La Suède heureuse

Le Québec et le pays scandinave ont des climats qui se ressemblent, mais aussi des démographies et des approches économiques similaires ainsi que des succès à l’avenant.

Photo : Daphné Caron pour L'actualité

En temps normal, sans pandémie ni menace russe, juin est un bon mois pour aller visiter la Suède ! Le 21, ce sera la fête du solstice. Par exemple, à Umeå, petite ville universitaire à 600 km au nord de Stockholm et de la taille de Trois-Rivières, où Volvo a une usine, le soleil va se lever à 2 h 15 le matin et se coucher à 23 h 05 le soir. Même durée du jour qu’à Iqaluit, au Nunavut, mais avec le climat de Gaspé ! C’est au bord de la mer, la forêt est juste derrière, la nature est belle.

La Suède compte 10,4 millions d’habitants, 2 millions de plus que le Québec. Il y a plusieurs bonnes raisons pour nous Québécois d’aller voir ce pays. Et de s’y comparer. Tout d’abord, les Suédois sont en quelque sorte dans la parenté. Bon nombre de nos ancêtres québécois sont venus de Normandie. Ils descendaient des Vikings installés dans cette province de France depuis le Xe siècle.

Et puis, comme nous, les Suédois sont un peuple nordique. Ils ont un gros hiver. Eux aussi s’encabanent, jouent au hockey, vont skier, chialent contre le pelletage. 

Malgré le climat rude, l’indice du bonheur des Nations unies les classe, tout comme nous, parmi les 10 peuples les plus heureux de la Terre. Le bonheur est au nord !

Les Suédois forment, comme nous, une petite nation riche, égalitaire et heureuse. Les performances économiques et sociales de la Suède et du Québec s’entrecroisent.

L’économie ? La Suède est le fer de lance mondial de la social-démocratie. Mon patron d’études à l’Université de Californie, un grand Danois qui avait émigré tout jeune en Suède, m’a un jour expliqué que la social-démocratie suédoise découlait de trois traits culturels fondamentaux des habitants du pays. Un, les Suédois sont de culture religieuse luthérienne : le bien commun est de la responsabilité de chacun. Deux, ils sont ingénieurs plutôt qu’idéologues : ils sont pragmatiques et méfiants des doctrines préconçues. Trois, ils sont admiratifs de l’entrepreneuriat : ils ressemblent aux Beaucerons.

Un recueil de textes rassemblés par les politologues de l’École nationale d’administration publique (ENAP) Stéphane Paquin et Pier-Luc Lévesque, intitulé Social-démocratie 2.0 (Les Presses de l’Université de Montréal, 2014), a démontré que les Suédois abordent la chose publique avec cette triple attitude. Leur philosophie économique est promarché. Syndicats et patronat s’entendent pour encourager l’emploi et la croissance. Ils donnent priorité à la compétitivité internationale des entreprises. Ils abhorrent le populisme de gauche à la Robin des Bois. À l’inverse, ils rejettent l’idéologie antiétatiste. Ils veulent un État qui combat les monopoles, protège l’environnement et répartit mieux la richesse. 

Mais ils sont pragmatiques au sujet des moyens à prendre pour atteindre ces fins. Ils sont convaincus de la nécessité d’un dialogue social et politique ouvert. Et ils comprennent que seul un État qui équilibre ses comptes peut se permettre des mesures progressistes. L’inégalité du revenu en Suède est la moins prononcée d’Europe ; la nôtre, la moins prononcée d’Amérique du Nord. Les Suédois sont, pour ainsi dire, des capitalistes de gauche. Depuis 100 ans.

Est-ce que ça marche ? Absolument. Aucun pays n’est sans problèmes. Mais les Suédois forment, comme nous, une petite nation riche, égalitaire et heureuse. Les performances économiques et sociales de la Suède et du Québec s’entrecroisent. En 2021, le taux de chômage de 6,1 % du Québec était inférieur à celui de 8,8 % de la Suède. Comprenons bien que la pénurie de main-d’œuvre qui afflige nos entreprises est en contrepartie une merveilleuse nouvelle pour nos travailleurs. Ils chôment moins souvent et moins longtemps. 

L’apport de l’économie au niveau de vie est cependant plus important en Suède qu’au Québec. En 2021, le revenu annuel moyen par habitant était de 57 400 dollars américains là-bas contre 51 600 chez nous. En matière de partage de la richesse, l’État cherche plus activement en Suède qu’au Québec à intervenir dans l’économie et à contenir l’inégalité du revenu entre les familles. Il taxe 43 % du revenu de la nation en Suède contre 39 % au Québec. Mais en fin de compte, c’est nous qui formons la nation la plus heureuse des deux. Aux dernières nouvelles, pour une moyenne de 100 dans les 160 pays étudiés, l’indice du bonheur estimé par la maison Gallup était de 147 au Québec et de 142 en Suède.

Si vous montez jusqu’à Umeå avec vos enfants ou petits-enfants, pourquoi ne pas allonger votre séjour et visiter une autre petite nation heureuse du Nord, en passant par le Village du père Noël à Rovaniemi, la capitale de la Laponie finlandaise ? C’est à 500 km d’Umeå par la route. Plus court que de Montréal à Rimouski !

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Égalitaires, le Canada et le Québec ?
« les Suédois forment, comme nous, une petite nation riche, égalitaire et heureuse ». Le dimanche 8 mai dans La Presse+, un texte sur la concentration de la richesse en Russie, donnait des chiffres à propos de la répartition de la richesse au Canada et aux États-Unis afin de les comparer avec la Russie. Or, en faisant une petite addition, je constate que les États-Unis ne sont guère moins inégalitaires que la Russie. Le top 10% possède 71% de la richesse américaine, alors que les 50% les moins riches ne possèdent que 2% de la richesse. Alors qu’en Russie les chiffres sont respectivement de 74% et 3% pour les mêmes catégories sociales.

Ici au Canada, le top 10% possède 58% de la richesse alors que les 50% les moins riches en possèdent 6%. Ce qui signifie qu’en moyenne une personne du top 10% possède 48 fois la richesse d’une personne faisant partie des 50% moins riches. On voit qu’il est impossible de soutenir que le Canada est un pays égalitaire, contrairement à l’image que certains veulent projeter. Est-ce vraiment différent au Québec ?

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