La transaction Evenko – l’Équipe Spectra

Cette transaction n’est pas signée et on ne sait même pas encore si elle aura vraiment lieu, mais elle suscite déjà la controverse.

Mon ami René Vézina, sur son blogue et à la radio, s’inquiète de l’achat par Evenko de l’Équipe Spectra, le société qui organise le Festival international de jazz, les Francofolies et le festival Montréal en lumières, en plus de posséder ou de gérer certaines des salles de spectacles les mieux connues des Montréalais, comme le Métropolis.

Evenko, c’est la division spectacles du groupe propriétaire des Canadiens de Montréal et du Centre Bell. La société appartient donc aux frères Molson avec Bell comme actionnaire minoritaire, avec 18 % des actions.

René Vézina trouve que cette transaction, si elle se réalisait, se traduirait par une concentration excessive dans le marché du spectacles, tout en procurant à Bell une autre formidable plateforme.

Je voudrais ici porter un autre éclairage sur cette acquisition éventuelle.

Pour Alain Simard, le président fondateur de l’Équipe Spectra, et les autres actionnaires de l’entreprise, Evenko est un acheteur naturel. Peu d’entreprises auraient l’intérêt ou les moyens, sur le marché québécois, d’offrir les 30 ou 50 millions de dollars mentionnés par La Presse en fin de semaine.

Un propriétaire a le droit de vendre son entreprise et de surcroît au plus offrant. Alain Simard, André Ménard et les autres portent cette entreprise à bout de bras depuis des décennies et ils ont bien le droit de « passer à la banque», comme on dit en anglais.

D’autre part, René Vézina ne réalise pas les enjeux et embûches que représente cette acquisition pour Evenko.

Alain Simard est le champion collecteur des subventions. Je ne porte pas de jugement, mais ses principales propriétés dépendent dans une certaine proportion du financement public. Convaincre les gouvernements qu’une PME fondée par des entrepreneurs culturels a besoin d’argent pour ses festivals est une chose, mais je ne suis pas sûr que la famille Molson et Bell partiront avec le même capital de sympathie. Pas sûr non plus qu’Hydro-Québec, dont le nouveau président du conseil est Pierre-Karl Péladeau, se montre aussi intéressée à soutenir le festival Montréal en lumières, version Molson et Bell.

L’Équipe Spectra est associée depuis ses débuts avec une génération d’auteurs-compositeurs de grand talent, mais qui n’acculent pas (plus) les succès commerciaux et qui sont très nationalistes. Je ne suis pas sûr que ce volet de l’entreprise soit spontanément tenté de migrer vers une grande entité corporative.

Pas sûr non plus qu’il y ait une réelle synergie entre les radios d’Astral – si l’acquisition par Bell est bénie par le CRTC – et les artistes sous contrat de gérance avec l’Équipe Spectra.

Bien sûr qu’Evenko y trouve son compte sinon des discussions ne seraient pas en cours, mais il ne s’agit pas, selon moi, d’une transaction qui bouleversera l’offre de spectacles sur le marché montréalais.

Certes, la concentration et la formation de grands groupes est une caractéristique de l’économie de marché, mais elle s’accompagne toujours de la naissance et du développement de nouveaux joueurs qui répondent à de nouveaux besoins.

La création même de l’Équipe Spectra est la preuve vivante de ce principe. Elle est née au moment même où Donald K. Donald étendait sa domination sur le showbiz montréalais. Donald K. présentait les grands spectacles de groupes rock alors que Simard et Ménard se faisaient les dents avec des groupes encore inconnus comme Gentle Giant ou Genesis, avant de devenir les héros de la chanson québécoise et du jazz.

L’ironie de l’histoire serait évidemment que la société qui a succédé à Donald K. Donald rachète celle qui s’est développée dans ses marges.

2 commentaires
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Incroyable. Simard et Ménard ont passé leur vie à vivre des subventions gouvernementales. Ils vendent et encaissent beaux millions!

C’est-y pas beau le capitalisme, sauce québécoise

Au moins, à Québec. Festival d’Été et le Carnaval appartiennent à personne

@ jack2

« C’est-y pas beau le capitalisme, sauce québécoise »

Je ne suis pas de votre avis.

J’aurais dit « C’est-y pas beau le capitalisme » tout court partout sur la planète.

On assiste à un résultat d’un péché commis: la croyance que les administrateurs de du gouvernement sont des ronds cuir et que les administrateurs privé sont des champions et qu’ils font pour le bien de la population.

Pourtant ce sont les administrateurs du privé qui ont mis la planète dans la dèche économique et les entreprises privé s’arrachent les administrateurs de l’état.

La Chine, économie d’état qui a une attache, est en train de se mettre riche à grande Vitesse avec les folies des entreprises privés qui n’ont pas d’attaches dans le monde à part les revenus. Elle voit à SES affaires.

On n’y peur rien, c’est la liberté économique si chère à la droite dogmatique.