«La Turquie n’est pas une république de bananes»

«Beaucoup de secteurs sont intéressants pour les entreprises québécoises», explique Simay Soylu, directrice du bureau de Turquie d’ERAI (Expansion Québec).

Turquie : un pays en plein boum
Photo : K. Noël

Les entreprises qui veulent brasser des affaires en Turquie ne doivent pas se laisser intimider par la crise politique qui sévit dans ce pays depuis plusieurs mois, selon Simay Soylu, directrice du bureau de Turquie d’ERAI (Expansion Québec).

«Nous avons une histoire, des lois, des institutions. La Turquie est un pays industrialisé, qui cherche son avenir démocratique, mais ce n’est pas une république de bananes !» dit-elle.

ERAI (pour Entreprise Rhônes-Alpes International) et Expansion Québec ont conclu un partenariat qui permet aux entreprises québécoises d’avoir accès au 27 bureaux d’ERAI à travers le monde, dont celui de la Turquie. Sa directrice, elle-même d’origine turque, était de passage à Montréal le 12 mars pour promouvoir les investissements dans son pays.

Une quarantaine d’entreprises canadiennes sont présentes en Turquie, mais très peu d’entre elles sont québécoises. «Bien sûr, la distance n’aide pas, mais les gens ont souvent une perception négative de la Turquie», dit Simay Soylu, qui a accompagné plus de 400 entreprises en sol turc depuis 11 ans.

Ce n’est pas un hasard si la Turquie est en mode séduction à ce moment-ci. La contestation envers le gouvernement dirigé par Recep Tayyip Erdogan a repris de plus belle après une brève accalmie depuis les manifestations de l’été dernier. Les jeunes Turcs dénoncent la répression policière et l’autoritarisme grandissant du premier ministre. Ce dernier est également soupçonné de corruption.

«Nos vivons des jours difficiles et la Turquie a besoin d’investissements, alors il est certain que ça ne facilite pas les choses, reconnaît Simay Soylu, mais les entreprises n’ont pas cessé d’investir pour autant».

Elle cite en exemple Ford, qui vient d’investir 500 millions dans une nouvelle usine, de même qu’un projet de recherche et développement. Elle souhaiterait que des entreprises québécoises en fassent autant.

«Beaucoup de secteurs sont intéressants pour les entreprises québécoises. La Turquie a surtout besoin de produits à valeur ajoutée et de technologies de pointe», souligne Simay Soylu.

Les occasions d’affaires sont surtout dans les secteurs de l’agriculture, des mines, de l’aérospatial, de l’équipement médical, des technologies de l’information (notamment le jeu vidéo), ainsi que dans les domaines du militaire et de la défense.

Un endroit stratégique

La moyenne d’âge en Turquie, qui compte 76 millions d’habitants, est de 29,5 ans.

Mordus de technologies, les jeunes Turcs sont parmi les plus présents sur le réseau social Facebook. «En ce moment, le Canada importe de la Turquie plus qu’il n’exporte là-bas. Il y a place à la croissance», dit la directrice d’ERAI.

Le gouvernement du parti de la Justice et du Développement (l’AKP), arrivé au pouvoir en 2002 et réélu en 2007 et en 2011, a privatisé des secteurs clés de l’industrie, en plus de favoriser l’investissement étranger et de baisser les impôts pour inciter la population à consommer.

«Les Turcs aiment faire affaires avec les Turcs», précise cependant Simay Soylu. Les exportateurs ont aussi intérêt à avoir déjà de l’expérience sur les marchés d’exportation.

«Il faut une présence locale, que ce soit par l’entremise d’un agent commercial ou d’un distributeur. Ensuite, quand l’entreprise a plus de 100 000 dollars de revenus, elle peut penser à s’implanter. Celles qui réussissent ont toutes créé leur propre filiale», explique Simay Soylu.

La situation géographique de ce pays en fait un endroit stratégique pour brasser des affaires au Moyen-Orient et en Asie. Il s’agit aussi d’une porte d’entrée intéressante sur l’Union européenne, puisque les tarifs douaniers ont été abolis entre la Turquie et l’UE dans les années 1990.

Mais l’accord commercial signé récemment entre le Canada et l’Europe lui enlève maintenant cet avantage par rapport aux entreprises canadiennes. La Turquie souhaite depuis longtemps conclure un tel accord avec le Canada, mais les discussions n’aboutissent pas.

La croissance annuelle du PIB de la Turquie a été de 2,2 % en 2012 après deux années record de plus de 8 % en 2010 et 2011. Les prévisions pour 2013 et 2014 oscillent entre 3 % et 4 %. Des élections présidentielles sont prévues pour 2015.

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La Turquie n’est pas une république de bananes indubitablement. C’est un pays qui a une culture, une civilisation, une architecture et des institutions. Elle est ouverte sur l’Europe, sur l’Asie, sur le Moyen-Orient et encore sur la méditerranée. Ce pays peut offrir de par sa position géographique des produits et des services à plusieurs milliards d’individus. Peu d’endroits au monde se trouvent au carrefour de tant de civilisations.

La Turquie ou ses territoires avoisinants a été à l’origine de nombreuses avancées dans tous les domaines tant sur le plan des migrations que dans le développement de presque toutes les grandes et plus petites religions et encore dans les sciences sans passer sous silence sa gastronomie.

La population en grand nombre n’est pas à négliger, c’est comme vous le précisez une population jeune de mieux en mieux instruite tandis que le pays dispose d’excellentes équipes de « soccer » avec des clubs mythiques tels Galatasaray ou Fenerbahçe. Ce pays à au cours de cette décennie connu un taux de croissance qui peut par les temps qui courent faire l’envie bien des nations.

Pour celles et ceux qui souhaitent mieux connaître la Turquie, je ne saurais que trop recommander les œuvres romanesques et les essais de Orhan Pamuk qui ne peuvent que réconcilier, même les plus sceptiques avec la belle littérature.