La vente des quotidiens de Gesca : première analyse

La vente des six journaux régionaux de Gesca n’est, au départ, pas une surprise, dit Pierre Duhamel. Mais elle constitue une bonne nouvelle pour leurs 530 employés et les villes qu’ils desservent, explique le blogueur, qui analyse cette transaction.

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Gesca, une filiale de Power Corporation, cède ses journaux (sauf La Presse) à une nouvelle société qui appartient à Martin Cauchon, ancien ministre fédéral.
Blogue Economie

La nouvelle de la vente n’est pas vraiment une surprise.

Il y a deux ans, Power Corporation a fait le pari de lancer La Presse+, une application gratuite sur tablette électronique qui offre tout le contenu du journal et des contenus multimédias traditionnellement associés à la télévision.

Pour le conglomérat, cette mutation vers le numérique représente l’avenir d’un quotidien qui aura de moins en moins l’allure d’un journal et qui tente de réinventer le modèle d’affaires d’une industrie malmenée par les changements technologiques, les habitudes de lecture changeantes et l’éclatement du marché publicitaire.

La Presse se transforme donc en média de masse national, au même titre — mais sur une plateforme différente — que le Groupe TVA, par exemple. La Presse veut faire le plein de lecteurs numériques pour attirer les annonceurs, qui constitueront bientôt la seule source de revenus du média, dès qu’on cessera d’offrir une publication imprimée. C’est un pari audacieux, qui aspire toutes les ressources et l’intelligence de marché du groupe.

Ce changement stratégique que Gesca a entrepris il y a deux ans ne laissait plus de place aux autres quotidiens que sont Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, La Voix de l’Est et La Tribune. Le modèle de La Presse+ requiert de lourdes équipes et est bien au-dessus des moyens des plus petits journaux.

Cependant, les intégrer dans un seul média national aurait signifié leur disparition, ainsi que la perte d’une source majeure d’information à caractère régional. De plus, des centaines d’emplois auraient disparu.

Il fallait donc vendre. Mais à qui ?

Le premier suspect est sans doute TC Media (Transcontinental), propriétaire de la vaste majorité des hebdomadaires régionaux sur l’ensemble du territoire québécois.

L’entreprise fondée par Rémi Marcoux va plutôt bien ces jours-ci. Elle est devenue le dernier grand imprimeur au Canada et elle affiche une belle rentabilité. Dans les médias, elle s’est cependant repliée vers des publications qui dépendent davantage de la publicité locale que de la publicité nationale. Au cours de la dernière année, elle a vendu ses grandes marques de magazines pancanadiens (comme Coup de Pouce et Canadian Living) à Québecor, de qui elle avait racheté les hebdomadaires locaux.

Je pense que Transcontinental n’avait tout simplement pas le goût de reprendre l’aventure des médias à diffusion payante et à l’avenir incertain, et qui dépendent en partie de la publicité nationale.

Vendre à Québecor ? Soyons sérieux : je suis sûr que ce n’était pas dans les plans, et cela n’aurait rien réglé, puisque Québecor est le concurrent direct des journaux mis en vente. Le Bureau de la concurrence aurait probablement rugi, et des centaines d’emplois auraient été fauchés si une telle transaction avait été autorisée.

Vient alors Martin Cauchon. Depuis toujours, c’est un grand ami de la famille Desmarais. Originaire de Charlevoix, il était, en juillet dernier, président d’honneur du tournoi de golf Jackie Desmarais au Manoir Richelieu, dont les revenus servent à financer le Musée de Charlevoix.

Martin Cauchon est aussi le vice-président du conseil et président pour le Québec du Conseil d’affaires Canada-Chine, créé sous l’initiative de feu Paul Desmarais en 1978. Depuis quelques années, Cauchon voyage régulièrement dans ce pays, où il aurait bâti un réseau d’affaires impressionnant. Il dirige aussi le groupe de travail sur la Chine du bureau d’avocat DS Welch Bussières, ce qu’il faisait quand il travaillait pour le cabinet Heenan Blaikie (aujourd’hui disparu).

Martin Cauchon est aujourd’hui le seul propriétaire de Groupe Capitales Média, qui vient de faire l’acquisition des six journaux à vocation régionale de Gesca. On ne lui connaît pas de fortune personnelle, et je serais tenté de penser que la famille Desmarais a, d’une façon ou d’une autre, facilité la transaction.

Les discussions auraient néanmoins duré cinq mois, ce qui signifie que Martin Cauchon et les institutions qui lui ont prêté de l’argent se mettent à risque et qu’il ne s’agit pas d’un cadeau. Cauchon a répété plusieurs fois en conférence de presse que les termes et les conditions de l’achat demeureront confidentielles.

Cette transaction est une bonne nouvelle pour les 530 employés de ces journaux et les villes qu’ils desservent. Une bonne nouvelle pour Québec aussi, où logera le siège social de la nouvelle entité qui sera dirigée par Claude Gagnon, qui reste président et éditeur du Soleil.

Le nouveau groupe a promis de se consacrer à la nouvelle régionale, à l’information de qualité et à l’indépendance des médias. Mais Martin Cauchon et Claude Gagnon se disent conscients des mutations qui bouleversent l’industrie et des difficultés qu’ils devront affronter.

La différence : les choix de Groupe Capitales Média seront fait en fonction de ses six propriétés et ne dépendront plus de la stratégie de Gesca, qui mise tout sur La Presse+.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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23 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bonne nouvelle pour la démocratie! Ce sont les citoyens de ces régions qui sortent les grands gagnants de cette vente. La convergence Québecor a enfin des limites.. non au monopole dans l’information.. Vive la compétition!

Gesca aurait facilité la transaction? J’abonde en ce sens! Gesca pourrait avoir vendu ses journaux à Martin Cauchon pour la somme symbolique de 1$ !

L’expérience de Cauchon dans les journaux? Zéro pis une barre
Mais bon, on a compris que les journaux restent la possession des Libéraux..

L’expérience de PKP en politique? Zéro pis une barre!

Mais bon, on a compris que le Parti Québécor reste la possession de PKP.

Quand j’ai lu la nouvelle ca avait l’air d’une fausse nouvelle de la Pravda ….

« Martin Cauchon est aujourd’hui le seul propriétaire de Groupe Capitales Média, qui vient de faire l’acquisition des six journaux à vocation régionale de Gesca. On ne lui connaît pas de fortune personnelle, et je serais tenté de penser que la famille Desmarais a, d’une façon ou d’une autre, facilité la transaction. »

(1)

Je sais pas comment une niaiserie de meme pourrait etre une bonne nouvelle. On se demande meme comment ca pourrait etre legale qu’une enterprise de presse soit vendue sans trop qu’on sache avec quel argent et combien et a quel condition sinon qu’une supposition boiteuse que le gars aurait pas de fortune personnelle ….

Vous connaissez beaucoup de gens sans fortune personnelle qui peuvent metre la main sur des medias …

Ca l’air croche a sa face comme tout ce qui entoure le PLC, les Desmarais et la presse.

(2)

Serieusement …

Martin Cauchon …. le gars de l’ere Chretien pis des commandites …. le gars qui a voulu etre chef du PLQ ….

(3)

Ensuite l’impression que non seulement la ligne editoriale est federaliste mais le journal au complet …

De plus la nature secrete de la transaction met encore le doigt qu’on sait pas trop encore si la presse fait de l’argent ou si c’est simplement a une machine de propagande ….

(4)

Et puis malgre le flou de la transaction … le blogueur trouve le moyen de dire

« Cette transaction est une bonne nouvelle pour les 530 employés de ces journaux et les villes qu’ils desservent »

L’amour rend aveugle comme on dit …

Mais on est au Canada, pas en Union soviétique. L’état ne contrôle pas la presse.

Un journal a bien le droit d’être strictement indépendantiste, comme Le Québécois, ou strictement fédéraliste. C’est ça la liberté de presse dans une démocratie. L’Humaniste en France est un journal communiste, The Guardian est libéral, enfin, tous les journaux du monde publiés dans des pays démocratiques ont une ligne de pensée. Celà ne pose aucun problème. Un lecteur s’apperçoit bien de ce qu’il lit. Le problème c’est quand l’état contrôle l’information, pas quand des gens libres de penser impriment ce qu’ils veulent bien.

Quand au prix, si ces journaux ont été vendus pour un prix modique, disons un dollar, c’est que les propriétaires ne pouvaient pas obtenir un prix plus élevé que la valeur des pertes pour fins d’impôts. Aussi bien vendre pour un dollar à quelqu’un à qui on fait confiance de trouver du financement et de garder les entreprises ouvertes et les employés au travail plutôt que de mettre la clé dans la porte !

@ Violetta Valery,

J’aimerais corriger une petite erreur dans votre texte. Vous faites mention du journal français « L’Humaniste », il s’agit plus spécifiquement du journal « L’Humanité » ou « L’Huma » pour les intimes… Ce quotidien populaire a été fondé par Jean-Jaurès qui a toute fin pratique était socialiste.

Mais bon, quoiqu’il en soit vive et longue vie la liberté de la presse !

« Mais on est au Canada, pas en Union soviétique. L’état ne contrôle pas la presse. »

Vrai!

Mais ce sont les propriétaires de la presse qui ont un contrôle important sur l’état en Amérique du Nord.

C’est l’inverse et ce n’est pas mieux.

Les médias, journaux, presse électronique, sont des outils de propagande pour les grandes entreprises via les agences de presse, et les gouvernements dont la CIA.

Ça ressemble à l’ex URSS.

Les médias ont certainement une influence sur l’opinion publique, et l’opinion publique sur les politiciens, mais les propriétaires de média, à date, ne contrôlent pas l’état. Cela pourrait changer puisqu’un propriétaire de média est dans une course visant à gérer de facto l’état.

Ce qui importe c’est qu’il y ait une saine concurrence dans le marché des médias, et des opinions, et c’est ce que l’on a au Québec, au Canada, aux USA, et c’est ce qui n’existait pas en Union Soviétique.

Beaucoup de Québécois voient des manoeuvres politiques dans leur soupe. Je remarque la présence d’articles d’Yves Boivert et de Patrick Lagacé dans le Globe and Mail. Il semble y avoir une entente dans l’air entre Bell Media et Gesca. Plutôt que des manoeuvres politiques, ce que je vois dans le cas de la vente d’actifs de Gesca c’est une affaire de gros sous. Il y a un changement de cap chez Power Corp. J’espère pour eux que leurs choix seront mieux éclairés que le furent ceux des gens chez Woodbridge dans le cas de l’achat de Reuters.

« Ce qui importe c’est qu’il y ait une saine concurrence dans le marché des médias, et des opinions, et c’est ce que l’on a au Québec »

Mais le Québec n’a pas de saine concurrence à propos des médias et surtout des opinions. Les principaux médias ne sont pas neutres au Québec. Pour ne pas le reconnaître il faut vouloir être avaugle.

Rien n’a changé. L’entreprise de feu Paul Dénarais, Power Corporation, reste propriétaire de La Presse. Il a déclaré qu’il voulait un journal fédéraliste, c’est tout dire…

« Cela pourrait changer puisqu’un propriétaire de média est dans une course visant à gérer de facto l’état. »
Croyez-vous qu’un premier ministre doit être propriétaire d’un journal pour s’en servir afin d’avoir un certain contrôle sur l’état? À l’inverse, croyez-vous qu’un propriétaire de journal doit être premier ministre pour s’en servir afin d’avoir un certain contrôle sur l’état?

À propos de Gesca et de l’influence vous devriez lire sur feu Paul Démarais et ses déclarations sur le sujet.

Inutile d’aller plus loin, votre jupon du parti libéral très conservateur du Québec traîne par terre.

Bien en accord avec vous Ian, mais installez les accents sur votre ordi. Ça ne coûte pas un sous, juste quelques clics.

Ç’est votre crédibilité et votre sérieux qui est en cause.

Jambette aux péquistes qui ont toujours accusé Gesca de « contrôler l’infirmation… »!

Et maintenant les péquistes, quand votre cruche vide vendra-t-elle son contrôle de Québécor?

« Jambette aux péquistes qui ont toujours accusé Gesca de « contrôler l’infirmation… »! »

Faux!
Les péquisss ont accusé Gesca de favoriser les libéraux, le PLQ conservateur du Québec, par le biais de La Presse. Mais voilà, Gesca garde la presse.

RIEN de nouveau, rien ne CHANGE.

La CRUCHE VIDE et naïve, c’est le libertarien, néo-conservateur, malhonnête et croyant religieux dont il faut se méfier. il fait de la projection.

On a la preuve que c’est une cruche vide comme vous dites François avec sa dernière déclaration sur les immigrants sans oublier aussi ce qu’il a dit de l’achat des journaux par M.Cauchon..Il est député du P.Q. donc il ne gère plus ses journaux et pourtant de quoi il se mêle.Il va continuer ses gaffes et en plus les membres du P.Q le prennent pour un sauveur peut-être vont-ils se réveiller à temps???

Bravo pour les nouveaux actionnaires de Groupe Capital Media. D’autres ont démontrés que les journeaux régionaux peuvent avoir un avenir. Quels que soit leurs plans, ces entrepreneurs font honneur au Québec. Le monde change. Eux, au moins, ils essaient de faire progresser les choses au lieu de s’apitoyer dans le passé.

Cette transaction est un peu comme une belle page blanche sur laquelle tout reste encore à écrire. Ce « nouveau groupe » de presse aura l’opportunité de développer son propre modèle d’affaire et surtout la possibilité d’évoluer. Ce qui va dans le sens de l’information de qualité, tout comme la diversité de l’information, cela va je pense dans la bonne direction.

Un seul bémol cependant, c’est que ce groupe tourné vers l’information régionale — une information que je trouve essentielle -, ne sera pour le moment pas présent dans toutes les régions, je pense notamment évidemment à la grande région de Montréal.

D’où ma question : est-il possible de construire une presse régionale de qualité qui couvre toutes les régions de la Province, puis ultimement le cas échéant toutes les régions de toutes les provinces du Canada ? Voilà ce me semble un défi passionnant !

« D’où ma question : est-il possible de construire une presse régionale de qualité qui couvre toutes les régions de la Province, puis ultimement le cas échéant toutes les régions de toutes les provinces du Canada ? »

Ma réponse: Imaginez que seulement trois quotidiens restent et que les autres deviennent des hebdo (Que le monde ne lisent pas) ou disparaissent.

Les hebdos sont presque tous contrôlés à Montréal.

Résultat: Ils ne sont pas lus. Si on visite les édifices à logement et les condos, ces hebdos et les « publisacs » polluent les entrés jusqu’à que le concierge les mette aux vidanges.

@ Youlle,

Vous avez raison sur les faits. Rien ne vous empêche cependant de lire ces hebdos. Personnellement je les lis régulièrement et cela me permet de me tenir à jour avec ce qui se passe localement.

D’un point de vue économique. Le développement passe par les régions. Plus il y a d’activité partout et plus la prospérité a de chance d’être au rendez-vous. Les médias d’information locaux peuvent aider.

C’est du moins mon opinion.

« Les médias d’information locaux peuvent aider. »

Peu où très peu.

J’ai souvent acheté des pages dans les hebdos et c’est là que j’ai constaté que je donnais des coups d’épée dans le vide. Il y a trop de publicité et pas assez de contenu à teneur sociale.

« Le développement passe par les régions. »

Vous avez raison. Mais les entreprises régionales n’ont pas accès aux médias traditionnels pour leur région.

Espérons qu’internet va changer ce fait.

S, il aurait offert ces journaux @ Transcontinental; l’ entreprise en aurait pas voulu et peut-être qu’ il l’ ont fait aussi! Par contre M.Cauchon a acheté cela et l’ échange doit s’ être faite comme au hockey soit pour des considérations futures!

Plus on en apprend plus ca prend l’allure d’une farce …

Le groupe creer a la derniere minute …

Le gars qu’ont connais aucun interet pour les medias …

Le fait qu’on se doute que ca rapporte pas grand chose ou meme deficitaire … si c’etait rentable les Desmarais aurait garde ces journaux ….

Que le gars a pas de fortune et que les Desmarais ont du financer la transaction …

Que le gars a meme hypothequer sa maison dans la derniere annee …

Que le gars arrive et garde le meme monde en poste, il change rien a rien, rien de nouveaux …

—-

A terme la seule conclusion c’est que les Desmarais ont voulu trouver un twit pour porter l’odieu de la fermeture … un volontaire ….

Il va jouer le je , faire a croire de vouloir reprendre la patente … mais a terme la grande finale est connue et c’est la cle dans la porte …

Meme les journalistes de ces journaux en entrevue … essaie faussement d’etre positif mais on peut lire a travers leur mauvais theatre.

Et a terme on le sais la grande famille liberale sait recompenser son monde … on va trouer un emploi a Martin quelque part chez power apres ….

—–

Sur le texte ici …

Le texte ici est non seulement complaisant mais malaisant …

« A terme la seule conclusion c’est que les Desmarais ont voulu trouver un twit pour porter l’odieu de la fermeture … un volontaire …. »

Exactement!

Il paraît aussi que la presse n’est pas rentable. Alors pourquoi l’ont-il gardé?

Pour continuer à faire de la propagande.