Faut-il sauver Osisko ?

L’offre hostile de la société minière Goldcorp pour mettre la main sur le producteur d’or québécois Osisko touche deux cordes particulièrement sensibles : la propriété des entreprises québécoises et leur place dans le développement de nos ressources naturelles, dit Pierre Duhamel.

June 24 2011- Sean Roosen, CEO of Osisko Mining Corp., which just opened Canada's biggest gold marke
Photo : David Cooper / Toronto Star / Getty Images

L’offre hostile de la société minière Goldcorp (en Colombie-Britannique) pour mettre la main sur le producteur d’or québécois Osisko touche deux cordes particulièrement sensibles : la propriété des entreprises québécoises et leur place dans le développement de nos ressources naturelles.

Ces deux éléments donnent à la transaction une saveur à la fois économique et politique qui fait penser au grand débat qui a entouré la vente d’Alcan à la société minière australo-britannique Rio Tinto, en 2007.

L’importance d’Osisko

Osisko est née de l’intuition et des efforts de Robert Wares, un géologue montréalais qui a vu le potentiel encore inexploité de l’ancienne mine de Canadian Malartic, en opération de 1935 à 1983.

La société Osisko a été créée en 2004 pour exploiter une mine à ciel ouvert qui a nécessité le déménagement d’un quartier de la ville de Malartic, en Abitibi-Témiscamingue. La mise en valeur du projet a coûté 1 milliard de dollars, dont la moitié a été dépensée dans la région.

Ceux qui n’aiment pas les mines trouvent abject qu’une société ait pu détruire un milieu social. Ceux qui aiment les mines vous diront que les habitants de Malartic n’ont jamais occupé de si bons emplois et vécu dans de si bonnes conditions, tout comme ils n’ont jamais été aussi riches.

L’exploitation a commencé en 2011, et on évalue que la mine produira 500 000 tonnes d’or pendant 16 ans. On parle ici d’une mine de grande qualité contenant des réserves d’or de 10 millions d’onces.

L’entreprise emploie 700 personnes et a investi dans deux autres propriétés, l’une en Ontario et l’autre au Mexique. Son objectif est de produire d’ici quelques années 1 million d’onces par an, ce qui en ferait un producteur aurifère de niveau intermédiaire. Son siège social est à Montréal et c’est la plus grande société minière à propriété québécoise.

Le géant Goldcorp

La société qui veut acheter Osisko est le deuxième producteur d’or au monde. Goldcorp fait sept fois la taille d’Osisko, tant en ce qui a trait aux ventes qu’à la valeur en Bourse. En 2012, elle a extrait 2,4 millions d’onces d’or de ses 12 mines d’or, 5 au Canada et 7 autres au Mexique et en Amérique centrale et du Sud.

Elle a huit autres projets en développement, dont Éléonore, un gisement d’or de classe mondiale situé à la baie James et découvert en 2004 par la société d’exploration minière Virginia Gold et son président, André Gaumond. C’est l’une des sociétés aurifères les moins endettées et elle regorge de liquidités. Son siège social est à Vancouver.

C’est dans la nature même du capitalisme qu’une entreprise tente de grandir en en achetant une autre. Une entreprise est condamnée à croître pour étendre ses marchés, diversifier ses risques et combler ses actionnaires. Et plus elle est grosse et qu’elle a du succès, plus il est difficile pour un concurrent de s’en emparer.

Par exemple, celui qui voudra mettre la main sur Couche-Tard devra au bas mot y mettre quelque 17 milliards de dollars — à peine moins qu’il n’en faudrait pour acheter Loblaw ! Voilà en tout cas, la valeur de toutes ses actions en circulation.

Osisko est à la fois trop grande et trop petite. Ce n’est plus une PME depuis longtemps, mais ce n’est pas encore un géant. C’est une société qui compte et qui est fort bien gérée, mais qui est encore vulnérable dans un secteur où la concentration est implacable. Elle n’a pas encore la taille d’un prédateur, mais elle est fort appétissante.

Ce n’est pas non plus une entreprise familiale comme Bombardier ou Quebecor, où le contrôle de l’entreprise est assurée par des actions à vote multiple. L’actionnariat est diversifié et on ne connaît pas d’actionnaire prépondérant qui pourrait empêcher Goldcorp de mettre la main sur les actions qu’il lui faut.

Son principal détenteur d’actions est Van Eck Associates, un gestionnaire de fonds de New York qui possède 7,85 % des actions, selon Morningstar. La Caisse de dépôt et de placement du Québec détiendrait 4,4 % des actions, selon ma collègue Sophie Cousineau du Globe and Mail, citant Bloomberg.

Goldcorp profite d’une conjoncture favorable pour acheter son concurrent à prix d’aubaine. Le prix de l’or a culbuté de presque 30 % en 2013, passant de 1693 dollars l’once en début d’année à 1204 dollars l’once le 31 décembre dernier.

L’action d’Osisko n’a pu faire autrement que de suivre la tendance, accusant elle aussi une baisse de 30 % l’an dernier. Le prix de l’action touchait les 15 dollars en 2010 et 2011, alors qu’il oscille entre 3 et 5 dollars depuis plusieurs mois. Malgré l’offre de Goldcorp, la remontée a été modeste, le titre valant 6,28 dollars vendredi matin.

Premier enjeu : faut-il permettre la vente de ce qui est devenue l’une des plus belles entreprises du Québec ?

Personnellement, je suis porté à laisser aller les choses. Comment peut-on à la fois empêcher la vente des belles entreprises québécoises tout en encourageant nos CGI et Couche-Tard à étendre leur domination sur d’autres marchés ? Cela m’échappe.

On apprenait cette semaine que le Mouvement Desjardins devenait bon second dans les assurances de biens au Canada anglais grâce à une importante acquisition, et que Saputo semblait en excellente position pour avaler une société australienne qui lui ouvrira les portes du marché chinois.

Comment réagirait-on si les milieux d’affaires torontois voulaient empêcher la transaction de Desjardins ? Oh qu’on ne serait pas content ! Il me semble que Goldcorp se trouve dans la même situation, même si la transaction n’est pas conclue.

Deuxième enjeu : faut-il permettre la vente d’une société phare dans le domaine des ressources naturelles ?

Le gouvernement a drôlement réagi à l’opération de Goldcorp. On semblait d’abord vouloir en faire un cas d’espèce pour montrer que le Québec n’est pas l’enfer minier qu’on dépeint.

Pour Charles A. Jeannes, le PDG de Goldcorp, le Québec est «l’un des meilleurs endroits au monde pour exploiter une mine». À sa place, j’aurais dit la même chose. D’abord pour convaincre mes propres actionnaires que les 2,6 milliards de dollars qu’on veut investir le seront dans un endroit sûr et accueillant.

Le PDG de Goldcorp veut aussi s’assurer à tout le moins de la neutralité du gouvernement car, si tout va bien pour lui, il aura deux joyaux au Québec. Si les actionnaires d’Osisko lui cèdent leurs actions, son entreprise soutirera 1,1 million d’onces d’or par année du sous-sol québécois quand la mine Éléonore sera en activité.

Si le gouvernement décide de bloquer la transaction, il faudra investir environ 1 milliard de dollars dans Osisko pour obtenir les 33 % d’actions capables de bloquer la transaction.

Voilà un pari risqué, compte tenu du cours de l’or. Les spécialistes ne sont guère optimistes sur une remontée du cours de l’or en 2014 en raison de la vigueur retrouvée de l’économie américaine.

Qu’en sera-t-il au cours des prochaines années ? Celui qui investit dans une société aurifère assume ce risque en âme et conscience. Peut-on en dire autant de celui dont une partie de ses revenus de retraite dépendent de la bonne performance de la Caisse de dépôt qui gère les fonds de pension publics ?

Nationaliser ? On accroît le risque et on fait le pari que le gouvernement se métamorphose en un excellent développeur minier.

Et si on invitait plutôt Goldcorp à déménager son siège social à Montréal ? En 2010, l’ancien gouvernement avait convaincu la pharmaceutique californienne Valeant de faire de Laval son centre décisionnel mondial. Valeant est l’une des pharmaceutiques les plus dynamiques au monde et aspire à faire partie des cinq leaders mondiaux de son domaine. L’an dernier seulement, elle a conclu 25 acquisitions.

Prenons au mot le président de Goldcorp, lui qui aime tant le Québec !

La suite des choses

Le conseil d’administration d’Osisko a jugé l’offre insuffisante l’offre de Goldcorp. Il pourrait aussi compliquer et retarder la tâche du prédateur en adoptant différentes mesures, qui seront autant d’obstacles sur la route de Goldcorp.

Ultimement, ce sont ces actionnaires qui décideront de vendre ou de ne pas vendre leurs actions. Je pense que l’offre actuelle est trop faible, mais il se pourrait qu’une offre plus élevée satisfasse les investisseurs institutionnels qui doivent offrir de bons rendements aux cotisants des régimes de retraite ou aux détenteurs de fonds communs d’investissement.

Il se peut que la vente d’Osisko soit inévitable et que cela ne soit maintenant qu’une question de prix.

 

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Au chapitre des transferts de sièges-sociaux de compagnies minières vers le Québec, nous pouvons mentionner le transfert récent de la société Stornoway Diamonds qui a déplacé son siège de North-Vancouver (BC) à Longueuil (QC), il semblerait par conséquent que le Québec ne soit pas cet enfer pour les compagnies minières dont certaines personnes peu avisées parlent sans trop savoir vraiment.

La réalité est que le Québec dispose d’atouts indéniables pour recevoir des compagnies, des sièges-sociaux et des investisseurs dans toutes sortes de domaines nouveaux et intéressants. L’autre réalité se trouve dans la mondialisation, les sièges-sociaux n’ont pas tous nécessairement besoin d’être flamboyants et très gros dans diverses activités. Le travail en réseau permet de déplacer les centres de décisions directement sur les bases opérationnelles. Ce qui logiquement devrait placer en premier l’efficience et l’efficacité dans la plupart des processus de décision.

Il semble assez évident que Goldcorp souhaite développer sa position au Québec ce qui signifie que s’ils ne transportent pas leur siège Vancouvérois, ils garderont certainement une part importante des bases administratives d’Osisko. Une rationalisation des activités québécoise permettrait probablement aussi d’optimiser les coûts de l’extraction. C’est en principe la carte maîtresse de Goldcorp : la rapidité d’extraction à coût peu élevé. La valeur de l’action de cette compagnie plaide en sa faveur pour les actionnaires qui pourraient tout dépendamment du type de transaction se voir échanger leurs actions OSK contre de nouvelles actions de G.

Ainsi par exemple les actions d’Osisko clôturaient vendredi à 6,47 $ + 0,22 (+3,52 %) et celles de Goldcorp à 25,43 $ + 1,05 (+4,31 %) ; un échange de 1 action de G contre ± 3 actions d’OSK constitueraient une excellente transaction pour les détenteurs. — Quoiqu’il en soit, la proposition de Goldcorp peut être considérée comme une OPA hostile, c’est donc aux actionnaires d’avoir le dernier mot et de savoir s’il vaut la peine de résister ou alors bien pas ; pour se laisser avaler tout rond par tous ces ineffables ravageurs directement issus du ROCanada 🙂

Ce qu’il y a de plus québécois dans Osisko c’est probablement son personnel d’exploitation à partir de sa haute direction jusqu’à sa base, ces personnes ont les connaissances et l’expertise qui ont permis la planification, l’organisation et la mise en opération de leur site de Malartic et le redéploiement de la ville de Malartic. Le fait que son siège social soit au Québec, donc que les décisions importantes sont prises ici est un plus pour le Québec et un point qui nous amène à qualifier Osisko d’entreprise québécoise.

Mais, pour passer de leur découverte du potentiel du gisement de Malartic à l’entreprise d’aujourd’hui, les fondateurs ont utilisé des capitaux en provenance de fonds internationaux et de toute évidence puisque que GoldCorp a pu lancer une OPA hostile sur Osisko c’est que les fondateurs ne possèdent pas suffisamment de droits de vote pour contrôler l’entreprise, les autres gros actionnaires québécois non plus; il me semble que s’il y a avait eu à Osisko une volonté de demeurer québécoise et en contrôle l’entreprise aurait pris les moyens de se protéger contre une possible prise de contrôle hostile, mais ce n’est pas le cas.

Alors c’est l’histoire qui se répète, pour assurer sa croissance, une plus grosse entreprise mise prend le contrôle d’une plus petite, comme IamGold a mis la main sur CAMBIOR en 2006, c’est maintenant GoldCorp qui tente la même chose sur Osisko et lorsqu’on regarde d’un peu plus près qui est Osisko on trouve dans sa haute direction et dans les membres de son conseil d’administration plusieurs personnes en provenance de… IamGold, des anciens de Cambior et des fondateurs qui siègent sur le C.A des fonds internationaux qui ont permis le lancement d’Osisko… le monde est tout petit !

La question était quoi ? Ah oui, « Faut-il sauver Osisko » mais de quoi ? Sa direction recommande dans le moment à ses actionnaires de ne pas accepter l’offre de GoldCorp mais ne ferme pas la porte à se vendre à plus offrant, rien ne nous indique qu’ils se soucient du fait que le siège social de la compagnie se déplace à l’extérieur du Québec, c’est l’importance du gain en capital qui risque d’être le principal critère de décision.

Les chances semblent fortes que GoldCorp bonifie son offre et que les actionnaires d’Osisko l’acceptent, alors il y aurait perte du siège social donc du contrôle des décidons d’Osisko au Québec et alors le statut de la grosse minière aurifère du Québec serait semblable aux autres minières toutes catégories confondues : Une multinationale qui exploite des ressources naturelles d’ici avec des ressources humaines compétentes d’ici et qui laisse des taxes, des impôts et un peu de redevances ici.

Dans le débats entourant le développement du potentiel minier du Nord du Québec, tous les partis politiques ont convenu qu’une façon pour le Québec de mieux tirer avantage de ses ressources minières c’était de prendre part au capital-action des minières exploitantes, du moins des plus prometteuses et le gouvernement est passé à l’action via Investissement Québec dans Stornoway (diamant), la logique voudrait qu’on fasse de même cette fois avec la plus grosse mine d’or du Québec, mais les ressources financières du Québec pour le faire sont limités, Osisko sera-t-elle la suivante ? Ce serait un moyen de « sauver Osisko » dans le sens où vous l’entendez.

Question: « on évalue que la mine produira 500 000 tonnes d’or pendant 16 ans. On parle ici d’une mine de grande qualité contenant des réserves d’or de 10 millions d’onces. »
Comment peut-on produire 500,000 TONNES d’or à partir de réserves de 10 millions D’ONCES (soit 312 TONNES et des poussières)???