La grande rédemption

Le Canada arrive maintenant au premier rang parmi les grands pays avancés pour la proportion d’entrepreneurs « émergents » dans leur population active.

Photo : Daphné Caron

Les révélations faites par la commission Charbonneau de 2012 à 2014 sur la corruption de certains acteurs de l’industrie de la construction ont terni la réputation de l’ensemble des entrepreneurs du Québec. En 2012, plus des deux tiers des Québécois les jugeaient généralement honnêtes. Depuis 2014, moins de la moitié sont de cet avis.

Mais tout n’est pas perdu, loin de là. Environ 80 % de nos concitoyens restent d’avis que les entrepreneurs sont des créateurs d’emplois et de richesse et qu’il est possible de s’enrichir de façon juste et équitable en exerçant cette activité. À partir des résultats d’un sondage de 2016 couvrant 65 pays, les professeurs Étienne St-Jean et Marc Duhamel, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, ont même trouvé que la valorisation de l’entrepreneuriat comme bon choix de carrière était plus forte au Québec que dans les autres provinces canadiennes et dans tous les grands pays avancés.

Ce ne sont pas que de bons sentiments. Les Québécois sont passés à l’action. L’enquête annuelle réalisée dans la province par Léger et la Caisse de dépôt a montré que les intentions de créer une entreprise et les démarches concrètes effectuées à cette fin ont toutes les deux triplé de 2009 à 2017. L’enthousiasme pour l’entrepreneuriat se concrétise également dans les autres provinces. Le graphique ci-dessous indique que le Canada arrive maintenant au premier rang parmi les grands pays avancés pour la proportion d’entrepreneurs « émergents » dans leur population active.

Le sondage Léger–Caisse de dépôt 2017 a évalué que 41 % des jeunes Québécois de 18 à 34 ans ont l’intention de créer une entreprise. Les chercheurs de l’UQTR, eux, ont noté que ceux-ci n’ont rien à envier aux jeunes des autres provinces à cet égard. Ils ont par contre observé que, parmi les 45 ans ou plus, les intentions entrepreneuriales sont beaucoup moins répandues au Québec qu’ailleurs au Canada. Il est permis d’être optimiste et d’y voir le marqueur d’une nette progression de la culture entrepreneuriale d’une génération à l’autre au Québec.

Les immigrants au Québec se distinguent également. Ils sont deux fois plus nombreux que les natifs à vouloir se lancer dans les affaires et à faire des gestes concrets pour y arriver. Dans leur cas, c’est souvent par nécessité. Les chercheurs Feng Hou et Shunji Wang, de Statistique Canada, ont constaté que, parmi les travailleurs autonomes, les immigrants arrivés au Canada depuis moins de 10 ans sont deux fois plus susceptibles que les Canadiens d’origine d’avoir commencé à travailler à leur propre compte en raison de leurs difficultés à trouver un emploi. Or, on sait que le travail autonome conduit souvent à la création d’une entreprise.

L’entrepreneuriat féminin, pour sa part, a considérablement progressé depuis 20 ans, notamment en raison de l’ascension rapide de la scolarisation collégiale et universitaire des femmes et des mesures de conciliation travail-famille, comme l’accès universel aux garderies à tarif modique. Le retard traditionnel de l’entrepreneuriat féminin paraît s’atténuer avec le passage des générations. Le sondage Léger–Caisse de dépôt a estimé qu’il y avait deux fois moins de femmes que d’hommes propriétaires d’entreprise au Québec parmi les 50 ans ou plus, mais que trois femmes pour quatre hommes étaient propriétaires parmi les 18 à 34 ans.

Le sondage a aussi révélé qu’il y avait autant de femmes que d’hommes parmi les répondants qui étaient propriétaires depuis moins d’un an. Ces résultats permettent d’être optimiste quant à l’avenir de l’entrepreneuriat féminin, à condition qu’on ne relâche pas les efforts pour l’encourager.

En lui-même, un bon rythme de création d’entreprises favorise la prospérité. Mais encore faut-il que les entreprises nouvellement créées survivent ! C’est à cette étape qu’il faut maintenant s’attaquer. Car, selon le même sondage Léger–Caisse de dépôt, « trois propriétaires québécois sur cinq ferment leur entreprise avant qu’elle ne franchisse le cap des cinq ans ».

Il faut se réjouir de l’engouement extraordinaire des dernières années pour l’entrepreneuriat. Toutefois, la créativité initiale ne suffit pas. Ce n’est pas tout de démarrer son entreprise, il faut qu’elle croisse malgré les embûches. Le soutien de bons conseillers, de bons gestionnaires, de bons banquiers et de dirigeants tenaces est essentiel. Les risques ne peuvent pas tous être contournés, bien sûr. Mais il faut en minimiser l’importance et la portée.

 

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4 commentaires
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Dans une étude plus exhaustive publiée en juin 2017 par la Banque Mondiale sur le même thème, on obtient des résultats sensiblement différents de ceux présentés ici dans le sondage Léger-CDPQ. La méthodologie de la BM est certainement différente, elle accorde des points, ne prend en compte que les pays ; cependant leur calcul est pondéré avec l’importance des agglomérations et non spécifiquement suivant les régions (provinces).

Si au niveau mondial le Canada fait très bonne figure avec un deuxième rang au chapitre de la création d’entreprises, juste après la Nouvelle-Zélande (non prise en compte dans le sondage Léger-CDPQ), l’Australie pointe quant à elle au 14ième rang.

Le choix des pays du sondage Léger-CDPQ est plus restrictif.

En termes de création d’entreprises, le Québec se comparerait plus adéquatement à la Finlande actuellement, laquelle pointe au 13ième rang. Tout cela bien sûr est très encourageant. Cependant l’exemple de la Finlande est intéressant. Je ne sais s’il se vérifie pleinement au Québec, il mérite d’être mentionné.

En Finlande, la croissance du nombre de nouvelles entreprises s’explique aussi par l’essoufflement du modèle social finlandais et du modèle économique dont le vaisseau amiral était en l’occurrence Nokia.

Cette « nouvelle culture » entrepreneuriale, pourrait être due à la faiblesse des « États providences » qui ne peuvent régler tous les problèmes auxquels font face la population. D’où la recherche d’alternatives.

Cette tendance à l’accroissement de l’entrepreneuriat, se vérifie ailleurs. Aussi en France notamment où l’État incapable depuis des décennies, de reformer le « contrat social » ; doit toujours jongler avec environ 10% de la population active (généralement bien éduquée) laquelle ne peut trouver d’emploi. Ce n’est donc pas un hasard, si le gouvernement d’Édouard Philippe met actuellement tout en œuvre pour réaliser cette transition.

La question reste de savoir, ce qui est présenté ici par Pierre Fortin, si les entrepreneurs pourront et auront les moyens de créer assez de richesse pour survivre et générer assez de nouveaux emplois. Si ce qui était considéré naguère comme des « acquis sociaux » n’est pas en train de disparaître avec les nouveaux modèles économiques qui s’en viennent. On peut penser à une certaine « uberisation ».

— Tous entrepreneurs… mais cette fois à rabais !

« Il faut se réjouir de l’engouement extraordinaire des dernières années pour l’entrepreneuriat. »

Faut-il aussi « se réjouir de l’engouement extraordinaire » d’une nouvelle classe d’entrepreneuriat, Docteur Inc. ?

Personnellement, je dois être parmi ces 20 % de citoyens qui croient que c’est l’État qui crée la richesse. Il faut croire à la magie ou aux miracles pour s’imaginer qu’on peut devenir plus riche avec la même masse de monnaie. Cela exige nécessairement qu’il y ait de la création monétaire. Le seul à pouvoir créer de la monnaie d’une manière permanente est l’État lorsqu’il dépense. Ce faisant, de l’argent nouveau est remis dans le circuit, permettant aux consommateurs d’acheter les biens ou services de ces nouveaux entrepreneurs qui pourront s’enrichir et créer de l’emploi.

Disons-le, personne risquera d’entreprendre, si la demande pour des biens ou services n’existe pas ou si celle-ci n’est pas assez forte, surtout quand l’État pratique un régime d’austérité. Dans ces cas-là, ce n’est pas un taux d’échec de 60 % qui se présente, mais un taux d’échec de 100 %.

L’État ne crée aucune richesse. AUCUNE!

Il ne fait que la redistribuer après avoir détroussé ceux-là même qui l’ont créée.

@François 1
Une autre de vos réponses prémâchées sans trop réfléchir d’où vient la monnaie parce que « dans une économie monétaire de production, la monnaie est indispensable pour lancer le processus productif … comme l’objectif capitaliste est de récupérer du profit monétaire, la production n’a pas d’autre objectif que de faire rentrer plus d’argent que le capital n’en a avancé. » (Harribey)

Si l’État ne crée pas de richesse, pourquoi ces entreprises supposées créatrice de richesse se lamentent-elles toujours de ne pas recevoir assez de subventions de l’État? Que dire de celles qui font des menaces de toutes sortes si elles ne recoivent pas un tarif d’électricité avantageux quand elles profitent déjà d’un tarif bon marché ou ces autres entreprises qui recoivent de l’État le financement de la moitié des salaires ? Que dire aussi des PPP où c’est l’État qui paie les factures quand les coûts dépassent les prévisions ? Et quoi penser des États qui sauvent leurs entreprises de la faillite quand elles étaient prétendument trop grosses pour faire faillite (GM, quelques grandes banques à travers le monde et ici Bombardier qui aurait dû faire faillite plusieurs fois).