L’agroalimentaire canadien durement touché par les sanctions chinoises

L’escalade des tensions entre le Canada et la Chine, provoquée par l’arrestation de la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou, fait une victime collatérale importante : la viande canadienne.  

Image : Pixabay

Les relations entre la Chine et le Canada se sont détériorées à la suite de l’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei.

Elle risque d’être extradée vers les États-Unis pour avoir aidé l’Iran à échapper aux sanctions américaines. En plus de détenir deux Canadiens en représailles, le fossé diplomatique a également eu des conséquences négatives sur le commerce bilatéral entre le Canada et la Chine.

Le secteur agroalimentaire canadien en ressent les effets négatifs au premier chef. Il y a d’abord eu l’interdiction chinoise d’importer du canola en provenance du Canada. Les relations cordiales qui existaient entre les deux pays ont alors commencé à se détériorer.

Mais maintenant, les tensions se sont intensifiées avec l’interdiction par la Chine d’importer toute viande en provenance du Canada. Cette décision survient après la découverte de 188 certificats vétérinaires falsifiés et des résidus de ractopamine dans une cargaison de porcs d’un producteur canadien. Le gouvernement canadien a fait appel à la GRC pour enquêter sur un certificat d’exportation falsifié.

La ractopamine est un additif alimentaire utilisé pour favoriser la minceur chez les animaux destinés à la consommation domestique. Bien que son utilisation soit autorisée sous certaines conditions en Amérique du Nord, elle est interdite ailleurs, notamment en Chine, au Japon et dans l’Union européenne.

La viande interdite

L’interdiction actuelle pourrait compromettre les accords de coopération entre l’Agence canadienne d’inspection des aliments et l’Administration générale du contrôle de la qualité, de l’inspection et de la quarantaine chinoise. Cela comprend l’accord signé en 2012 pour le boeuf, les produits du boeuf, le suif et les produits laitiers canadiens.

Sur le marché mondial du bétail, le Canada est un acteur de premier plan, surtout dans le secteur des bovins et des porcs. Le Canada est bien intégré à l’économie mondiale et son industrie de l’élevage dépend fortement de l’accès aux marchés étrangers pour vendre sa production intérieure excédentaire.

Pour les bovins et les produits à base de viande bovine, la part de la production nationale exportée est d’environ 50 %. Pour les produits du porc, c’est plus de 70 %, selon Agriculture et agroalimentaire Canada.

La part du bétail, y compris les animaux vivants, la viande rouge et les autres produits d’origine animale, représentait plus de 17 % du total des exportations agroalimentaires en 2016. Cela illustre l’importance du bétail pour la croissance du secteur agricole au Canada.

Les exportateurs canadiens de bœuf et de porc dépendent de plus en plus de la Chine. Ce n’est pas surprenant — la Chine est un acteur important sur le marché mondial de la viande en raison de sa population de plus de 1,3 milliard de personnes. C’est aussi la deuxième plus grande économie du monde , avec un PIB de plus de 13 milliards de dollars US.

Les consommateurs chinois veulent de la viande canadienne

Les consommateurs chinois ont répondu à une demande dont les exportateurs canadiens avaient grand besoin. Les exportations ont contribué à maintenir le revenu agricole canadien et à accroître les marges bénéficiaires. Par conséquent, la suspension actuelle des importations de viande canadienne par la Chine augmentera le risque financier et l’incertitude pour les industries canadiennes du bœuf et du porc.

Selon les données sur le commerce bilatéral de Statistique Canada, la Chine a augmenté régulièrement ses importations de porc et le Canada en a profité. Entre 1997 et 2017, les exportations mondiales de porc du Canada ont augmenté de 153 %. Parallèlement, le Canada a augmenté ses exportations chinoises, qui sont passées de 2,4 millions de dollars à 560 millions de dollars.. La Chine représente plus de 22 % de toutes les exportations canadiennes de porc en 2019, ce qui en fait le troisième importateur en importance du Canada derrière le Japon et les États-Unis.

Près de la moitié du porc exporté par le Canada vient du Québec: sur des exportations québécoises de 1,6 milliard de dollars de produits du porc en 2017, environ 283 millions de dollars ont pris le chemin de la Chine. Tout comme les producteurs eux-mêmes, le premier ministre François Legault s’est d’ailleurs dit très inquiet de la situation, et il en a discuté avec le ministre des Finances du gouvernement Trudeau, Bill Morneau.

Le producteur de canola David Reid vérifie ses bacs de stockage remplis de la récolte de canola de l’an dernier sur sa ferme près de Cremona, en Alberta, en mars. Les entreprises chinoises – l’un de ses principaux marchés – ont cessé d’acheter ses produits. La Presse Canadienne/Jeff McIntosh

Par ailleurs, en juin 2011, le Canada est devenu le premier pays à regagner l’accès au marché chinois du bœuf après avoir été touché par l’encéphalopathie spongiforme bovine. L’accord visant à autoriser l’entrée sur le marché a stimulé les exportations de bœuf. Le Canada est passé de 12 465 dollars d’exportations de boeuf en 2010 à 82,9 millions de dollars en 2017. Les exportations de boeuf ont connu leur apogée en 2015 avec 255 millions de dollars.

Les obstacles au commerce, ou l’interdiction d’accès au marché chinois, pourraient ainsi avoir un effet important sur la commercialisation des produits canadiens et des conséquences financières substantielles pour les secteurs du boeuf et du porc, très dépendants des exportations.

L’escalade des tensions entre les deux partenaires menace de perturber la croissance des exportations canadiennes de viande vers la Chine. Les perturbations du marché auront d’importantes répercussions sur la croissance à long terme et les perspectives du secteur canadien de l’élevage.

Il faut se diversifier

Il est urgent que le gouvernement canadien règle son contentieux diplomatique avec la Chine. Cela est d’autant plus essentiel que la plupart des gens estiment que les restrictions commerciales imposées au Canada par la Chine sont motivées politiquement, notamment par la détention de la directrice financière de Huawei.

Si ces restrictions commerciales sont véritablement dues à des préoccupations liées à la salubrité des aliments et qu’il s’agit de protéger les consommateurs chinois, il incombe au Canada d’améliorer ses exigences. Et de bloquer tout échappatoire illégal dans la délivrance ou l’acquisition de certificats vétérinaires pour l’exportation de produits de la viande.

Le Canada devrait également envisager d’interdire la ractopamine dans la production canadienne de viande afin de se conformer aux normes en Europe et dans d’autres régions d’Asie.

Mais la diversification des marchés, grâce à des accords commerciaux régionaux comme l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressif et l’Accord économique et commercial global permettront aux producteurs canadiens d’accéder à un ensemble diversifié de marchés. Face aux tensions diplomatiques sino-canadiennes, le Canada devrait continuer d’orienter ses efforts vers l’accès aux marchés d’autres pays émergents et en développement.

Heureusement, il le fait déjà. Dans la foulée de l’interdiction du canola en Chine, le Canada a réussi à diversifier ses exportations vers d’autres marchés émergents comme le Paskistan. Les exportations de graines de canola vers le Pakistan ont augmenté de 149 pour cent de mars à avril 2019, passant de 65 000 tonnes à 162 000 tonnes, tandis que les exportations vers les autres marchés demeurent relativement stables.

Cette diversification rapide est devenue essentiel pour les secteurs canadiens du boeuf et du porc, compte tenu de la dernière salve diplomatique lancée par la Chine.The Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un média en ligne qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires.

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