La vie, à 20 dollars le baril

La chute du prix du baril de pétrole et celle du dollar canadien ont des conséquences qui se font sentir bien au-delà de l’Alberta.

Il y a quelques années, quand Michael Steele, pilier du parti républicain, a exhorté les pétrolières à tout mettre en œuvre pour trouver du pétrole dans le sous-sol des États-Unis — afin de donner au pays son indépendance énergétique —, il ne croyait pas qu’elles l’écouteraient à ce point. Elles ont foré les champs pétrolifères du Texas, du Dakota du Nord, du Colorado, et ont planté leurs derricks dans tous les recoins possibles. Et une mer de pétrole a fini par jaillir. Au point de provoquer la plus importante révolution énergétique des dernières décennies. En 40 ans, la production n’a jamais été aussi forte, les réserves aussi élevées… et les prix aussi bas. À la mi-janvier, le prix du baril est même descendu sous la barre des 30 dollars américains, du jamais-vu en 12 ans.

Depuis, les prévisions des analystes sont toutes plus alarmistes les unes que les autres. Goldman Sachs, le Fonds monétaire international, Morgan Stanley ont tour à tour prédit des prix de plus en plus bas, à 25 voire 20 dollars américains.

Pour l’analyste financier et auteur américain Gary Shilling, la planète pétrole est plongée dans une lutte à finir : qui, parmi les pays producteurs, réussira à tenir le plus longtemps avec des prix aussi faibles.

Et coincé au milieu des hostilités : le Canada. Alors que tous croyaient que seules les provinces productrices de pétrole — Alberta, Saskatchewan et Terre-Neuve —seraient touchées par la débâcle, des signes montrent que c’est l’ensemble du pays qui commence à souffrir. À la mi-janvier, Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, a rappelé aux Canadiens l’ampleur du drame qui se dessine. La chute du cours du pétrole se traduira par un manque à gagner de 50 milliards de dollars dans le revenu national du pays. C’est l’équivalement de 1500 dollars par Canadien. Hommes, femmes et enfants confondus.

Cela dit, la situation actuelle ne fait pas que des malheureux. D’aucuns estiment que la dégringolade des prix de l’or noir jumelée avec la faiblesse du dollar canadien vont permettre aux exportations du secteur manufacturier (hors pétrole) de connaître de nouveaux sommets.

Alors, bon ou mauvais, le pétrole pas cher? Qui gagne et qui perd?

Les gagnants

Le tourisme

Le nombre de touristes internationaux au Canada l’an dernier a atteint des niveau qu’on n’avait pas vu depuis la crise financière de 2008. Avec notre dollars en chute libre, non seulement les touristes sont plus nombreux, mais ils restent plus longtemps.

Les automobilistes

Le prix de l’essence a chute avec celui du baril de pétrole. Résultat : les automobilistes canadiens épargneront ensemble des milliards de dollars en essence.

Les ventes de VUS

Le faible coût de l’essence aidant, les Canadiens se sont rués sur les véhicules utilitaires sports et les minifourgonnettes. L’an dernier, 1,2 million de ces véhicules ont été vendus au Canada, un bond de 8,8% par rapport à 2014.

Les perdants

Le marché boursier

L’indice S&P/TSX a perdu presque 7% de sa valeur par rapport à 2011. Au cours de la même période, le S&P 500 s’est apprécié de plus de 50%.

Les prix des aliments importés

Faire l’épicerie pourrait coûter jusqu’à 345 dollars de plus cette année.

Les chercheurs d’emploi

L’incertitude économique pourrait convaincre les entreprises de repousser les embauches de personnel.

[Texte tiré du magazine Maclean’s. Traduction: Daniel Chrétien]

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8 commentaires
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Quoiqu’il en soit, ce sont toujours les particuliers qui sont perdants. Rappelez-vous il y a six ou sept ans alors que l’essence ne cessait d’augmenter, les entreprises de transport, taxis, autobus, aviation etc. ont fait des pressions énormes auprès des gouvernements pour qu’elles puissent augmenter leurs tarifs en ajustant leurs coûts au prix du baril de pétrole. Avez-vous remarqué une baisse de ces mêmes tarifs depuis six mois, un an ? Pas du tout et je vous prédis même ceci: Quand les prix à la pompe vont se remettre à grimper vers $1.50 le litre et plus, car ça va arriver ça aussi un jour, ces mêmes entreprises vont rajuster leurs prix à la hausse pour les mêmes raisons qu’il y a sept ans. La repousse sera à peine sortie que les moutons se feront raser encore et encore. Et vive le pétrole !

Avez vous entendu parler de la « taxe assenceur » que J. Parizeau a mis en place en 1978. Veuillez vous rapporter au lien suivant : http://quebec.huffingtonpost.ca/alexandre-dumas/peage-stm_b_1248057.html pour en avoir une idée mais veuillez consulter les archives de l’Assemblée nationale de 1978 pour mieux comprendre l’effet pervert de cette mesure cachée que très peu connaisse compte tenu de sa date de promulgation. Veuillez aussi consulter les taux pour les grandes villes, vous verrez qu’à Toronto, le litre le plus dispendieux est de 17 cents moindre qu’à Montréal pour le même produit et atteint 24 cents dans certaines catégories. Le pétrole c’est avant tout une question de taxes (fédérale et provinciale) c’est comme le prix des tomates en hiver dont le coût en pétrole pour les faire parvenir au Québec est au moins deux fois plus élevés que le prix de la tomate elle-même.

Je suis d’accord avec michel martin concernant les grands perdants.

L’écart entre le Québec et l’Ontario peut potentiellement s’expliquer par la collusion. Quoique je serais surpris que ce phénomène n’existe pas en Ontario…

De toutes façons, les gens sont un peu braillards au Québec sur le prix de l’essence. Celui-ci doit être très élevés pour que les gens diminuent un peu (très peu) l’achat de véhicules énergivores…

« mais veuillez consulter les archives de l’Assemblée nationale de 1978 pour mieux comprendre l’effet pervert de cette mesure cachée que très peu connaisse compte tenu de sa date de promulgation »

Les taxes sur l’essence sont connues de tous ceux qui mettent de l’essence dans leur véhicule. Certaines stations affichent même la part du coût qui revient en taxe et l’information est disponible sur le site du gouvernement: http://www.revenuquebec.ca/fr/sepf/formulaires/ca/ca-1/default.aspx

Un moment donné il faut arrêter de raconter des mensonges…

A partir d’autour de 30$ (ou l’équivalent de 30/159 = moins de 0,20 $ sous américain le litre) le pétrole raffiné et vendu à la pompe est beaucoup trop cher au Québec. Pourquoi caché toutes ces taxes sur les imprimés remis à la clientèle … sur le carburant, sur le transport en commun, sur le carbone d’ont le Québec à été pourtant exempté cette année et ce, sans compter la dernière TAXE de ventes qui vient taxer en surplus, les taxes précédentes préalablement énumérées.

Quand la bulle de l’industrie du schiste éclatera, avec tous ces petits producteurs endettés jusqu’au cou, qui paiera la note ? Les petits, les sans-grade, bien sûr, qui viendront à leur secours.