La saison des sommets

L’économie européenne me fait penser à Nik Wallenta, ce funambule qui a franchi les chutes Niagara vendredi soir sur un fil de fer de 5 centimètres. La moindre bourrasque mal contrôlée et c’est le plongeon fatal. La marge de manoeuvre est très mince et la concentration doit être optimale.

La courte victoire de la droite aux élections grecques n’a pas réglé grand chose, sauf le pire. Au lieu d’une sortie chaotique de la Grèce de la zone euro et de ses répercussions prévisibles, nous aurons droit à la continuation du feuilleton européen engagé depuis trois ans.

Pour éviter le chaos tant redouté, il faudra maintenant que les partis politiques grecs s’entendent sur la formation d’un gouvernement et que les pays de la zone euro, à commencer par l’Allemagne, acceptent de renégocier le programme de rigueur imposé par l’Europe et le Fonds monétaire international. Si ces deux conditions sont réalisées, il faudra ensuite que le plan tienne la route et que son exécution n’achève pas une économie littéralement en ruine.

Il faudra surtout que l’Espagne et l’Italie tiennent bon, car ces deux pays font face à une situation tout aussi dramatique. Ce lundi, l’État espagnol doit payer un taux usuraire de 7,14 % sur ses obligations de dix ans et l’Italie de 6,08 %, en hausse dans les deux cas. Comment aider ces économies, autrement plus importantes, à se sortir du guêpier ? Plus directement encore, qui a les reins assez solides pour sortir l’économie européenne du pétrin ?

C’est dans ce contexte dramatique que sont réunis lundi et mardi au Mexique les chefs d’État et de gouvernement des pays membres du G-20. Ce sommet, censé être le plus important et le plus décisif, apparaît en fait comme la période de réchauffement avant que ne s’engage la vraie ronde de discussions, celle qui scellera peut-être du sort de l’Europe et l’état de l’économie mondiale.

Jeudi, les ministres des Finances de la zone euro se rencontrent. Le lendemain à Rome, rencontre au sommet des présidents ou chefs de gouvernement allemand, français, espagnol et italien. Les 28 et 29 juin, tous les leaders européens seront réunis à Bruxelles.

D’ici 11 jours, nous devrions en savoir plus sur le sort de l’Europe et celui de l’économie mondiale. Nous saurons si l’Europe a choisi la chute plutôt que de réussir l’exploit du maître des chutes Niagara.

 

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Dans votre précédent billet, vous vous référiez à Nouriel Roubini qui articule fort bien la globalité de l’économie. Plusieurs experts avérés, font depuis trois ans comme vous le constatiez ; une fixation sur la Grèce et sur plusieurs économies de la zone Euro, comme si cette déconvenue allait nous faire oublier la gabegie de 2008 et tout ce que cela a coûté pour renflouer un système financier à l’agonie dont tout l’art et le savoir-faire est de privatiser les profits tout en socialisant les pertes.

Si on avait laissé aller, qui sait si ce ne serait pas aujourd’hui les Etats-Unis qui seraient en cessation de paiement quand les déboires de la Grèce seraient un tout petit problème à la périphérie ? Seulement voilà ! On ne peut se permettre de laisser mourir l’Amérique, – ce qui, soit dit en passant, aurait aussi eu pour effet d’asphyxier le Canada – on préfère avec une certaine hauteur zieuter ceux qui ont péché (par l’entremise d’ailleurs de banques américaines) plutôt que d’observer précisément ce qui marche bien pour s’engager sur la voie de la vertu à long terme.

Ce qu’on préfère ignorer, c’est le cœur du dispositif spéculatif, avec ses « hedge funds » qui quoique marginaux en volume sur l’ensemble des échanges financiers, ont assis leur succès sur leur potentiel avéré d’anticipation. Ceux qui investissent ces fonds sont nantis, aguerris, peuvent miser gros pour ne perdre jamais ; être premiers bénéficiaires de toutes les prémisses. Quitte à les inventer.

Ce qui apporte du brillant à ces fonds de couverture, c’est qu’ils préservent en principe ces investissements. – Hors sur quoi tablent ces fonds ? Sur le désarrimage de la Grèce dans l’Euro, sur le fait que l’Espagne ne pourra pas suivre très longtemps dès lors que les taux d’intérêts sont supérieurs à 5,5% (le point de non retour selon Barclays Capital), qu’après le tour de l’Espagne, viendra le Portugal, l’Italie, puis peut-être la France, puis enfin la République Fédérale Allemande qui ne pourra plus supporter la monnaie unique. De cette façon, on mise sur l’éclatement pur et simple de l’Europe bien avant dix ans. Puis pour nous sauver de ce joli chaos… la toute puissance des marchés financiers, magnanime, remettra un peu d’argent pour redémarrer.

C’est de cette façon que ceux qui détiennent des valeurs (qu’ils confondent avec des capitaux), pensent qu’ils vont garder la mainmise et le contrôle non sur l’économie mais sur la richesse. Hors une économie n’a pas spécifiquement besoin de richesse pour exister. Puisqu’en économie toute richesse est créée.

– À noter que la Nouvelle Démocratie en Grèce est plutôt de centre-centre gauche. Rien à voir avec nos Conservateurs qu veillent si bien sur le Dominion….

Avec des coûts d’emprunts comme ça l’Espagne et l’Italie ne peuvent pas tenir bon, c’est impossible. Si rien n’est fait rapidement ces pays seront très bientôt en situation de faillite. Et la France avec son immense dette et son énorme déficit suivra pas très loin derrière. L’expérience socialiste Européenne semble se diriger tout droit vers sa conclusion logique, ça fait des années qu’on le répète sur tous les tons, maintenant ça arrive.

Or qu’est-ce qui peut être fait?

Pas grand chose si ce n’est à court terme de faire marcher la planche à billet suffisamment pour acheter de la dette souveraine et prévenir une nouvelle crise financière. Éventuellement ces interventions inflationnistes grugeront le pouvoir d’achat des Européen qui verront leur niveau de vie baisser.

A moyen terme (les prochaine années) je fais confiance aux politiciens Européens pour ne pas faire grand et continuer de pelleter par en avant et de laisser pourrir la situation.

A long terme l’Euro est une utopie qui finira par disparaitre, du moins partiellement.

Commentaire judicieux Mr. Drouginsky.

Mais il me semble que vous faites porter un bien grand chapeau aux marchés financiers et au système monétaire.

N’oubliez pas une chose. L’origine du mal, ce sont les gouvernements des pays développés. Ce sont eux qui, au cours du dernier siècle, ont faconné le système avant comme unique but celui de plaire à l’électorat.

Ainsi les gouvernements ont laissé se développer un système monétaire insoutenable où l’argent est créé à volonté. L’alternative les aurait empêcher de dépenser à outrance pour le bon plaisir momentané de l’électorat.

En bout de ligne c’est l’électorat ignorant de la chose économique qui doit aussi porter une portion du blâme.

@ Claude Cormier (#3) :

Je suis bien d’accord avec vous quant au fait que les responsabilités sont partagées.

Le marché financier est selon moi très utile pour soutenir le développement dans une économie de marchés globalisée, si ce n’est que le concept en vogue de ces quatre décennies, c’est : l’ « autorégulation » qui dispense de toutes formes de réglementations.

Certains fonds profitent pleinement de la déréglementation, opèrent dans des paradis fiscaux, les profits générés ne redescendent que très partiellement dans l’économie réelle et aucun mécanisme naturel d’autorégulation ne permet d’équilibrer le système. Les citoyens qui déposent leur argent pour l’épargner voient leurs revenus de placement perdre de leur valeur ou bien stagner quand les volumes financiers et les profits générés ne cessent pratiquement d’augmenter. Et bon an, mal an on vous impose toujours un peu plus de prélèvements.

Où se trouve l’erreur ?

Ils devraient prendre exemple sur les « sommets » de notre CLASSE!

Tout serait très…très… »démocratiquement » choisi par les « membres démocratiquement élus » mais par on ne sait trop par qui, et ils n’aurait personne de responsable. Que des porte-paroles!

La recette idéale pour un bon bordel.