Serge Beauchemin : l’ascension d’un «dragon»

Serge Beauchemin a beau distribuer ses millions à la télé, cet entrepreneur que l’on voit toutes les semaines à l’émission Dans l’œil du dragon est loin d’être né dans l’opulence.

Serge Beauchemin (au centre) et ses collègues de l'émission Dans l'oeil du dragon, Danièle Henkel et François Lambert. (Jean Bernier/Radio-Canada)
Serge Beauchemin (au centre) et ses collègues de l’émission Dans l’oeil du dragon, Danièle Henkel et François Lambert. (Photo : Jean Bernier/Radio-Canada)

Serge Beauchemin a beau distribuer ses millions à la télé, cet entrepreneur que l’on voit toutes les semaines à l’émission Dans l’œil du dragon est loin d’être né dans l’opulence.

Sa mère, sans le sou, abandonnée par un conjoint alcoolique, a dû se résigner à le confier à une famille d’accueil, où il a été élevé séparé de son frère et de sa sœur. Son père ? Parti avant sa naissance.

Il s’est juré qu’il ne vivrait jamais dans la misère. « Au fond de moi, je voulais aussi faire de l’argent pour prendre soin de ma mère. »

Il travaille dès l’âge de 19 ans dans une boutique d’informatique, en devient l’un des meilleurs vendeurs et se rend compte qu’un « p’tit gars » né dans un milieu défavorisé peut aussi réussir. En 1987, à 22 ans, il lance avec un ami une entreprise de logiciels, 3-SOFT, dont le chiffre d’affaires atteint 75 millions en sept ans. Il la revend en 2005, empochant les millions.

Serge Beauchemin symbolise une réalité qui bat de l’aile en Occident : la mobilité sociale (ou intergénérationnelle), soit la possibilité pour quelqu’un de gagner plus d’argent que ses parents.

Pourtant, cet enjeu de société suscite moins de débats que les écarts de richesse, dont le Forum économique de Davos a fait le thème principal de son rendez-vous annuel.

Les inégalités sont, en effet, un risque majeur pour la stabilité mondiale. Mais elles occultent un problème plus grave : la stagnation de la mobilité observée dans les pays où le fossé entre les plus riches et les plus pauvres grandit.

Des études menées par l’économiste Miles Corak, professeur à l’Université d’Ottawa et expert mondial en mobilité, montrent que les pays qui présentent les plus fortes inégalités, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, sont ceux où les enfants nés de parents pauvres risquent le plus de vivre aussi dans le besoin une fois adultes.

L’ascension sociale y est possible, mais à condition d’avoir déjà atteint les échelons supérieurs de l’échelle salariale. Ainsi, les riches s’enrichissent, tandis que les pauvres restent pauvres. Plus de la moitié des riches du classement Forbes 400 de 2011 sont nés dans la classe moyenne élevée, contre 20 % en 1982. Grimper dans l’échelle sociale, oui, mais à condition d’avoir les moyens de s’offrir l’échelle.

En revanche, en Australie, au Canada et dans les pays scandinaves, où les revenus sont répartis plus équitablement, on note plus de mobilité entre les échelons inférieurs et supérieurs. Au Danemark, 16 % des enfants nés dans des familles de la dernière tranche de revenus atteignent la tranche la plus élevée, contre 8 % aux États-Unis.

Il y aura toujours des plus riches et des plus pauvres dans un système capitaliste. Mais l’iniquité est acceptable quand on a l’assurance de pouvoir améliorer son sort à force de travail et de persévérance. Le drame, c’est qu’aux États-Unis — qui ont fait de cet espoir un crédo — on y croit de moins en moins.

Dans un récent sondage du Pew Research Center, 60 % des Américains disaient croire que le succès est à la portée de quiconque y met les efforts. Ils étaient 74 % il y a 15 ans. À la même époque, 23 % pensaient que trimer dur n’offrait aucune garantie de succès. Cette proportion a grimpé à 38 %.

Le dragon Serge Beauchemin, lui, brûle toujours du même feu qu’à ses débuts. Mais il veut montrer à ses deux fils qu’être riche ne suffit pas ; il faut aussi être heureux. Une philosophie qui peut parfois se retourner contre lui ! « Ils ont un tempérament d’artiste et me mettent au défi », dit-il. Il a traîné l’aîné, qui a un penchant pour l’écriture, ainsi que son frère à un atelier de l’écrivain montréalais Marc Fisher, dont l’essai Le millionnaire s’est vendu à deux millions d’exemplaires. Dans ses ateliers, il donne sa recette d’un best-seller. Écrivain, pourquoi pas ? Mais auteur à succès, c’est encore mieux…

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie