La réponse citoyenne au décrochage scolaire

Nicolas Arsenault est un entrepreneur social. Ce jeune homme d’affaires met son énergie, son intelligence et son expérience à un des défis les plus importants du Québec: la lutte contre le décrochage scolaire.

En 2005, il rentre d’Europe où il travaillait depuis quelques années comme consultant en technologie mobile. « J’étais en réflexion sur mon prochain défi. J’avais réalisé de gros financements. J’avais une Ferrari. J’ai lancé des entreprises. J’ai vécu en Europe. J’ai eu une maison sur le bord de la Méditerranée et un bateau. Tous mes rêves matériels avaient été réalisés. De plus, je n’avais plus la motivation de m’enrichir comme avant. Je n’avais plus le désir du milliard ou de l’empire, mais j’avais encore celui de bâtir quelque chose. Je me suis donc tourné vers l’entrepreneuriat social », dit-il.

Il cherche un projet où il peut faire une différence. Il envisage la lutte contre la pauvreté, puis l’amélioration de la santé des milieux défavorisés. «Je me rendais compte qu’il y avait un dénominateur commun à tous ces problèmes: l’éducation et la prévention. »

Comment utiliser alors son expérience en télécommunication et en marketing dans une cause sociale? Au même moment où il se pose cette question, Jacques Ménard rend public le rapport du groupe d’action sur la persévérance scolaire.

Même si des progrès importants ont été effectués au cours des dernières années, grâce notamment à l’éducation aux adultes, 11,7 % des jeunes Québécois de 20 à 24 ans n’ont pas de diplôme secondaire et ne fréquentent plus l’école. C’est le taux le plus élevé au Canada. En 2009-2010, un jeune décrocheur gagnera 70 $ de moins par semaine qu’un diplômé du même âge. S’il travaille, car il a une chance sur quatre d’être chômeur.

Nicolas Arsenault et son père ainsi que Jacques Ménard et son fils ont créé la Fondation Mobilys. Je vous invite à jeter un coup d’oeil sur le site de la fondation. Vous serez à la fois étonnés et ravis.

Mobilys crée des vitrines interactives sur les médias sociaux, permettant aux écoles de communiquer sur une base régulière avec leur communauté la passion, les efforts et les projets déployés en lien avec la persévérance scolaire. Une fois les citoyens et la communauté informés, ils sont invités à s’impliquer dans les projets sur la persévérance scolaire des enseignants ou des intervenants.

«Aujourd’hui, l’éducation ne goûte pas très bon. Les citoyens croient que la réforme pédagogique ne donne pas les résultats escomptés, que les enseignants ont des difficultés avec les élèves, qu’il y a de l’intimidation à l’école, qu’il manque d’argent et que les infrastructures sont désuètes. La “vitrine-école” va leur permettre de savoir ce qui se passe vraiment dans leur école de quartier, de constater que les enseignants font des projets exceptionnels avec les élèves et que ça vaut la peine de s’y investir», dit-il avec l’intensité d’un entrepreneur en présentation de vente !

La Fondation Mobilys offre donc un outil pour faire connaître les bons coups des écoles du Québec. Le contenu est personnalisé à chaque école, en fonction de la réalité locale et des forces en présence dans son milieu. « Une fois que la communauté est en lien avec son école, elle a un sentiment de fierté et d’appartenance. C’est ainsi qu’on veut valoriser l’éducation. L’école devient importante pour sa communauté et la persévérance devient l’affaire de la société et non d’un enseignant. »

Non seulement la communication est personnalisée, mais l’implication citoyenne se fait un peu sur le modèle de eBay. « Nous sommes en train de créer un marché de services citoyens pour les écoles. »

Nicolas Arsenault donne l’exemple de l’école Henri-Bourassa à Montréal-Nord, un établissement qui avait mauvaise réputation. La vitrine-école a fait connaître à la communauté de Montréal-Nord des projets de persévérance scolaire qui rejoignent 225 jeunes dans des équipes sportives, 100 étudiants impliqués en musique et 90 dans les activités en français.

«En quelques semaines, un chef d’orchestre a dirigé une activité parascolaire en musique; une romancière a animé un atelier de lecture et des sportifs ont donné un coup de pouce aux équipes de l’école. De plus, Marc Vachon, une sommité du monde de l’humanitaire qui vit en Afrique, est venu prononcer une conférence. Une entreprise a versé 10000$ pour aider les étudiants et l’école a reçu un don de 15000 dollars pour du matériel informatique. Le nombre de parents qui souhaitent inscrire leurs enfants à cette école a doublé et plus de 1000 personnes reçoivent chaque semaine des nouvelles de ce qui se passe à l’école Henri-Bourassa », me racontait Nicolas Arsenault il y a quelques mois.

Voici une vidéo réalisée à l’école Garneau, dans le centre-sud de Montréal. Vous verrez que l’école n’est plus ce qu’elle était quand des citoyens décident d’aider les jeunes de leur communauté.

L’objectif est de mettre en réseau 150 écoles publiques, au rythme de 30 par année, et ce dans les 17 régions du Québec. «150 écoles qui communiquent avec 1000 personnes chacun les bons coups du système d’éducation, cela donne 150 000 leaders d’opinion connectés à 3,5 millions de Québécois branchés sur les médias sociaux », dit Nicolas Arsenault.

Nicolas Arsenault était fier de m’indiquer il y a quelques jours que plus de 15 000 personnes étaient dorénavant abonnées aux pages Facebook de leurs écoles et que la fondation avait comptabilisé 6 750 gestes d’implication citoyenne dans les 30 écoles publiques embarquées jusqu’ici dans cette merveilleuse aventure.

Une autre vidéo  de la Fondation Mobilys :

4 commentaires
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Bravo à Nicolas Arsenault!

Une belle réponse au discours cancriste propagé par des personnes qui ont intérêt à garder les québécois petits.

dans toutes les régions du Québec des passionnés redonnent la fierté à leur communauté. Malheureusement, c’est le discours pessimiste qui prévaut et fait, au Québec,une réputation négative basée, trop souvent, sur des données parcellaires ou biaisées.

N’importe quoi. Comme si la technologie assurait la qualité d’enseignement (qui devrait être notre seule priorité, d’ailleurs). Il faut, et vite, restaurer l’autorité du professeur et cesser de faire comme s’il devait être simplement un «accompagnateur». Exit les compétences transversales et la pédagogie technocratique, vivement un retour vers l’enseignement classique. Étudier un texte de rap, je veux bien que ça intéresse les jeunes, mais c’est pas comme analyser un texte de Voltaire. Cessons de niveler vers le bas.

Je suis arrivée au Québec en 1979, avec trois enfants dans les bras, entre 12 et 8 ans. Ils devaient faire leur scolarisation ici et je tenais à qu’ils aient à l’université, coûte que coûte. Pas facile pour un couple qui repart à céro de réaliser ce rêve. Mais le plus difficile a été le parcours des enfants. Je ne parlerais pas de la qualité de l’enseignement, mais de l’absence d’un milieu stimulant pour les étudiants au secondaire. Fin d’année: aucune cérémonie publique oû les défis relévés seraient mis en évidence, aucune activité qui puisse créer un environnement d’entraide. Les activités parascolaires??? Nulles, fautes d’intérêt de la part des enseignants et d’un budget limité. Espace pour les parents, nul, autre que la rencontre traditionnelle deux fois par année. Les rithes de passages se limitaient au bal de fin de secondaire, mais avant ça, qu’est ce qui pouvaient donner le goût d’aller à l’école? Je suis convaincue, que l’école qui devient un lieu de vie stimulant (théâtre, sport, etc.)qui est capable de mettre en évidence les acquis, les habilétés d’un enfant-adolescent, deviendra un espace de choix, un lieu d’appartenance, donc, un espace qu’on voudra habiter.