L’Alberta et le Québec : un mariage de raison

Et si le Québec et l’Alberta avaient besoin l’un de l’autre ?

Le Québec importe pour 12 milliards de dollars de pétrole brut par année en provenance principalement d’Algérie et du Royaune-Uni. Ce pétrole est acheté par les deux raffineries du Québec, Suncor à Montréal et Ultramar à Saint-Romuald, au prix mondial (Brent) qui est aujourd’hui de 109,80 dollars le baril.

L’Alberta est un immense producteur de pétrole, mais elle est confrontée à plusieurs problèmes qui menacent à terme sa prospérité. 60 % de sa production est issue des sables bitumineux et il coûte deux fois plus cher à extraire que le pétrole conventionnel. Il y a aussi un nouveau concurrent qui exerce une grande pression à la baisse sur les prix. On extrait maintenant du pétrole de schiste d’une immense formation géologique autour du Dakota du Nord et celui du Sud. Le potentiel est tel que l’Agence internationale de l’énergie prévoit que les États-Unis seront le premier producteur mondial de pétrole dès 2017.

Voilà qui va faire mal aux exportations vers le Sud et qui heurte dès maintenant les marges bénéficiaires des producteurs albertains. En effet, l’indice WTI, la référence nord-américaine, fixe aujourd’hui le prix du baril à 86,30 dollars, 23 dollars de moins que le prix mondial. Le prix serait même moindre pour le pétrole extrait des sables bitumineux.

Les exportations vers l’Ouest et les marchés asiatiques ne sont pas plus simples. Enbridge voit son projet de construction d’un pipeline de 5 milliards de dollars vers la côte du Pacifique attaqué de toutes parts. Le gouvernement de Colombie-Britannique exige même une partie des revenus tirés des ventes vers l’Asie.

C’est d’ailleurs Enbridge qui veut inverser le flux du pipeline Sarnia-Montréal pour y transporter du pétrole albertain.

Le gouvernement du Parti Québécois souffle le chaud et le froid dans ce dossier. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a déjà dit que la diversification des sources d’approvisionnement de pétrole était très intéressante. Son collègue Daniel Breton semble plutôt opposé au projet, au nom de la souveraineté énergétique. (Je me demande où est la souveraineté énergétique dans le pétrole algérien…) On a finalement décidé d’organiser une consultation publique sur le projet.

L’Alberta cherche un débouché supplémentaire et le Québec paie le gros prix pour s’approvisionner. Il me semble qu’un terrain d’entente devrait être trouvé.

 

 

10 commentaires
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Mais le gouvernement du PQ ne veut pas du pétrole sal albertain et désire en bloquer l’importation.

A première vu ca semble attayant mais il y a une attrape. Selon le Tj d’hier soir, le pétrole albertain se vend moins cher (20$ de moins de le baril que le Brent de Londres) parce qu’il est difficile d’accès. Il est engorgé dans le nord de l’Alberta.

L’Alberta (et Harper) veut dégorger en construisant des pipelines. L’un vers le Pacifique pour le marché asiatique (mais la Madame de Victoria ne veut pas) et l’autre vers l’est, chez Pauline.

Le but de l’opération, selon le Tj, c’est de faire monter le prix de ce pétrole au prix du Brent en le rendant plus accessible, en le dégorgeant.

Autrement dit: on essaie de nous apâter avec un pétrole moins cher mais une fois branché, les prix vont monter.

Qu’est-ce que vous en pensez?

Que le pétrole albertain soit consommé ici ou exporté à partir du Québec importe peu. Les raffineries québecoises auront toujours intérêt à acheter le pétrole au moindre coût. Si c’est le pétrole albertain, tant mieux. Sinon, c’est pas grave!

L’avantage pour le Québec est que le fait que le pétrole albertain vienne transiter au Québec, avant d’être chargé sur des navires pour ensuite partir vers l’étranger, amènera des capitaux privés étrangers dans l’est du pays ce qui devrait aussi se traduire en investissements accrus dans la province.

Est-ce que nous paieront notre essence moins cher? Probablement que non. Mais le Québec ne peut se permettre de lever le nez sur cette opportunité. Même si le gouvernement québecois ne recevait aucune redevance de l’Alberta, nous en sortirions gagnant avec l’augmentation de capitaux dans la province qui susciteront nécéssairement des investissements privés dans différents projets.

La croissance économique du Québec est depuis des années artificiellement créée par le gouvernement provincial s’endettant considérablement pour masquer le manque d’investissements dans la province. Développer nos propres ressources ou même devenir un intermédiaire ou transitent les ressources d’ailleurs permettent d’attirer les investissements privés dans la province.

Pourquoi M Duhamel ne dit pas toute la vérité? La vérité vient souvent de ceux qui commente son article.

@ Jack2

Si le pétrole Albertain devient trop cher, on va l’acheter ailleur. C’est ça le principe de diversifier ses sources d’approvisionnement.

En pratique le pétrole albertain ne coûte pas moins cher que ce que vous appelez le prix mondial, à savoir le Brent. Le prix du Brent correspond à un pétrole lourd et le prix du pétrole albertain est basé sur le prix du pétrole léger du Texas (crude oil).

Tous les pétroles produits dans le monde ne permettent pas d’extraire la même quantité d’essence et de sous-produits après raffinage. Certains requièrent plus de raffinage et sont donc plus coûteux à produire pour parvenir au produit fini. En outre le pétrole albertain est un pétrole qui est pré-raffiné avant d’être acheminé aux raffineries. Il correspond par conséquent à la définition de pétrole léger.

D’autre part, vous mentionner que le pétrole albertain coûte 60% de plus à extraire que le pétrole conventionnel, vous devriez mentionner qu’il s’agit d’un prix moyen puisque dans certaines régions du monde l’extraction d’un baril de pétrole est encore très peu coûteuse. C’est le cas notamment de l’excellent pétrole produit dans la région de Kirkouk au Kurdistan (nord de l’Irak) dont le coût de revient se situe encore actuellement aux alentours de 3 à 5 dollars le baril.

Aussi, on constate que le coût de l’extraction en rapport avec le prix du marché est un facteur essentiel pour ce qui est de la recherche de marges bénéficiaires. L’objectif de l’Alberta est d’accroître sa productivité, d’optimiser les débouchés, de réduire les coûts de production, augmenter ses parts de marché et pour les compagnies leurs profits.

Radio-Canada qui traitait aussi du sujet hier, évoquait que l’approvisionnement en pétrole albertain du Québec, ne profiterait pas nécessairement aux raffineurs locaux, puisqu’une grande part au moins du produit dériverait vers la ville de South Portland dans le Maine. Pour être acheminé ensuite vers les grandes raffineries de l’Est américain. Il convient de mentionner que les normes en matière de pollution forcent les raffineurs à de gros investissements pour moderniser leurs installations. Il est de ce fait nécessaire d’approvisionner les raffineries de manière régulière, pour qu’elles puissent opérer de manière optimale. L’approvisionnement en pétrole albertain des raffineries de l’Est contribuerait à combler ce genre de préoccupations. Il appert difficile dans ce cas de parler de mariage de raison avec l’Alberta.

« Le cœur a des raisons que la raison ignore » Blaise Pascal.

@ Gilles Bousquet (# 1):

En effet. Le parti québécois a le pétrole albertain en horreur (particulièrement les nouveaux évêques de l’environnement) MAIS ils aiment bien recevoir les dollars abertains via le généreux programme de la péréquation Canadien.

Tant que le Québec fait partie de la Confédération, elle se doit de collaborer à l’enrichissement du Canada… et si le Québec était un pays, il se devrait de collaborer avec les autres pays limitrophes.
Les pipelines existent ailleurs dans le monde, il s’agit d’infrastructures majeures et indispensables au développement économique d’une région.
MAIS:
À condition que ces infrastructures soient en bon état, ce que je doute du tronçon Sarnia-Montréal si jamais on voulait y faire transiter du bunker des sables bitumineux (plus lourd, plus abrasif, exigeant une plus forte pression)

…et peut-être y pourrions-nous en retirer certains bénéfices?

M Duhamel, en parlant d’énergie, pourriez-vous nous expliquer les raisons qui ont poussé le cartel des pétrolières à hausser l’essence de 12¢/lt hier à Québec?

@ Lange (# 8):

Le pétrole que nous consommons au Québec parvient essentiellement d’outre-mer. Il aboutit à Portland, dans le Maine, pour être ensuite acheminé vers Montréal par un vieil oléoduc des années 40.

Y a-t-il une loi de physique que j’ignore, qui dit qu’un flux ouest-est est plus dommageable qu’un flux est-ouest?

Et regardons la situation actuelle. Tout notre approvisionnement se fait par bateau, ce qui n’est certainement pas anodin. Notre principal fournisseur de pétrole, c’est l’Algérie, avec 28,1% du total. Le second, c’est le Royaume-Uni, suivi de l’Angola, du Mexique et du Nigeria. Sur les plans éthique, politique, environnemental, quelqu’un peut-il sérieusement nous dire qu’il faut préférer l’Algérie à l’Alberta?

Source: http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/alain-dubuc/201211/15/01-4594351-les-invasions-barbares.php

« Y a-t-il une loi de physique que j’ignore, qui dit qu’un flux ouest-est est plus dommageable qu’un flux est-ouest? »

Oui et cette loi s’appelle l’Habitus lectural 😉

Je n’ai pas dit que l’inversion causait problème, j’ai simplement dit que si on songeait à y faire transiter du lourd, là il y a un problème majeur en raison de la vétusté du pipeline Canadian Mainline pour les raisons que j’ai écrites précédemment.

Il ne faut pas non plus oublier que ce vieil pipeline (line 9) a été conçu initialement pour le transport de gaz naturel et que les interconnections (notamment celui avec le TQM) n’ont pas été construites pour respecter les contraintes physiques du lourd.

Bref, comme pour tout projet, il faut avoir une vue d’ensemble et éviter de monter aux barricades à partir d’informations disparates et mal communiquées.

Mon opinion: Il s’agit pour TransCanada d’utiliser l’argument « sortie-Québec » pour mettre plus de pression pour faire débloquer le Keystone project et/ou le Western Coastal project