La vente de Sun Media : quand Québecor se sépare du Canada

En vendant ses propriétés anglophones à Postmedia, Québecor confirme en quelque sorte sa migration vers les télécommunications et la diffusion. Pourtant, cette explication n’est pas suffisante, dit Pierre Duhamel.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Québecor a vendu à Postmedia l’immense majorité de ses propriétés canadiennes-anglaises pour 316 millions de dollars. Cent soixante-quinze journaux (dont le populaire Toronto Sun) et le portail anglophone Canoe font partie de la transaction, mais pas le canal spécialisé Sun News Network.
Blogue Economie

Québecor avait dépensé 983 millions de dollars en 1998 pour acheter Sun Media et avait investi 517 millions, en 2007, pour les journaux de la chaîne Osprey. L’entreprise se départit aujourd’hui du groupe de presse qu’elle avait constitué au cinquième du prix qu’elle a payé.

Il y a au moins trois niveaux d’interprétation pour expliquer cette transaction.

J’observe d’abord un recentrage sur les secteurs d’activités les plus payants et les plus porteurs. Il est évident que les journaux sont en perte de vitesse et qu’il devient très difficile de maintenir leur rentabilité.

À la fin de 2013, Québecor avait déjà cédé à Transcontinental ses 74 hebdomadaires régionaux. En vendant ses propriétés anglophones à Postmedia, Québecor confirme en quelque sorte sa migration vers les télécommunications et la diffusion.

Pourtant, cette explication n’est pas suffisante. Je serais en effet extrêmement surpris que Québecor se départisse de ses quotidiens québécois au nom de la logique des secteurs moins porteurs.

Il y a aussi un recentrage géographique. Je ne peux pas m’empêcher de constater que ce qui était — à l’arrivée de Pierre Karl Péladeau — une grande multinationale est devenue, au fil du temps, une société surtout active au Canada et maintenant presque exclusivement implantée au Québec. La vente du spécialiste du Web Nurun, le mois dernier, au groupe publicitaire français Publicis marquait le départ de la seule filiale active à l’international.

Le troisième niveau d’explication relève de l’utilité potentielle des propriétés. Cette question est sensible au moment où plusieurs se demandent si le patron d’un empire de presse peut devenir chef de parti et, éventuellement, premier ministre, voire président de la République.

Les journaux de Sun Media au Canada anglais étaient les plus fidèles et inconditionnels alliés du Parti conservateur de Stephen Harper. Ils étaient sans doute utiles au moment où Pierre Karl Péladeau entreprenait un long flirt avec les conservateurs. On soupait alors chez les Harper et on faisait même un excès de zèle en devenant membre du conseil d’administration de l’Institut Fraser, l’organisme le plus viscéralement antimodèle québécois qui existe.

Pierre Karl Péladeau voulait et a obtenu un assouplissement des règles d’adjudication du spectre pour permettre à Vidéotron de se lancer dans la téléphonie mobile sans avoir à payer ce que les Bell, Rogers et Telus devaient débourser.

Plusieurs ont reproché à Pierre Karl Péladeau d’utiliser ses médias quand il prend en grippe un organisme ou une entreprise. Les nombreux articles sur les propriétés des Desmarais, sur le coût et la faible influence du Fonds de solidarité, sur le caractère non québécois du consortium des frères Molson ou sur le gaspillage à Radio-Canada étaient peut-être de bonnes idées journalistiques, mais ils avaient aussi le mérite d’exprimer les sentiments et les intérêts de Pierre Karl Péladeau.

Il s’en défendra, comme il l’a toujours fait. Sauf que le doute est là, et les apparences de conflit d’intérêt sont énormes et seront continuelles pour un magnat qui aspire aux plus hautes fonctions. Jean-François Lisée a totalement raison de soulever la question.

Québecor est, aujourd’hui plus que jamais, un géant strictement québécois, au moment où son principal actionnaire veut devenir le géant québécois.

Mais ce n’est peut être que le fruit du hasard, après tout…

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

17 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Il avait payé le tout plus d’un milliard il y a 16 ans
Est-ce une vente de feu?
En tout cas, c,est une méchante perte
En affaire il n’y a que 2 chiffres qui comptent: le prix d’entrée et le prix de sortie. Dans ce cas, c’est une méchante perte

En effet! Est-ce que ça n’en dit pas long sur les capacités de PKP d’administrer une province, voire un pays?

Jean François Lisée, dans une lettre ouverte adressée à PKP lors du lock out au Journal de Montréal, tentait de le sensibiliser sur le traitement indigne d’un Péladeau qu’il infligeait à ses journalistes du quotidien Frontenac.

Il lui avait posé quelques auxquelles PKP avait répondu à son tour dans une lettre ouverte.

Lisée avait commenté chacune des réponses de PKP à ses questions. pour conclure que PKP n’était pas redoutable il était inébranlable.

Je me rappelle un discours de Pauline Marois devant le logo de Bell dévoilant clairement les intentions du PQ.. Bell un ennemi à abattre.

Rien de moins que le monopole étatique pour garder captifs les francophones du terroir.. et garantir la convergence médiatique par la promotion de l’unilinguisme en renforçant la loi 101..

Il ne faut pas laisser ce mégalomane nous dicter sa vision liberticide..

Il n’y a aucun doute Peladeau doit vendre ses actions dans Quebecor, sinon le Quebec se Burlusconisera et sera la risée du monde

Il n’en demeure pas moins que sa situation ne peut être traité à la légère de la part du commissaire à l’éthique. On peut fustiger JFL d’avoir dit «les vraies affaires» mais il n’en demeure pas moins qu’il a raison. On e peut laisser passer parce que le PQ s’est trouvé un sauveur. Le PQ s’est acharné sur le ministre D.Whissel (une entreprise d’asphalte) ce n’était pas médiatique mais susceptible de contracter avec le gouvernement, il a démissionné. Il y eu le cas de Julie Boulet. Le silence du PQ est plus que dérangeant et me fait dire ce qui n’est pas bon pour les autres partis est OK pour le PQ.

Merci de nous rappeler le coût des transactions précédentes pour acquérir la chaîne de quotidiens anglophones. En voulant se recentrer sur le secteur des télécommunications, Quebecor/Vidéotron affronte de grands joueurs déjà bien implantés en Bell, Rogers et Telus. On verra si ça fonctionne.

En effet, on verra si ça fonctionne.

Pas sûre que le Canada soit désormais ouvert à la venue de Vidéotron dans le champ du sans fil canadien.

Le poulain de Mulroney lui donne du fil à retordre. Pas sûre que le comportement erratique de PKP aide les démarches entreprises par Mulroney!

Quebecor se sépare du Canada ou non? Il faudrait que PKP soit cohérent.. Le repli dans son pré-carré: les francophones du terroir ou non?

Les Laviolette et compagnie qui se liguent du côté de PKP .Incroyable, je n’ai pas de mots pour décrire ces anciens syndicalistes.Ce sont de vrais traîtres à la nation. Pour espérer avoir un pays et ce n’est pas pour demain vous balancez tous vos beaux principes. Honte à vous. Monsieur aura un choix difficile à faire entre devenir le chef du P.Q. et ses actions de Vidéotron.

Tout une compétence, ce PKP! L’achat de Videotron aura été un trou sans fond pour la Caisse de dépôt, et voilà qu’il vend ses médias au Canada 316 millions $ alors qu’ils auront coûté près d’un milliard! Sans oublier son aventure de presse aux États-Unis, un échec lamentable.
Que ce financier guilleret soutenu par les gouvernements (amphithéâtre) et la Caisse de dépôt veuille devenir le Berlusconi du Québec ne semble pas inquiéter outre-mesure les membres du PQ. Quand on est au bord du gouffre on attrape la première main qui se tend. Quel aveuglement!

Ce qu’il est possible peut-être de remarquer, c’est que ce modèle de convergence qui plaisait tant voici une quinzaine d’années, est en train plus ou moins d’éclater. Le contrôle absolu du contenu sur toutes les plates-formes a un coût qui est d’autant plus grand que les groupes sont grands.

Aujourd’hui Quebecor — comme d’autres corporations –, est rattrapé par la réalité, celle qu’il vaut mieux être le meilleur dans son domaine particulier que d’être en concurrence avec tout le monde dans toutes sortes de domaines. Quant à cet instant le déplacement, naturellement se produit sur le numérique et un peu plus sur la distribution de contenus que sur sa seule création.

En d’autres termes, celui qui contrôle la tuyauterie sera toujours plus riche que le porteur d’eau. C’est ce qu’il fallait démontrer.

Nonobstant, je ne crois pas qu’il y ait à proprement parler une stratégie entre le redéploiement de la carrière de monsieur Péladeau avec le cadrage des activités du groupe dont il est le principal actionnaire. C’est plutôt ce qui la psychologie définit comme de la synchronicité. En cette occurrence, on cherche à découvrir un sens et une causalité qui n’existent réellement pas….

Lorsque tout cela relève plutôt à toutes fins pratiques : des circonstances, de la conjoncture, des aléas. Ce que j’entends par ces mots, c’est que si monsieur Péladeau n’était présentement pas en politique, la décision de se départir de plusieurs activités moins ou peu rentables de Quebecor aurait très probablement dû être prise, malgré tout.

Quant à ce qui à trait aux déclarations de monsieur Lisée sur l’éthique, je conçois qu’elles traduisent l’inquiétude qui l’habite, à la veille de cette course pour devenir chef ; bien plus que l’expression d’une prise de conscience, de potentiels conflits d’intérêts. Il ne m’apparait pas si évident qu’en mars-avril, quand la quête d’un gouvernement souverainiste paraissait encore accessible ; qu’il eût été plus préoccupé que « cela » de la position dominante de monsieur Péladeau dans le domaine des médias.

— Ah ! L’élection prochaine de PKP à la présidence de la République du Québec…. Hum ! On peut toujours rêver…. Eh ! Cette belle gloire, vous nous la prévoyez pour quand ?

On est tellement bien au Québec, la province la plus taxée, une dette exorbitante etc… On est assis sur des milliards de milliards en richesses naturelles et très bientôt ça va prendre la moitié de notre revenu juste pour manger, encore une décennie et on va être un pays du tiers monde ou les étrangers vont continuer à piller nos richesses en se sauvant avec les profits et nous laissant nettoyer les dégâts qu`il on fait en pillant nos biens. PKP ne pourra jamais faire pire que les gérants de la province que nous avons eu à date, si il devient notre gérant un jour. C`est un très bon signe que tous les gens bien et les « gensbon » tapent dessus, au Québec on aime tellement ça des langues de bois et les « aplaventris » devant le reste du Canada. Le seul premier ministre qui s`est tenu debout devant le reste du Canada c`est Jacques Pariseau, je n`ai jamais vu un homme tant détesté par les fédéralistes…et les Québécois comme de raison, pour les Québécois c`est normal on aime pas ça les gens qui nous donnent des outils pour se sortir du marasme.

Ah…ah…ah…il est « pro » leur « homme d’affaires »…

Il a payé $1.3 Milliard et il vend le tout à « 380 Millions!!!

Et ça veut diriger un pays… Eh misère.

Même Pauline Marois n’aurait pas fait une telle erreur de jugement. C’est tout dire.

Non justement. Par contre, lorsque l’argent des autres est impliqué (i.e.: dans un gouvernement socialiste et interventionniste de gauche…), là, je dois vous donner raison.

On apprend en dernière heure que PKP utilise son Facebook pour faire de la politique. Facebook sacram…!!!

Peur que les journalistes de La Presse et de Rad.-Can. le confrontent? Pas capable d’avoir de la répartie? Incapable d’argumenter de vive voix?

Et ça veut devenir président de la Républik du Kébek… Eh misère…

De plus, l’Actualité n’a pas ouvert de message sur les interventions illégales de PKP pour favoriser Québécor… Pourtant… »l’Actualité »…

Étrange…