L’Asie, le lait, Pascale et Réjean

Drummond et Saint-Hyacinthe–Bagot : deux circonscriptions où l’industrie agroalimentaire occupe une place importante… et où le Parti conservateur mise sur les candidats-vedettes que sont les journalistes Pascale Déry et Réjean Léveillé. Le gouvernement osera-t-il entreprendre une réforme aussi importante que celle de la gestion de l’offre juste avant une campagne électorale ?

Les producteurs laitiers sont toujours soupe au lait quand le Canada négocie une entente de libre-échange avec un ou des partenaires commerciaux.
Blogue Economie

Ils montent au front, mobilisent leurs amis politiciens et prophétisent la destruction de nos fermes, de nos villages et de nos régions si le Canada avait le malheur de céder à la pression des autres pays et éliminait le système de gestion de l’offre qui protège leur production et leurs revenus.

Au Canada, la production de lait, de volailles et d’œufs est contingentée. Les producteurs autorisés achètent un permis de production — un quota ou un contingent —, qui les autorise à produire une certaine quantité de lait, de volailles ou d’œufs. L’offre de produits sur le marché correspond, grosso modo, à la demande des Canadiens. Voilà pourquoi cela s’appelle la gestion de l’offre.

Pour que le système fonctionne, il faut empêcher les produits étrangers de rompre l’équilibre entre l’offre et la demande. Afin de s’assurer que les produits importés ne feront pas baisser les prix, des tarifs douaniers très élevés (de plus de 200 %) sont imposés. Au Québec, le système est triplement blindé pour le lait, puisque les commerçants ne peuvent pas le vendre en deçà d’un prix plancher.

Nos partenaires commerciaux n’aiment évidemment pas ce système, qui rend notre marché inaccessible ou qui en complique drôlement l’accès. Lors de chaque négociation commerciale, ils utilisent ces barrières tarifaires pour obtenir des concessions de notre part.

Par exemple, comment demander au Japon ou au Viêt Nam de favoriser l’accès à notre porc si nous donnons nous-mêmes le mauvais exemple ? Le Canada, qui vend de la machinerie et de l’équipement à la Nouvelle-Zélande, est bien mal placé pour demander à la fois un accès privilégié au marché néo-zélandais et empêcher les importations du plus grand exportateur de produits laitiers au monde.

Cela plonge le gouvernement canadien dans une situation difficile chaque fois. Nos manufacturiers et exportateurs ne veulent pas que leur accès à des pays comme le Japon, l’Australie ou le Chili soit compliqué ou compromis à cause d’un système dont le Canada est maintenant le seul défenseur au monde.

Ils ont aussi peur que cela les place en situation défavorable par rapport aux industries américaines ou mexicaines. Pour protéger son accès en Malaisie ou à Singapour, par exemple, un manufacturier canadien pourrait très bien décider de s’établir ou de hausser sa production au Mexique ou aux États-Unis.

Voilà le dilemme dans lequel se trouve le gouvernement canadien. Il peut dire non aux demandes de ses partenaires du Pacifique, mais cela risque d’avoir des conséquences fâcheuses. Ou bien il peut ouvrir la brèche et permettre l’entrée d’une certaine quantité de produits laitiers, comme cela a été convenu dans le traité avec l’Europe.

Mais il peut aussi décider d’en finir avec ce système. Il faudra alors affronter la tempête des producteurs et prévoir un mécanisme qui assurera une transition d’au moins une quinzaine d’années, de même qu’un dédommagement considérable (le prix des quotas était évalué à 33,4 milliards de dollars en 2013), avant de rétablir les lois du marché dans ces productions.

Le gouvernement a-t-il les reins assez solides pour entreprendre une telle réforme juste avant une campagne électorale ? Je n’en suis pas sûr, et je pense que le scénario intermédiaire est le plus probable.

Voici mon raisonnement. Parce qu’ils perdront des sièges dans l’Ouest et qu’ils sont moins populaires dans les grands centres urbains, les conservateurs devront maintenir leur implantation dans les régions les plus rurales de l’Ontario et faire quelques gains au Québec.

Je pense notamment à Drummond et à Saint-Hyacinthe–Bagot. Voilà deux circonscriptions où l’industrie agroalimentaire et la production agricole occupent une place importante. Ce sont aussi des circonscriptions où le Parti conservateur mise sur des candidats-vedettes, soit les journalistes Pascale Déry et Réjean Léveillé.

Je ne crois pas que Stephen Harper a le goût d’envoyer ses nouvelles recrues à l’abattoir avec une nouvelle qui va déchaîner le monde agricole québécois.

 

 

 

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18 commentaires
Les commentaires sont fermés.

La gestion de l’offre est l’une des pires conneries que nos gouvernements ont trouvé pour nous contrôler.

On privilégie une poignée d’agriculteurs au grand détriment de TOUTE la population d’un pays et plus particulièrement de celui des PAUVRES.

C’est scandaleux!!!

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi la crème coûte le double au Québec par rapport au Nouveau-Brunswick.

Mme Gina Bisaillon,

La gestion de l’offre est pan canadienne et non pas québécoise.

Que de fausseté les dretteux nous disent.

Il faudra en finir avec ce système qui nous fait payer une fortune pour des biens de consommation de base. Le lait est 70% du plus au Canada qu’aux États-Unis. Imaginez la réaction des groupes de gauche si, sans système de gestion de l’offre, le gouvernement décidait de taxer de 70% les produits laitiers? Ils nous diraient que le gouvernement est sans coeur et qu’il ne pense pas aux pauvres. Leur silence actuel est très surprenant. Hier, à l’épicerie, je vois un fromage, mais à la vue du prix, il est resté dans le comptoir. J’adore le fromage, mais c’est de plus en plus un produit de luxe que je dois choisir avec soins. On parle de fromage, pas de champagne ou de caviar!

Bien d’ accord avec vous M.Duhamel! C’ est pourtant la triste vérité que la gestion de l’ offre! Le lait ,fromage, oeufs, vollaille et le porc ; tous ces produits qu’ on maintient a des prix élevés pour maintenir un système de QUOTAS archaique! Mais au Québec la province la plus conservatrice de tout le Canada on a aussi l’ électricité et l,alcool! On aime vraiment ça se faire tondre régulièrement!!!!!

M. Duhamel

Vous vous acharnez car vos maîtres à penser vous l’ordonne.

« Le Canada, qui vend de la machinerie et de l’équipement à la Nouvelle-Zélande… »

Premièrement les producteurs de lait en Nouvelle-Zélande crève de faim, ils n’ont pas le moyen.
Deuxièmement pour la machinerie on repassera. Les producteurs de lait en Nouvelle-Zélande ont très peu besoin de machineries. Ils ont des pâturages.

Troisièmement il n’y a pas d’argent à faire avec des gens qui sont sur le bord de la faillite. Je vous l’apprend!

Vous parlez de ce que vous ne connaissez pas.

L’Europe et les USA subventionnent leur lait. Et pour les USA c’est TRENTE POUR CENT vous avez bien lu, TRENTE POUR CENT.

La production sa ne paye pas. C’est pour cette raison qu’il n’y a plus de relève. Alors au moindre coup les Agriculteurs vendront à la Chine pour se débarrasser. C’est d’ailleurs commencé.

Pour ceux qui s’en foutent, dites vous bien que vous le payerai chair, très cher.

M. Duhamel votre blogue est rendu platte. Il me fait penser à un antagonisme.

Je n’apprendrai rien à personne que dans une négociation, le but premier est de tirer le maximum de concessions chez les autres, tout en faisant le moins de concessions de son côté. C’est ce que tente de faire le Canada et sans doute, les autres nations participantes.

Cependant, l’histoire économique démontre, que les périodes de protectionnisme ont été plus souvent profitables pour les pays qui ont adopté de telles politiques que durant des périodes de libéralisation. Par exemple, « … le Canada adopta une politique protectionniste en 1879. Si nous comparons les dix ou vingt années antérieures ou postérieures, le plateau de la balance penche en faveur de la période libérale. Pourtant, si nous envisageons une période de trente ans, nous obtenons le résultat inverse. En outre, la période 1890-1910 englobe la meilleure décennie du Canada, et la troisième dans le classement des décennies par ordre décroissant de prospérité. Mais ce qui est plus important encore, c’est qu’au cours de cette phase protectionniste furent jetées les bases de l’industrie canadienne. Le niveau de la production industrielle par habitant, qui était en 1860 de 40 % à 45 % de celui des pays développé, atteignit 82 % à 87 % en 1913. C’est la même chose pour l’Australie, où les tarifs protectionnistes entraînèrent également l’industrialisation. […]

Mais c’est surtout l’histoire du XIXe siècle, beaucoup plus que l’histoire contemporaine, qui révèle que les effets du libéralisme dans les échanges internationaux ont été plus souvent négatifs que positifs et montre que, à l’inverse, les mesures protectionnistes eurent le plus souvent des conséquences positives. » (Paul Bairoch, Mythes et paradoxes de l’histoire économique)

Que de mythes la gogoche ne colporte-t-elle pas au sujet de la gestion de l’offre.

Selon eux, la disparition de ce système digne d’un autre âge ne signifierait rien de moins que la fermeture de nos fermes, la perte de notre « autonomie alimentaire », etc… Bref, le même discours apocalyptique qu’ils tenaient lors des négociations sur le Libre-Échange dont on attend toujours les catastrophes annoncées d’ailleurs…

L’affirmation qui tue: Lors que le système de la gestion de l’offre fut créé, il y avait plus de 60,000 fermes au Québec. Aujourd’hui, après plus de 50 ans de cette « gestion » socialiste, il n’en reste qu’environ 5,000!!!

Des commentaires?

Et la production à baissé de combien?
/////
« …après plus de 50 ans de cette « gestion » socialiste… »

Faux!

Avez-vous vu la dernière?

Drainville qui déclare qu’un Québec indépendant lui permettrait d’être à la table des négociations sur le Libre Échange TRANS-PACIFIQUE (!) pour défendre les intérêts des agriculteurs québécois.

Trans-PACIFIQUE!!!

Pour vous faire sourire:

https://twitter.com/Antagoniste_net/status/627485510102073344/photo/1

Le Brisil fait bien partie des BRICS.

De toutes façon l’accord trans-pacifique est maintenant un échec.

Une réaction qui ne m’étonne pas de la part d’un cerveau creux comme David l’antagoniste. On sait tous que twitter n’est pas le support pour les grandes dissertations et que parfois il faut décoder le message.

Ce que Bernard Drainville sous-entend, c’est que présentement le Québec est à la merci du gouvernement canadien dans les négociations internationales dont l’accord TransPacifique. Un Québec indépendant serait à la table de négociation dans de telles discutions internationales où le Québec serait impliqué. Bernard Drainville ne voulait surtout pas dire qu’un Québec indépendant serait à une table de négociation qui touche les pays de la zone pacifique.

À la merci du gouvernement Canadien? Sachant que le Québec reçoit près de $20 MILLIARDS PAR ANNÉE de plus qu’il n’envoie à notre gouvernement Canadien?

De plus, il est tout à fait raisonnable et plausible de supposer que la voix d’un Québec indépendant serait négligeable pour ne pas dire totalement ignorée contrairement à la situation actuelle où le Québec, de par sa solide appartenance à notre pays, Le Canada, a voix au chapitre.

Drainville veut défendre les riches fermiers au détriment des gens de la classe moyenne et des pauvres maintenant? Eh ben…

Le gouvernement canadien représente les dix provinces du Canada. Quand l’intérêt des autres provinces priment sur celle du Québec, il ne faut pas compter sur le gouvernement fédéral pour défendre l’intérêt du Québec. Vos histoires de dépenses du fédéral ne sont pas pertinentes lorsqu’il s’agit de négociations internationales qui touchent à l’économie du Québec.

On se rend compte rapidement que vous n’avez pas négocié souvent dans votre vie. Dans ce genre de négociations, le poids politique ne compte pas, le Québec aurait droit à une voix, comme tous les autres pays dont la Chine, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, etc. Quand la négociation ne marche pas à sa satisfaction, on se retire. Personne ne pourrait imposer des règles au Québec qu’il n’accepte pas, contrairement à aujourd’hui, où le gouvernement fédéral pourrait accepter de laisser tomber la gestion de l’offre et le Québec ne pourrait rien dire, ni rien faire. C’est ça, être à la merci du gouvernement fédéral.

Parce que vous croyez que de se retirer d’une négociation et jouer à la chaise vide et laisser les autres décider des résultats n’entraîne aucune conséquence?

Dites,,,à combien de négos avez-vous assisté en pratiquant une telle philosophie Marc?

N’importe quoi…

Vous vous égarez encore. Les pays qui décident de signer des traités ou des accords d’échanges internationaux se lient entre eux, mais ça ne touche pas les pays qui sont en dehors des traités ou qui décident de se retirer durant les négociations. La seule conséquence, c’est qu’il ne se passe rien, c’est le statut quo.

Comparaison sur le prix payé par les consommateurs Québécois de la région 1 le 4 août 2015 pour 4 litres de Coca-Cola et 4 litres de lait écrémé à 0%.
5,76$ pour 4 litres à 0% de matière grasse prix minimum prix région 1.
3,32$ pour 4 litres de Coca-Cola au prix minimum chez IGA cette semaine.
Compte tenu de la chaîne de froid qu’il faut respecter tout le long du processus de production du lait de consommation, de la durée maximale de la fraîcheur et de son contrôle régulier à l’épicerie, de la qualité nutritive du produit et de toute l’énergie humaine et animale et matériel impliquée je considère que la gestion de l’offre de la mise en marché du lait de consommation accompli jour après jour un véritable tour de force. Les producteurs de lait ont raison d’être fiers, surtout avec leurs entreprises à dimension humaine, d’occuper et de mettre en valeur les territoires agricoles du Québec et leurs paysages. Il suffit de traverser l’État du Maine pour comprendre toute l’effet structurante qu’a la gestion canadienne de l’offre sur l’occupation harmonieuse du territoire agricole.

Lorsqu’un fabricant de patins ne réussit à vendre tout son inventaire, il ne perd pas du jour au lendemain la valeur de sa production invendue. Il n’en va pas de même par exemple dans le lait de consommation où tout délais dans les ventes apparaît comme une catastrophe. Comparer les produits alimentaires avec les autres produits est finalement très injuste car dans un libre marché la moindre augmentation de production dans le lait se traduit par une diminution de la valeur relative de leur production. En plus de la précarité de leurs produits, les producteurs devraient vivre avec la précarité de leurs revenus. La gestion de l’offre est définitivement un moindre mal.