie et en secours immédiat aux personnes, aux familles et aux entreprises. Il faudra ajouter à ce montant jusqu’à 9 milliards en prestations d’assurance-emploi supplémentaires, qui devront être versées. Cela donne un total de 117 milliards en aide fédérale directe.

De plus, en conjonction avec diverses agences fédérales (ARC, BDC, EDC, SCHL, etc.) et avec le soutien de la Banque du Canada, des reports d’impôt sont accordés aux contribuables et des lignes de crédit sont ouvertes pour soutenir la liquidité des entreprises. Au Québec, le gouvernement provincial va, de son côté, ajouter 18 milliards aux subventions, reports d’impôt et soutiens à la liquidité, avec l’aide d’Investissement Québec et un appui supplémentaire de la Caisse de dépôt.

Le secours direct de l’État paraît suffisant pour l’instant

C’est du bon boulot. Il faut en remercier les autorités fédérales et provinciales et espérer que l’aide arrive à temps. Est-ce suffisant ? Fort probablement. Faisons les maths, pour voir.

Fixons les idées en supposant que, pendant quatre mois de confinement, disons du 15 mars au 15 juillet 2020, le PIB canadien soit inférieur de 30 % à son niveau normal et qu’on accorde une compensation de 75 % à la moitié de tous les travailleurs et entreprises parce qu’ils seraient directement affectés par ce confinement (beaucoup de « non essentiels », mais pas seulement eux). Alors, le secours direct immédiat à verser devrait être de l’ordre de 30 % x 75 % x 50 % = 11,25 % du PIB normal de ces quatre mois, c’est-à-dire de 3,75 % du PIB normal de l’année 2020 (puisque quatre mois = un tiers d’année). Si on considère qu’en l’absence de la crise sanitaire la valeur du PIB du Canada en 2020 aurait atteint environ 2 400 milliards, les 117 milliards de dollars en aide financière directe d’Ottawa équivalent à 5 % de 2 400 milliards. Dans ces conditions, on peut dire qu’il y a plus d’argent prévu dans le programme fédéral de secours direct (5 % du PIB) qu’il sera nécessaire pour compenser adéquatement les personnes, familles et entreprises affectées (3,75 % du PIB). Il y aura du jeu pour faire face à la situation hypothétique où la suppression des mesures de confinement devrait être progressive et s’étaler au-delà de la première quinzaine de juillet.

Si on fait le compte dans les hypothèses retenues ci-dessus, Ottawa devra financer un déficit budgétaire total de 142 milliards de dollars dans l’année financière 2020-2021. Ces 142 milliards, en plus des 117 milliards en secours direct, incluent le déficit de 25 milliards prévu dans la Mise à jour économique et budgétaire présentée par le ministre des Finances fédéral Bill Morneau en décembre dernier. Ils équivaudront ainsi à 6 % du PIB normal de 2 400 milliards de 2020.

(Il importe de noter ici que les milliards accordés en reports d’impôt aux contribuables et en soutien à la liquidité des entreprises ne constituent pas des dépenses gouvernementales et ne sont pas comptabilisés dans le déficit budgétaire, parce qu’il s’agit littéralement d’avances ou de prêts qui sont remboursables. C’est de l’argent qui sort, mais qui revient ensuite. Bien évidemment, il y a un délai entre la sortie et la rentrée des fonds. L’argent doit être emprunté par l’État au départ avant de lui revenir. Il y aura aussi des prêts en défaut, dont les montants s’ajouteront au déficit budgétaire à financer.)

Le déficit fédéral ne sera pas difficile à financer et n’exigera pas de hausser les impôts et taxes

Le gouvernement fédéral n’éprouvera aucune difficulté à emprunter sur le marché des obligations les 142 milliards dont il aura besoin pour financer son déficit. Car, premièrement, la capacité des ménages et des entreprises à dépenser aura beaucoup diminué pendant les mois de confinement. Par conséquent, au printemps 2020, leurs épargnes auront augmenté. Elles auront été déposées dans les institutions financières qui, à leur tour, pourront utiliser les fonds pour acheter les obligations émises par Ottawa. Et, deuxièmement, si le marché canadien de l’argent ne suffit pas, le marché international, qui est inondé d’argent à prêter à des taux d’intérêt dérisoires de 1 % à long terme, n’hésitera pas à acheter les obligations fédérales canadiennes, dont la cote de sécurité est parmi les plus élevées du monde. En fait, les taux d’intérêt sur la nouvelle dette fédérale étant inférieurs au taux de croissance normal de l’économie, Ottawa va pouvoir encaisser le coup sans même avoir besoin d’augmenter les impôts par la suite. Même verdict du côté du Québec, où les 18 milliards injectés le sont principalement en reports d’impôt et en prêts et garanties de prêts à court terme aux entreprises plutôt qu’en aide financière directe sans retour.

Il faudra surveiller de près les obstacles possibles à la reprise économique

La seconde étape de l’intervention gouvernementale va s’amorcer lorsque l’épidémie aura pris fin, par exemple au milieu de juillet prochain. Travailleurs et entreprises recommenceront à sortir, à travailler, à produire, à vendre et à acheter. Il faudra s’assurer que l’économie redémarre du bon pied et parvienne le plus vite possible à réutiliser son plein potentiel. Il ne faudrait pas que la reprise prenne 10 ans à aboutir comme ce fut le cas pour celle qui a suivi la récession de 2008-2009.

Comment garantir que la reprise soit bien enclenchée ? Il y a d’abord lieu de se réjouir du fait qu’avoir protégé les liens d’emploi et limité les faillites dans la première étape va aider l’économie à fonctionner près de son plein potentiel dans la seconde étape. Ces opérations n’auront pas été parfaites : les travailleurs mis à pied de façon permanente prendront un certain temps à trouver de nouveaux emplois, et les entreprises mises en faillite, à renaître.

Mais encore faudra-t-il que la demande de biens et de services soit au rendez-vous, qu’elle augmente suffisamment pour que notre potentiel de ressources humaines et matérielles soit pleinement utilisé et que le taux de chômage redescende à 5 %. Les nouvelles sont bonnes à cet égard également. Une partie de la demande (consommation privée, investissements des entreprises, services publics et investissements publics en infrastructures) va se régénérer d’elle-même, parce que les ménages, les entreprises et les municipalités pourront et voudront dépenser les épargnes qu’on les aura forcés à réaliser pendant les mois de confinement. C’est un phénomène naturel qu’on a observé après 1945 quand la population canadienne a été libérée des rationnements imposés pendant la Deuxième Guerre mondiale et a enfin pu dépenser librement les épargnes qu’elle avait accumulées durant le conflit. La reprise économique de 1946 à 1950 fut robuste.

Il ne faut cependant jurer de rien. Pour que l’activité économique puisse reprendre pour de bon, il est absolument essentiel que le virus responsable de la COVID-19 ait été définitivement maté. Sinon, une deuxième vague d’infection pourrait ressurgir, exiger une nouvelle période de distanciation et de confinement, et replonger l’économie en récession.

Une telle éventualité pose un défi politique et social important. Ayant enduré plusieurs semaines d’hibernation forcée au printemps, nous aurons hâte de reprendre nos activités normales. Nous presserons les gouvernements de nous permettre de relâcher les directives de la Santé publique au plus tôt. Or, la victoire définitive contre le virus ne pourra être assurée que trois ou quatre semaines après que son incidence aura disparu des écrans. Car au moment où le nombre de cas d’infection identifiés aura cessé d’augmenter, le virus sera encore présent pour un temps — mais dissimulé — chez des gens infectés qui ne manifesteront pas de symptômes parce qu’ils n’auront pas complété la période d’incubation du mal. Initialement, l’absence de nouveaux cas rapportés pourrait être un leurre qui cacherait un nouvel élan de contagion. Cela vient de se produire, semble-t-il, à Hongkong, où on aurait baissé la garde prématurément. C’est pourquoi il est essentiel que nous respections scrupuleusement les consignes de la Santé publique jusqu’au bout — ce qui pourrait vouloir dire jusqu’au courant de juillet prochain. Et ce, malgré notre impatience, malgré notre écœurement.

Un autre frein possible à une solide reprise économique serait une hésitation (compréhensible) des ménages et des entreprises à utiliser pleinement leurs épargnes accumulées pendant le confinement pour relancer leur consommation et leurs investissements sur la trajectoire normale. Plusieurs seront encore traumatisés par la crise sanitaire et craindront l’avènement d’une nouvelle vague de l’épidémie. Il n’est donc pas impossible que la Banque du Canada soit appelée à maintenir les taux d’intérêt au plus bas bien au-delà de l’été prochain et qu’Ottawa et les provinces doivent soutenir activement la reprise économique pendant un temps par des réductions d’impôt et une accélération de leurs dépenses courantes et de leurs investissements en infrastructures.

Il ne faut pas oublier non plus que les provinces canadiennes productrices d’hydrocarbures (Alberta, Saskatchewan et Terre-Neuve) seront durement frappées si le baril de pétrole continue à se vendre à 30 dollars américains ou moins sur les marchés mondiaux. La rentabilité de plusieurs investissements dans le secteur serait anéantie et les économies de ces provinces seraient en grande difficulté. Pour un grand nombre d’entre nous, l’abandon de projets d’exploitation de sables bitumineux sera une bonne nouvelle écologique. Mais il faut penser au bien-être de la population travaillante de ces provinces, qui n’a rien à voir avec les décisions d’investissement et qui méritera notre appui à une aide financière fédérale accrue. D’autres secteurs, comme l’aéronautique et le tourisme, pourraient également avoir besoin d’un soutien de transition.

Un dernier facteur qui pourrait ralentir la reprise économique au Canada est une demande extérieure qui serait lente à remonter la côte. Les ventes à l’étranger absorbent le tiers de la production totale du Canada. La majeure partie est destinée aux États-Unis. Si ce pays restait longtemps enlisé dans la crise sanitaire, ses importations en provenance du Canada seraient faibles. Nos exportations manufacturières surtout en souffriraient. Le cas échéant, il faudrait compter sur une dépréciation du dollar canadien pouvant corriger le solde du commerce extérieur, sinon sur une poussée plus vigoureuse de la politique budgétaire canadienne en faveur de la demande intérieure.

Bien que le potentiel de croissance de l’économie ait été préservé dans une certaine mesure et que les ménages et les entreprises disposent d’épargnes accumulées pendant la crise sanitaire, la crainte d’une nouvelle vague d’infection et les obstacles au rétablissement des exportations pourraient ralentir l’élan de la reprise en V qui est attendue après que l’économie sera libérée du confinement l’été prochain. S’il était disponible, un vaccin efficace contre la COVID-19 résoudrait une bonne partie du problème, mais on ne prévoit pas son apparition avant l’hiver prochain. Dans l’intervalle, il faudra compter sur la vigilance et la souplesse des autorités budgétaires pour doser correctement le soutien à la reprise.

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Les commentaires sont fermés.

On évacue ici toute remise en question du système économique qui a engendré les conditions propices à l’apparition et à la propagation du virus. Une reprise de l’économie qui passerait par un retour à la consommation telle qu’elle était avant la crise sanitaire ne me semble pas souhaitable, loin de là, considérant la crise climatique trop négligée par M. Fortin dans ses analyses. J’aimerais qu’on parle davantage des alternatives économiques qui pourraient être envisagées pour lutter à la fois contre une éventuelle autre pandémie et contre les inégalités sociales.

Je partage entièrement vos préoccupations, monsieur ou madame Latourelle, au sujet des excès de la consommation somptuaire, des inégalités sociales et de la crise climatique. J’ai fait des dizaines de chroniques, de conférences et d’articles scientifiques sur ces maux de l’économie de marché dans laquelle nous vivons, et plus encore : sur les monopoles, les paradis fiscaux, la fraude et la corruption. Mais une chose à la fois, mon sujet dans ce billet concerne l’interaction immédiate entre la pandémie, les mesures de santé publique, la récession et les solutions qui sont en route ou qui devraient l’être pour sortir nos chômeurs de la calamité qui les a frappés. Je ne pouvais traiter de tous les autres problèmes en même temps.

Merci M. Fortin pour cette analyse en profondeur et pleine de sujets à réflexion.

Je n’ai pas la compétence pour valider ou non vos propos mais il y a quelques chose dans votre texte qui passe mal quand vous dites;
…« Il ne faut pas oublier non plus que les provinces canadiennes productrices d’hydrocarbures bla bla bla… »

pourquoi sentez-vous le besoin de singulariser cette industrie du fossile qui non seulement est responsable en grande partie du trou toxique dans lequel l’humanité est plongée faisant ainsi partie du problème,
mais qui en plus nous empêche d’en sortir par tous les moyens malhonnêtes qu’on puisse imaginer par des mensonges gros comme un pétrolier et qui ne demande pas mieux que de nous faire retomber dans cette dépendance mortifère au baril de pétrole le plus vite possible.

Oui aidons les travailleurs de ce secteur avec le PUC, comme les autres
mais il faut surtout cesser de gaver de subventions les milliardaires du Texas avec nos taxes.

Je trouve aberrant de subventionner avec nos taxes le fossile de l’AB qui a très mal gérer leur patrimoine en période de profit (à comparer à la Norvège) et qui n’a pas mieux à nous offrir que des dégâts de l’ordre de $260 Milliards de puits abandonnés qui fuient de partout et qui pourrit l’air qu’on respire et contamine l’eau potable.

La seule aide intelligente aux fossiles est une décroissance planifiée pour faire place aux énergies renouvelables (IRENA.ORG) pour la mobilité et la génération d’énergie.
Le baril de pétrole a sa place en pétrochimie comme les mines mais pour fabriquer des produits durables,
pas dans cette stupide géo-ingénierie d’extraire du pétrole pour le brûler à chaque fois qu’on veut faire un kilomètre!
C’est aussi stupide que de brûler du charbon pour avancer, alors qu’on a une centrale à fusion nucléaire gratuite dans le ciel qui se lève à tous les matins, qui appartient à tous et qui ne demande pas d’aller en guerre et tuer du monde.
Quand on regarde le progrès que Tesla, Lion, BYD etc… ont fait avec la mobilité électrique il faut être obtus pour ne pas voir que la bagnole à pollution arrive à sa fin. Nous sommes à l’ère des avions électriques.

SI de passer au travers signifie de se retrouver avec des tuyaux d’échappement en pleine face comme avant et bien on aura rien compris de cette crise.

On a tellement entendu d’incohérence de nos élus quand il s’agit d’environnement qu’on penserait entendre Yogi Berra nous dire:
« Quand la route nous mène à une fourche, prenez-la »

Est-ce que nos politiciens auront un plan de vol pour l’après.

Un déversement d’énergie solaire ça s’appel une belle journée.

Je suis pleinement d’accord avec le sens de votre propos, monsieur Grant. Cela doit être suffisamment clair dans la façon dont mon paragraphe aborde la question. Il faut faire la distinction entre l’exploitation des énergies fossiles, d’une part, et l’aide aux travailleurs albertains frappés par la crise, d’autre part.

Monsieur Fortin nous présente une approche admirable et très professionnelle qui pourtant reste incertaine dans sa complétion.

D’un point de vu simplement historique, le professeur semble oublier que la grippe espagnole (qui était du type influenza) se situe techniquement en pleine première guerre mondiale. Je n’échafauderai pas sur ce sujet. Je dirai seulement que la comparaison est boiteuse.

L’auteur n’a probablement pas assez consulté les courbes pays par pays aussi soigneusement que je l’ai fait… alors… pour l’approche proactive de la France… on repassera. À toutes fins pratiques, les risques associés au Sras-CoV-2 étaient connus depuis le mois de janvier. L’ex-ministre de la santé Agnès Buzyn avait sonné le tocsin. Personne ne l’a écouté. On a préféré plutôt bruler des millions de masques en surplus….

Une approche proactive ne consiste-t-elle pas à anticiper ? Ce qu’a fait Taïwan qui avait un plan bien rodé avec peu de distance sociale… qui plus est ! Nombre de pays dans le monde n’en étaient pas dotés, incluant le Canada. Pourtant l’épisode de grippe A-H1N1de 2009-2010 (même type de virus que la grippe espagnole de 1918) aurait dû nous inciter à faire mieux.

L’étude de l’évolution de la maladie me semble (pour le moment) la meilleure façon de comprendre comment va évoluer l’économie. Le Japon qui a pourtant bien endigué la crise, pris des mesures financières audacieuses pour supporter l’activité humaine. L’archipel craint une deuxième vague massive de Covid-19. Monsieur Fortin évoque aussi cette possibilité où que ce soit.

Ce que font nos politiciens c’est essentiellement rassurer la population. On cherche à gagner du temps. Les conséquences de cette pandémie sont imprévisibles. Rien ne dit que les États ou régions d’où qu’ils soient pourront tous faire faces à leurs obligations financières.

La Nouvelle-Écosse pourrait être très bientôt techniquement la première province en cessation de paiement.

Seule une approche mondiale et une coopération renforcée pourront nous permettre de sortir du bois. Les risques d’une dépression mondiale sont particulièrement élevés, rien n’indique qu’au niveau planétaire le Sras-CoV-2 ne soit endigué avant une année ou deux. En plus de n’avoir pas de vaccin, ce virus mute continuellement. La seule bonne nouvelle, c’est que de mutations en mutations le virus devient moins virulent de sorte que tôt ou tard il infectera toute la population (avec moins de mortalité), ce que font historiquement tous les virus dans le temps.

Ainsi, nous ne savons pas dans quelle direction nous allons. Aucune prévision n’est fiable à 100%.

Les calculs du professeur Fortin sont justes, c’est un matheux ! Néanmoins il devrait faire ses calculs sur la base de plusieurs PIB 2020 prévisionnels selon au moins trois scénarios. Cela permettrait d’avoir une meilleure anticipation.

Mes commentaires étant déjà assez longs, je n’en rajouterai guère.

Pour aussi admirable que soit la longue analyse — quoiqu’elle soit quelque peu joviale -, de monsieur Fortin, je ne doute pas qu’il devra certainement dans les prochaines semaines affiner ses prévisions et porter peut-être un regard neuf sur la situation.

Il faudra pour trouver des solutions pérennes être très créatif, avoir de l’imagination et sortir de sa bulle de confort. L’Espagne d’ailleurs particulièrement touchées par la Covid-19 semble s’acheminer avec courage dans cette direction. Ce n’est pas seulement la survie des travailleurs qu’il faut assurer… mais bien celle de toute la population.

L’économie dite de marché pourrait en prendre pour son rhume. La Chine pourrait bien plus tôt que nous le pensions devenir la 1ère économie mondiale. Il nous faudra savoir désormais sur quelles bases, avec qui et pourquoi nous échangeons. Il faudra pour relancer l’économie nombre d’ajustements, mettre de côté toutes formes de concurrence quelquefois déloyale. Et comme le souligne avec beaucoup de justesse Daniel Grant (dans ses commentaires) donner à tout ce qui est renouvelable la place qu’on lui doit.

Le Canada n’est pas tout seul au monde dans ce cheminement.

Merci, monsieur Drouginsky, vos observations sont éclairantes, notamment sur les innovations tentées par divers pays et sur l’incertitude inhérente aux prévisions actuelles, y compris aux miennes. Déjà, le Directeur parlementaire du budget à Ottawa, monsieur Giroux, prévoit un déficit budgétaire fédéral de 184 G$ en 2020-21. Il ajoute 42 G$ à celui de 142 G$ que j’estime dans mon texte en projetant une hausse plus importante des prestations d’assurance-emploi et en tenant compte des pertes directes de revenus fiscaux fédéraux dues à la récession. Il a sans doute raison.

Quant à la Chine, selon le Fonds monétaire international, son économie a fourni en 2019 19 % de la production mondiale, en comparaison de 15 % pour les États-Unis. Voyez
https://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2019/02/weodata/weorept.aspx?sy=2019&ey=2019&scsm=1&ssd=1&sort=country&ds=.&br=1&pr1.x=45&pr1.y=6&c=924%2C111&s=PPPSH&grp=0&a=

« Elles [épargnes] auront été déposées dans les institutions financières qui, à leur tour, pourront utiliser les fonds pour acheter les obligations émises par Ottawa.» (Pierre Fortin)

Ceci sera vrai seulement si l’argent ainsi accumulé sert à être investi et non thésauriser, qu’il n’est pas devenu un dépôt bancaire, sinon, il n’arrivera rien. Les banques considèrent les dépôts comme un passif (une dette) puisqu’ils peuvent être décaissés sur demande du déposant. Or, les banques ne prêtent pas leur passif.

Monsieur Sauvageau. Les banques ne laissent pas dormir l’argent des dépôts qu’elles accueillent. Elles les investissent de manière diversifiée dans tout un éventail de titres, y compris dans les obligations fédérales de diverses échéances. Elles se gardent évidemment un coussin de liquidités pour parer au flux d’entrée et de sortie des dépôts. Elles font leur argent sur la différence entre les taux prêteurs et les taux débiteurs.

L’explication donnée n’a aucun sens sous l’angle de la comptabilité bancaire. Mais avant de démontrer cette aberration, j’ajouterai que Pierre Fortin se fait l’écho du dogme mensongé de l’économie « mainstream » à savoir que c’est l’épargne qui crée les prêts. Je suis d’autant à l’aise de l’écrire, car la dénonciation de ce mensonge n’est pas sortie de mon imagination créative, mais vient de l’attestation de deux banques centrales, la Banque d’Angleterre et la Deutsche Bundesbank.

« Ce que l’exemple stylisé de la création d’argent montre particulièrement clairement, c’est qu’une banque peut accorder des prêts sans aucun apport préalable de dépôts de clients. En fait, la monnaie scripturale est créée à la suite d’une écriture comptable : lorsqu’une banque accorde un prêt, elle comptabilise l’écriture de crédit associée pour le client comme un dépôt à vue de ce dernier et donc comme un passif sur le passif de son propre bilan. Cela réfute une idée fausse très répandue selon laquelle les banques agissent simplement en tant qu’intermédiaires au moment du prêt – c’est-à-dire que les banques ne peuvent accorder des prêts qu’en utilisant des fonds placés auprès d’eux précédemment en tant que dépôts par d’autres clients. » (1)

« En fait, lorsque les ménages choisissent d’économiser plus d’argent sur leurs comptes bancaires, ces dépôts se font simplement au détriment de dépôts qui auraient autrement été versés aux entreprises en paiement de biens et de services. L’épargne n’augmente pas à elle seule les dépôts ou les «fonds disponibles» que les banques peuvent prêter. En effet, considérer les banques simplement comme des intermédiaires ne tient pas compte du fait qu’en réalité dans l’économie moderne, les banques commerciales sont les créatrices de monnaie de dépôt. Cet article explique comment, au lieu que les banques prêtent les dépôts qui leur sont confiés, l’acte de prêt crée des dépôts – l’inverse de la séquence généralement décrite dans les manuels. » (2)

Maintenant, venons-en à la démonstration comptable. Lorsque je fais un dépôt, la banque me crédite celui-ci dans mon compte. On peut le vérifier avec son livret bancaire. Le dépôt est inscrit dans la colonne de droite (crédit) et comme le montant s’ajoute, il est typique d’un compte passif. En même temps qu’elle crédite le montant X dans mon compte, la banque débite ce montant dans sa réserve qui est un compte actif. Si la banque décidait d’acheter des obligations avec le montant X du dépôt de mon compte, elle devrait créditer (soustraire) le même montant de ses réserves et débiter (ajouter) l’obligation à ses actifs. Qu’arrive-t-il alors si je décide de retirer le montant X de mon compte en banque. La banque devra débiter (soustraire) le montant X de mon compte et créditer (soustraire) la même somme de ses réserves. Mais voilà, c’est ici que se présente la difficulté, l’argent n’est plus dans la réserve et la banque doit vendre l’obligation qu’elle détenait pour remplir son obligation. Ce qui est une aberration.

1- Deutsche Bundesbank, Monthly Report, April 2017, Vol 69 No 4.
2- Money creation in the modern economy. Michael McLeay, Amar Radia and Ryland Thomas of the Bank’s Monetary Analysis Directorate. Quarterly Bulletin 2014 Q1.

Bonjour,
Une fois la crise derrière, l’économie va se restaurer. Pensons à l’économie de guerre des années 39/45. Des soldats furent embauchés par milliers. Plusieurs aussi ne sont jamais revenus. Et le matériel de guerre produit à plein régime comme les armes, les bombes, les munitions, les bateaux, les avions, les équipements lourds enfin des montagnes de produits souvent même détruits avant leur utilisation. Sans ramener en surface la guerre de 14/18, on est passé au travers de toutes ces années d’enfer.
Gaston Langlais – Gaspé.

WOW: les épargnes des ménages auront augmenté? Vraiment? Les ménages s’endettent lourdement pendant cette période. Plusieurs ménages feront faillite. Vous en connaissez des ménages qui mettent de l,argent de côté par les temps qui courent? Alors baser une reprise rapide de l’économie sur les épargnes des ménages et des entreprises est erroné. Oui nous aurons tous le goût de sortir et de dépenser, mais notre survie pendant le confinement nous aura tous couté si cher, que nos porte-feuilles seront à sec. Ironiquement, il n’y a que ceux à revenus fixes, i.e. les retraités, qui auront moins dépensé pendant cette période, épicerie exclue, pcq là, les prix montent.

En fait, tous ceux qui n’ont plus à se déplacer dépensent moins pour l’essence, que ce soit à cause d’une perte d’emploi ou du télétravail. Le budget des loisirs (des adultes et des enfants) et des vacances sera aussi moins important cette année (qui voudra prendre l’avion avant qu’on ait un vaccin? Et quel sera le prix d’un billet pour un avion à moitié vide?).

Évidemment, certaines personnes, même hors période de crise, n’ont pas beaucoup d’argent à consacrer à ces activités.

À la question de savoir qui peut encore mettre de l’argent de côté, la réponse simple est: plusieurs de ceux qui travaillent encore! Premièrement, ceux qui ont un régime de retraite ou qu cotisent simplement au RRQ, continuent d’y cotiser et d’y épargner (idem pour les cotisations syndicales, hélas, même si leurs activités sont réduites. Ensuite, ceux qui travaillent, et ont des revenus, et qui ont normalement assez d’argent pour avoir des loisirs et voyager, dépensent forcément moins, sans parler que le télétravail, ça économise de l’essence. Ces personnes ont donc davantage d’épargne en ce moment.

Il est vrai que l’épargne n’augmentera pas pour tout le monde, mais pour ceux qui avaient des loisirs ou qui se déplaçaient pour travailler, l’épargne a effectivement augmenté!

Oui, monsieur Beaudet, je connais beaucoup de ménages qui voient leurs épargnes augmenter parce que leurs dépenses baissent plus que leurs revenus, et pas seulement des gens à revenu fixe. Mais je conviens parfaitement avec vous que ce sera insuffisant et qu’un bon nombre de personnes ne verront pas leurs épargnes augmenter du tout. C’est pourquoi je dis bien que seulement « UNE PARTIE de la demande va se régénérer d’elle-même » et que « il ne faut cependant jurer de rien ». La réponse de monsieur Lamoureux ci-dessus complète bien.