La prospérité… et la concurrence

Chaque organisation patronale a sa spécialité. Elles travaillent ensemble plus souvent qu’autrement, mais il y a aussi une rivalité entre elles. Voici un portrait des forces en présence.

Steve Wozniak, lors de son allocution à la Place des Arts. (Photo: Newzulu)
Steve Wozniak, lors de son allocution à la Place des Arts. (Photo : Newzulu)

Blogue EconomieLundi soir, 3 000 personnes remplissaient la salle Wilfred-Pelletier de la Place des Arts pour assister à un entretien avec Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple. L’événement était organisé par evenko et la Chambre de Cmmerce du Montréal métropolitain.

Le lendemain, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) lançait une grande campagne de promotion de la prospérité, qui s’étendra sur trois ans.

Ce qu’est en train d’organiser le Conseil du patronat et son président, Yves-Thomas Dorval, est assez exceptionnel. Historiquement cantonné à la défense des intérêts des différentes associations sectorielles qu’il représente, le voilà engagé dans une vaste discussion sociale sur la prospérité, le partage de ses fruits et la promotion de l’entrepreneuriat pour améliorer le niveau et la qualité de vie des Québécois.

Je ne suis pas sûr si l’on peut établir un lien entre la vitalité de l’économie québécoise et la fébrilité des organisations patronales, mais je ne me rappelle pas les avoir vues si dynamiques et si engagées dans le développement économique. Le grand public va se souvenir de leurs différentes interventions sur des enjeux publics ou de la présence d’un politicien à l’un de leurs événements, mais ils ne prennent pas toujours la mesure de l’ensemble de leurs activités et de l’importance de leurs réseaux.

Chaque organisation patronale a sa spécialité. Elles travaillent ensemble plus souvent qu’autrement, mais il y a aussi une rivalité entre elles. Elles recrutent en effet leurs membres sur le même terreau et convoitent les mêmes commanditaires. Ici comme ailleurs, la concurrence fait des merveilles et les oblige à innover pour montrer leur utilité. Voici un portrait très sommaire des forces en présence.

Pour sa campagne de promotion de la prospérité, le CPQ, qui représente directement ou indirectement 75 000 entreprises, a mobilisé des dizaines d’entrepreneurs et de personnalités qui partageront leurs expériences et réflexions sur le site de l’organisation et dans des activités qui auront lieu partout au Québec.

La Chambre de commerce de Montréal, forte de ses 7 000 membres, est une hyperactive de l’organisation d’événements et de conférences. Il y en a tout le temps, et sur d’innombrables sujets. Elle organise ce mois-ci pas une, mais trois missions commerciales à l’étranger. Elle est aussi l’instigatrice d’un sommet sur l’innovation et de plusieurs forums stratégiques sur des grands enjeux de l’heure, en plus des activités de réseautage et de formation.

Son président, Michel Leblanc, est presque aussi présent et visible que le maire Denis Coderre, ce qui n’est pas peu dire.

Quelque 140 autres chambres de commerce font aussi partie de la Fédération des chambres de commerce du Québec, dirigée par Françoise Bertrand. Ce réseau regroupe directement et indirectement 150 000 personnes du milieu des affaires, et ce, dans toutes les régions du Québec.

Les chambres locales seront probablement appelées à jouer un plus grand rôle dans le développement économique de leur région avec la diminution des budgets et du rôle des centres locaux de développement (CLD). La fédération commandite, sur les stations du réseau Cogeco, Le succès économique du jour, et elle organise depuis 35 ans le concours des Mercuriades — peut-être le plus prestigieux au Québec pour les gens d’affaires. Sur son site, la fédération fait également un suivi de l’évolution des grands projets en cours au Québec. Utile.

Il y a aussi, à Montréal et à Québec, de jeunes chambres de commerce, dont les membres ont moins de 40 ans.

Le MEQ (Manufacturiers exportateurs du Québec) est une division d’une association canadienne créée en 1871. Il regroupe des industriels et fait de la compétitivité du secteur manufacturier sa raison d’être. Comme le CPQ et les chambres de commerce, l’organisation fait de la représentation politique auprès des gouvernements. Éric Tétrault, son nouveau président, travaille à élargir le bassin de membres afin d’accroître l’influence et la portée de l’organisation.

Un autre organisme joue le même rôle auprès des PME. Il s’agit de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui compte 24 000 membres au Québec. La FCEI est la spécialiste des questions réglementaires et fiscales qui préoccupent les dirigeants d’entreprise. Martine Hébert est la porte-parole de l’organisation au Québec.

Deux autres organisations regroupent des patrons, mais ne les représentent pas auprès des administrations et gouvernements. Il s’agit du Groupement des chefs d’entreprise du Québec, qui compte 1 800 propriétaires et successeurs de PME, et du Cercle des présidents, qui compte dans ses rangs des patrons de plus grandes entreprises.

Ce sont de véritables réseaux d’entraide, où les patrons partagent leurs préoccupations et leurs expériences.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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« La prospérité… et la concurrence » ou la prospérité … et la coopération ! Pierre Duhamel est-il conscient de ce qu’il écrit ? Bien qu’il ait un penchant favorable pour la concurrence comme dans cette phrase : « Ici comme ailleurs, la concurrence fait des merveilles et les oblige à innover pour montrer leur utilité. » Cependant tout le reste de son texte prouve le contraire. La phrase qui tue arrive à la fin du texte, lorsqu’il démontre que la collaboration est meilleure que la concurrence : « Ce sont de véritables réseaux d’entraide où les patrons partagent leurs préoccupations et leurs expériences. »

Si le but de l’opération « solidarité » des agents économiques du Québec est d’obtenir de l’ensemble de la société québécoise ou, si vous voulez, de son gouvernement, les appuis nécessaires à une « saine croissance », je pense qu’il faudrait d’abord qu’on nous explique les comportements suivants:
Quand le dollar est faible, nos entreprises exportent plus et, se contentant de cet avantage, n’investissent pas suffisamment pour hausser leur productivité, tout en constituant des réserves financières considérables.
Quand le dollar est fort, les entreprises demandent une aide accrue à l’innovation, et ne profitent pas de l’occasion pour acheter de l’étranger, notamment des États-Unis, les équipements qui leur donneraient, au cours du prochain cycle baissier du dollar, des avantages compétitifs déterminants.
La hausse de la productivité provient d’abord et avant tout des efforts d’investissements de ces agents économiques. Or celle-ci est lamentable et les investissements carrément insuffisants. Pourquoi la société québécoise se mobiliserait-elle pour leur venir en aide?

Le CPQ et autres organisations patronales ont simplement décidé de faire front commun et d’ajuster leur discours pour faire la promotion de la prospérité et de la création de la richesse au Québec, ils sont stratégiques, ils voient bien qu’ils auront plus de chances d’aller plus vite dans la direction qu’ils souhaitent s’ils réussissent à convaincre (en plus de nos gouvernements) plus de citoyens que c’est la bonne chose à faire.

Le problème avec la richesse dans notre société c’est de trouver une façon plus équitable de partager cette richesse, or le sentiment général (appuyé par la réalité) est trop souvent que la richesse créée va toujours et principalement dans les mêmes poches et ce sentiment est normal surtout lorsque la richesse est générée soit avec le support financier de l’État, ou à partir de nos ressources naturelles ou les deux à la fois. Il semble donc que ces organisations patronales vont ajuster leur discours en mettant d’avantage l’emphase sur le partage de la richesse, du moins tenter de démontrer qu’il y a plus d’équité de ce coté là que la perception générale actuelle.

Ce n’est qu’une stratégie de plus de ces organisations patronales pour atteindre leur but: plus de rentabilité, s’il faut parler de partage de la richesse démontrer qu’il y de l’équité c’est un mal nécessaire et ils le feront, mais pas certain et elles ne donnent aucun signe de plus ou d’un meilleur partage de la richesse qu’elles espèrent et veulent créer.

Au Québec, les « riches » (du moins le peu qu’il nous reste…pour l’instant!) sont imposés à plus de 50% de leurs revenus.

Dites-nous actualité13, à partir de quel pourcentage d’imposition le « partage de notre richesse collective serait-il juste et équitable »? Hein?

75%? 100%? 101%?

Et de quelle façon comptez-vous retenir nos « riches » (je vous rappelle qu’au Québec, une personne atteint le maximum d’imposition autour de $55,000.00 par année!) lorsque vous les aurez dépouillé de LEURS biens de plus de 50%?

La France a essayé d’augmenter le taux d’imposition. Elle a RECULÉ depuis.

Z’avez une recette magique à nous présenter?

1. on parle ici des entreprises et non des individus
2. on parle ici des aides que ces entreprises reçoivent de l’État de toutes sortes de façons (subvention, crédits d’impôt, faible redevances à payer sur les ressources extraient ici, faible taux d’impôt p/r à ce qui se pratique ailleurs (beaucoup moins qu’aux USA par ex.)
3. on parle de la part de richesse générée par ces entreprises que ces entreprises conservent et/ou redistribuent à leurs actionnaires par rapport au total des aides financiers de toutes catégories qu’elles reçoivent de l’État

Et il n’est pas superflu de préciser ici que le taux maximum d’imposition des plus riches est un taux marginal (le 50% porte seulement sur la tranche de revenu qui excède un certain niveau, tous revenus en bas de ce seuil là est imposé à taux plus bas).

Augmenter le taux d’imposition des plus riches n’est peut-être pas la meilleure façon

L’entreprise comme telle n’existe pas. On ne peut emprisonner une entreprise. Une entreprise ne peut voter. Seuls les individus (actionnaires) existent.

Le Québec doit subventionner ses « entreprises » (i.e.: actionnaires) PLUS que toutes les autres provinces Canadiennes réunies pour qu’elles s’installent ici. Pourquoi croyez-vous? Le régime fiscal trop glouton pour ses dirigeants, les lois et règlements trop nombreux et tatillons, la domination des grosses centrales syndicales et les législations trop complaisantes envers elles, le risque très lourd que fait peser le Parti Québécor et j’en passe…

Vous trouvez que les entreprises ne rapportent pas assez? Continuez comme ça et il ne vous en restera plus:

http://www.journaldemontreal.com/2015/02/21/la-guerre-aux-entrepreneurs

Vous pourrez alors mesurer les « succès » du système étatique de la même façon que l’ont fait les Russes et les Chinois à une certaine époque tout comme le font les Cubains et les Coréens-du-Nord où tout appartient à l’État dominateur et totalitaire.

Vous racontez des histoires, une entreprise est une personne morale, elle a tous les droits civils au même rang qu’une personne physique, sauf pour les droits qui ne peuvent s’appliquer qu’à des personnes physiques et même là il y a des exceptions :

« … la personne morale qui fait l’objet de poursuites civiles ou pénales pourra, en défense, contester la loi qui fonde le recours exercé contre elle en invoquant des dispositions des Chartes qui servent en principe les seuls intérêts individuels. Ainsi a-t-on reconnu qu’une société pouvait, pour sa défense, contester une disposition législative en invoquant la liberté de religion ou encore le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité. » ( Les droits et libertés dans le contexte civil, Les droits et libertés fondamentaux, Me Christian Brunelle)

En addenda :

Dans vos histoires d’horreur vous affirmez :

1 « Le régime fiscal trop glouton pour ses dirigeants ». Les dirigeants sont payés en stock-options justement pour éviter de l’impôt.

2 « les lois et règlements trop nombreux et tatillons ». Les avez-vous compter et en connaissez-vous une seule pour savoir si elle est tatillonne ?

3 « la domination des grosses centrales syndicales et les législations trop complaisantes envers elles ». Le secteur privé a un taux de couverture syndicale de 25 % avec un taux de syndicalisation plus bas soit autour de 22 %. Comment font-elle pour être si dominante quant elle joue à 1 contre 3.

Si la législation était aussi complaisante, le taux de syndicalisation serait au moins sinon supérieur à 80 % comme dans certain pays d’Europe du nord.

4 « le risque très lourd que fait peser le Parti Québécor ». Rien à ajouter, tellement c’est idiot comme la fin du commentaire.

Cher François,

La France est un des pays ou l »inégalité de la valeur des patrimoines financiers est très grande… Les problèmes reliés aux vieilles dynasties familiales et le phénomène des rentiers y sont depuis longtemps débattus.

Après une révolution et deux guerres mondiales qui ont permis l’établissement d’un taux plus progressif d’impôt, le petit poucentage des plus ultra-riches a réussi à tellement faire amender les tables d’imposition que la France a un des systèmes fiscaux les plus compliqués au monde.

» J’ai pris quelques notes dans mon calepin lorsqu’il a été question de trouver l’argent pour atteindre le déficit zéro. De 1981 à aujourd’hui, l’impôt des entreprises est passé de 38 % à 15 %. »« On assiste à une augmentation constante des paradis fiscaux, de 1500 % depuis 20 ans. C’est désormais la norme. »« Au Canada, cela représente 50 % des transactions, soit 170 milliards de dollars en 2013. » »

Extrait du livre : Paradis fiscaux, la filière canadienne, d’Alain Deneault)

Les paradis fiscaux existent parce que les enfers fiscaux existent: i.e.: le Québec en Amérique!

Les entreprises payent seulement 11% d’impôt au Québec les moins chers de l’Amérique.

Au Québec si on enlève les subventions aux entreprises, ces dernières payent SEULEMENT un milliard d’impôt sur un budget d’environ 90 milliards.

Méchant enfer.