La reconquête de l’Amérique

Après plus d’une décennie de mondialisation tous azimuts et de délocalisation des emplois vers l’Asie, l’Amérique relance la machine et se remet au travail. Après le made in Japan et le made in China, c’est le retour du made in USA.

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Très actif aux États-Unis, le Groupe Canam a construit le toit du stade des Marlins, à Miami, en 2011. – Photo aimablement fournie par le Groupe Canam

Apple a démarré une usine de production d’ordinateurs Mac Pro au Texas, GE a recommencé à fabriquer des chauffe-eaux dans le Kentucky et le géant Caterpillar a fermé l’une de ses usines en France pour la relocaliser aux États-Unis.

C’est le monde à l’envers !

Après plus d’une décennie de mondialisation tous azimuts et de délocalisation des emplois vers l’Asie, l’Amérique relance la machine et se remet au travail. Après le made in Japan et le made in China, c’est le retour du made in USA.

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Selon le Boston Consulting Group, l’un des plus importants cabinets de consultants au monde, plus de la moitié des patrons de sociétés manufacturières américaines songent à rapatrier la fabrication de leurs produits aux États-Unis. Et ce n’est pas par amour de la patrie, mais bien par amour des profits.

D’une part, les coûts de transport explosent. Et pendant que les salaires aux États-Unis augmentent de 2 % par année, ceux des ouvriers chinois ont grimpé de 18 % en moyenne en 2013. À partir de 2015, produire en Chine coûtera plus cher qu’aux États-Unis. Cet argument pèse plus lourd que n’importe quel discours à la nation !

Ce phénomène de relocalisation est une occasion unique de relancer le secteur manufacturier québécois, en profitant de la reprise industrielle aux États-Unis. Dans un colloque sur l’avenir du secteur manufacturier auquel j’assistais récemment, les conversations de corridor ne portaient d’ailleurs plus sur le cours du yuan, la devise chinoise, ou sur la manière de trouver un bon distributeur en Asie, mais sur le prochain marché « émergent » : les États-Unis !

Depuis quelques années, les échanges avec notre voisin américain se sont détériorés. Le Québec exporte maintenant moins de 70 % de ses produits aux États-Unis, comparativement à plus de 85 % il y a 10 ans. De 2002 à 2011, les exportations québécoises dans ce pays ont perdu le quart de leur valeur, qui est passée de 57 à 43 milliards de dollars.

Le mot d’ordre de la dernière décennie a plutôt été « diversification des marchés ». Chine, Inde, Viêt Nam, Brésil, Turquie… : le message aux exportateurs de la part des banques, des consultants et des gouvernements était qu’il leur fallait courtiser ces pays en forte croissance pour assurer l’avenir de leur entreprise. C’est ainsi que les exportations du Québec outre-mer ont doublé en 10 ans, passant de 11 à 20 milliards de dollars. C’est bien d’avoir un dépanneur Couche-Tard en Norvège, un magasin de chaussures Aldo en Turquie et un consultant CGI en Estonie, mais pendant ce temps, des régions des États-Unis sont demeurées sous-exploitées.

« Nous sommes obnubilés par l’international, alors qu’il y a encore plein de potentiel près de nous. Si nous prenions la peine de bien développer ces sous-marchés, nous ferions plus d’argent qu’avec tous les autres pays réunis ! » me disait déjà l’an dernier Marc Dutil, président de Groupe Canam, une entreprise très active aux États-Unis.

Les économistes de la Banque du Canada ont évalué que, compte tenu de la reprise américaine, le Canada passe à côté d’un potentiel de 40 milliards de dollars de ventes aux États-Unis, parce que les exportateurs canadiens ne sont plus assez présents sur ce marché.

Il n’est pas trop tard, mais les fabricants québécois n’ont plus de temps à perdre. Ils doivent rehausser leur productivité, continuer d’investir dans la qualité de la main-d’œuvre et reconquérir l’Amérique !

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Il est peut-être plus glamour de dire que vous arrivez tout juste d’une mission économique à Singapour que d’une foire commerciale dans un banal État américain, mais en ce moment, les profits se trouvent davantage en Virginie qu’à Abu Dhabi !

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Nul n’est prophète en son pays. En outre, personne n’a commenté votre article, tant il est juste. Les gens sont mal à l’aise devant leurs propres erreurs. Ce n’est pas facile d’avouer qu’on s’est trompé en affaires. Continuez votre bon travail de journaliste. Le temps est à la réflexion, ce qui est rare de nos jours.