La patience d’un PDG

Pas simple de percer un marché, même quand on a entre les mains une invention spectaculaire ! C’est ce qu’a constaté Éric Bergeron, le patron d’Optosecurity, petite société de Québec qui a conçu un produit unique.

Photo : Francis Vachon/The National Post

« Il n’y a jamais rien de facile », reconnaît celui qui décrochait en 2012 le titre de PDG de l’année de l’Asso­ciation québécoise des technologies.

Pas facile ? Et comment ! Cinq ans après sa mise au point, son logiciel de détection des liquides dangereux, une percée majeure dans la lutte contre le terrorisme dans l’aviation civile, voit son implantation paralysée par les hésitations des autorités réglementaires.

« Ça fait trois fois que la date d’entrée en vigueur des nou­velles règles est reportée en Europe », dit-il. Et on ne parle même pas des États-Unis et du Canada, où les choses sont encore moins avancées. Résultat : 10 ans après sa fondation, Optosecurity n’est toujours pas rentable.

Optosecurity avait annoncé en 2007 avoir mis au point une technologie qui permet de faire la différence entre de l’eau, du champagne et de la nitroglycérine, par exemple, sans avoir à ouvrir les bouteilles. Son Opto­screener peut aussi détecter les armes à feu, même en pièces détachées, en les comparant avec une banque d’images exhaustive. Autant d’applications qui permettraient d’accélérer le passage aux douanes des voyageurs et d’accroître la sécurité. De quoi intéresser l’Europe, qui veut lever l’interdiction d’apporter dans les bagages de cabine des liquides dans des contenants de 100 ml ou plus. Et pourtant…

La percée d’Optosecurity a été saluée, notamment par la Cana­dian Advanced Technology Alliance, qui lui a décerné son prix d’excellence en 2011. Mise à l’épreuve dans certains aéroports européens, la technologie québécoise a obtenu les certifica­tions les plus élevées en matière de sécurité. Mais voilà, les assouplissements relatifs aux liquides ne prendront effet qu’en janvier 2014, plutôt qu’en avril prochain. Et depuis 2010, on remet la date butoir d’année en année. Or, c’est un peu comme les médicaments : « Tant que la Food and Drug Administration des États-Unis n’approuve pas une découverte, on ne peut pas la vendre », illustre Éric Bergeron.

Voyant les embûches s’accumuler, il a fallu trouver une autre voie. Tablant sur son logiciel original, l’entreprise a conçu eVelo­city, une technologie qui permet d’accélérer la cadence aux points de fouille dans les aéroports. Plutôt que de placer des agents devant chaque appareil à rayons X, on peut, grâce au logiciel, analyser dans une pièce séparée les images de plusieurs postes à la fois. « Au lieu de cinq agents pour cinq lignes, on peut en avoir seulement trois pour faire le même travail, ce qui procure des économies aux entreprises chargées de la sécurité », explique Éric Bergeron.

eVelocity vient d’être achetée par les aéroports d’Amsterdam et de Bruxelles. Et la société de Québec a répondu à des appels d’offres d’autres aérogares ailleurs en Europe.

De plus, elle vient de conclure un accord avec le plus important fabricant d’appareils de radio­sco­pie pour le fret aérien et les bagages de soute, Morpho, filiale du groupe français Safran. Celle-ci intégrera son logiciel eVelocity.

Plus tôt cette année, Opto­security a aussi signé une entente avec sa principale rivale dans le dépistage des liquides dangereux, l’américaine Smiths Detec­tion. Son Optoscreener sera dorénavant intégré à des appareils à rayons X neufs ou déjà installés dans les aéroports, prêt pour une mise en marche dès que les autorités réglementaires donneront le feu vert.

Et la rentabilité ? « Ce sera pour l’exercice financier qui débute en juillet 2013 », prévoit Éric Ber­geron. Ses 35 employés doivent certainement l’espérer aussi.