L’appel des urnes

Pourquoi les élections américaines prennent-elles autant d’importance au nord du 49e parallèle ?

Passionné des États-Unis, notre chroniqueur et blogueur Pierre Duhamel participe à un blogue collectif sur la prochaine élection présidentielle. À suivre !
lactualite.com/presidentielle2008

Comment expliquer cette passion des Québécois pour la course à l’investiture ?
— On a des liens à la fois politiques, économiques et affectifs très forts avec les Américains. On se sent interpellés en tant que citoyens du monde — on veut savoir où s’en va la superpuissance —, mais ça touche aussi notre fibre américaine. On connaît tous les acteurs, les films, les séries télé américains, et les États-Unis sont aussi notre première destination touristique et notre principal partenaire économique. Enfin, la joute politique entre Barack Obama et Hillary Clinton est tout simplement passionnante !

La majorité des Québécois se réjouissent de la popularité des démocrates. À tort ou à raison ?
— À raison, parce qu’on a beaucoup plus d’affinités culturelles et morales avec eux qu’avec les républicains, nettement plus à droite que les conservateurs de Stephen Harper. Le paradoxe, c’est que les plus fervents démocrates, les travailleurs syndiqués, s’estiment lésés par les traités de libre-échange et ont l’impression d’avoir perdu des emplois en raison de la concurrence des Chinois… et des Canadiens ! Si les démocrates augmentent leur pouvoir à Washington, cela pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Qu’arrivera-t-il si les républicains conservent le contrôle de la Maison-Blanche ?
— Même si John McCain devenait président, tout indique qu’il devrait gouverner avec une Chambre des représentants et un Sénat largement démocrates. Comme beaucoup de républicains, il soutient le libre-échange, mais il pourrait être forcé de renégocier certaines ententes commerciales. Si les Américains devaient nous refaire le coup de la guerre du bois d’œuvre à une plus grande échelle, ce ne serait pas drôle…
Par ailleurs, John McCain est un partisan de la ligne dure en matière de politique étrangère. Très belliqueux, il aurait tendance à forcer ses alliés, dont le Canada, à se « brancher » et à suivre les États-Unis dans leurs combats militaires.