L’autre crise

Elle dure depuis trop longtemps. Ça ne se règle pas. On essaie de trouver des scénarios de sortie de crise et la panique s’installe. Vous avez deviné que je parlais de la Grèce. Ce qui est en train de se passer là-bas aura de grandes répercussions sur l’économie internationale.

Il y a quelques années on s’amusait de la prémisse de la théorie du chaos voulant que le battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde. Je n’ai jamais vraiment compris les tenants de ce qui reste une jolie phrase, mais il est vrai que la minuscule Grèce  empoisonne l’économie mondiale et peut la faire flancher. Voilà comment.

Les Grecs ne veulent pas des mesures d’austérité imposées par le FMI et la Banque centrale européenne. On peut facilement les comprendre, car le taux de chômage atteint 21 % et le pays est en récession depuis cinq ans. Les Grecs ont aussi perdu confiance dans les partis qui les dirigeaient depuis des décennies. Il y a de très bonnes raisons pour qu’il en soit ainsi. Ils devront donc retourner aux urnes le 17 juin et le parti d’extrême-gauche Syriza semble bien placé pour l’emporter et imposer son programme antirigueur.

Le problème, c’est que le pays a donné un nouveau sens au mot « endetté ». Si des mesures d’austérité ont été imposées, c’est en contrepartie de prêts de 239 milliards d’euros qui permettent à l’État grec de ne pas faire défaut et de garder l’euro comme monnaie. En refusant l’austérité, la Grèce met tout en péril.

Certains disent qu’elle n’a pas le choix puisque la situation actuelle est intenable pour le peuple grec. L’autre option n’est cependant pas sans risques.

Les Grecs semblent anticiper la suite des choses et retirent massivement leur argent des banques grecques. Lundi, les déposants ont retiré 700 millions d’euros et ont acheté pour 100 millions d’euros d’obligations allemandes. Entre 2007 et janvier 2012, 70 milliards d’euros ont quitté le pays et la tendance s’est accélérée à 5 milliards d’euros par mois depuis le début de l’année.

Les banques grecques survivent parce que la Banque Centrale européenne  les a mises sous perfusion. Une sortie de l’euro implique leur faillite ou leur nationalisation. La sortie de l’euro peut être ordonnée ou unilatérale, mais dans tous les scénarios le nouveau drachme vaudra beaucoup moins que l’euro. Vous pensiez avoir 1000 euros d’épargne, vous en aurez peut-être l’équivalent du tiers ailleurs qu’en Grèce. Les prix des biens importés vont aussi augmenter considérablement en monnaie locale.

Comment convertir les dettes domestiques ? Comment rembourser et avec quelle devise les dettes des entreprises grecques avec leurs fournisseurs étrangers ? Quelles sont les conséquences pour la Grèce du non paiement de ses emprunts internationaux ? La sortie de la zone euro est peut-être la seule solution, mais elle pourrait coûter 1000 milliards de dollars à la Grèce et faire sombrer encore plus son économie à court et moyen terme. Les Grecs s’appauvriront davantage.

Vous allez me dire que c’est bien triste pour eux, mais que nous ne sommes pas dans la même situation. Bien sûr, mais la tragédie grecque créé de fâcheux précédents.

Pour la première fois, un pays quitterait la zone euro. Les pressions seront plus fortes sur les autres pays qui bénéficient de plans d’aide semblables à celui de la Grèce. Pensons ici au Portugal et à l’Irlande. Les créanciers, qui auront bu une grosse tasse d’eau dans le naufrage grec, seront sur les dents quand il s’agira d’évaluer les cas de l’Italie, de l’Espagne et, pourquoi pas, de la France.

Les banques européennes auront moins d’argent pour prêter aux consommateurs et aux entreprises. Leur bilan va se détériorer et les pays européens se retrouveront peut-être encore une fois dans l’obligation de les renflouer. Vous voyez le cercle vicieux : en voulant sauver les banques qui perdent à cause des États, les États s’endettent encore plus. Le continent est déjà en récession, la situation ne pourra que se détériorer.

Une Europe à genoux achète moins, consomme moins et investit moins. Cela a un impact sur l’économie des marchés émergents qui diminueront à leur tour leurs achats de matières premières. La contagion pourrait être virulente et nous ne serons pas épargnés même si nous ne sommes pas dans les loges.

Les peuples refusent l’austérité et l’idée de lui opposer la croissance est une idée séduisante. Mais comment « acheter » cette croissance quand on est déjà fauché ? L’élection de François Hollande met cette question et  son éventuelle réponse au premier plan des discussions internationales.

 

 

 

 

 

11 commentaires
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Depuis 10 ans les salaires des gens qui travaillent pour d’autres ont diminué alors que ceux qui font travaillé ont reçu partout dans le monde 48% des augmentations de salaire. Ils ne représente qu’1% de la population selon L’OCDE et cela touche tout les pays.

Cela veut dire que l’on cherche à tuer le client sans s’arrêter au fait que le client fait fonctionner l’économie. Et c’est la raison pourquoi la crise ne se résorbe pas depuis pas mal d’années.

Pour ce qui est du battement d’ailes du papillon vous auriez dû être un peu plus attentif dans votre cours universitaire de statistiques 3 qui est obligatoire quand on étudie l’administration. Il porte aussi un autre nom « Loi statistique de l’emmerdement maximum » ou le nom plus neutre « Théories des files d’attente »

En gros c’est la théorie des dominos en très raffinée. Le papillon en battant des ailes crée un micro courant d’air qui peut se joindre à d’autres et rencontrer d’autre mouvements d’air qui peuvent créer aléatoirement une tempête de vent sur un autre continent. Par exemple la crise grecque vient de méthodes employé en Afrique pour spolié des peuples de leurs richesses naturelles. Elle génère une opposition dans le pays grec et aussi la grève étudiante du Québec parce que tout le monde voit bien que la cause primaire est la création d’une dette artificielle comme en Afrique ou les intérêts ont fait monter l’obligation totale de 500% en 20 ans.

Le taux d’intérêt pour faire doubler une dette est de 7% sur 10 ans. En Afrique et en Grèce, comme en Espagne on peut estimer le taux réel chargé par les banques a environ 60% par année.

Comme par hasard les états se sont engagés à n’emprunter qu’aux banques plutôt qu’à la population comme il le faisaient auparavent, c’est à dire avant que les dettes doublent aux deux ans…

Il y a quelque chose de pourri au royaume des banques.

«Les peuples refusent l’austérité et l’idée de lui opposer la croissance est une idée séduisante.»

Mais M. Duhamel, c’est une lapalissade. Ça fait partie de l’instinct de survie de l’être humain. Personne n’accepterait volontairement de se sacrifier pour la multitude (Ça l’air qu’y en a rien un qui a fait ça, pis ça fait plus de 2000 ans).

Pour une fois, je partage l’avis de nos amis libertariens de ce blogue. Lors de la crise financière de 2008 on aurait peut être dû laisser tout le système s’écrouler et acculer à la faillite tous ceux qui en ont abusé et peut être qu’aujourd’hui, 4 ans plus tard, l’humanité ne s’en porterait que mieux plutôt que de continuer à nous faire subir le supplice de la goutte.

Comme nul ne sait de façon certaine ce qui va se passer, attendons d’abord de savoir quel sera le résultat des élections du 17 juin, qui vont d’ailleurs se dérouler le même jour que les élections législatives françaises. Nul ne sait encore si François Hollande va rallier une majorité de gauche, pas plus que nous ne savons si Alexis Tzipras formera le nouveau gouvernement grec.

La Constitution grecque et son système électoral devraient lui permettre, s’il arrive en tête, d’être en mesure de former un gouvernement de coalition, ce n’est toutefois pas certain qu’il puisse constituer une majorité.

Dès à présent monsieur Tzipras a demandé à rencontrer le président François Hollande car il sait pertinemment qu’aucune solution ne peut être considérée sans concertation et sans le soutient et l’appui de plusieurs partenaires européens.

Jusqu’à nouvel ordre, ce qui était envisagé, j’en avais parlé sur d’autres commentaires, c’est de maintenir la Grèce dans l’Euro et de déclarer un moratoire sur la dette. Ce qui donne tout le temps d’engager une nouvelle ronde de négociations.

Nous comprenons bien à la lumière des faits que les mesures d’austérités exigées sont non seulement antidémocratiques mais surtout qu’elles sont impossibles à mettre en place pour fin d’obtenir un retour vers une quelconque croissance économique rapide. Ainsi en poursuivant sur cette lancée, la question est de savoir s’il faut sacrifier l’œuf ou la poule ou encore sacrifier l’œuf et la poule.

Le plan initialement envisagé par le FMI lorsque Dominique Strauss Kahn en était encore le directeur était différent de celui concocté et envisagé par Christine Lagarde qui pleine de bon sens souhaite d’abord stabiliser la dette du pays puis progressivement réduire sont niveau d’endettement pour être de l’ordre de 120% de son PIB, sauf que ça ne peut pas marcher si le PIB continue de chuter et de s’enliser.

L’une des solutions consiste à prendre ses pertes, puis à redémarrer sur de nouvelles bases. Une sortie de la Grèce de la zone Euro aurait pour effet de confirmer l’insolvabilité du pays puisque toutes les dettes sont converties en Euro, en sorte que tous les créanciers perdraient tout et ne pourraient pas être de la ronde d’investissements futurs successibles de relancer tout ce qui marche toujours bien dans ce pays.

– A moins bien sûr que les gens ne s’attendent à l’effondrement de la planète financière dans les six ou douze mois à venir. Adieu même la retraite à 67 ans… Je ne miserais définitivement pas sur le proche retour à la bonne vieille drachme de sitôt. Dommage pour les chasseurs d’aubaines 🙂

Regardez bien ce qui se passera en Grèce les séparatistes.

C’est exactement ce qui attend un Québec indépendant lorsque la perfusion canadienne cessera!

Pour être allé souvent en Grèce au cours des 35 dernières années, pour avoir vu le cout de la vie bondir avec l’entrée de la Grèce dans l’UE puis dans la zone euro, je ne suis pas tellement surpris.
Si j’étais européen, je serais comme les Allemands: je les enverrais se faire f…

@francois: le Québec a un déficit de 1,5G. L’Ontario: 16G. Le Canada 20G
Le Québec a des ressources, la Grèce, des Iles avec des maisons blanches et des souvlakis pour le tourisme.

Ben oui, nous sommes rendus dans l’ère du capitalisme sauvage… et ce n’est qu’un début… Les pouvoirs en place, avec toute la corruption qui les accompagne, s’engage sur la voie du non-retour… Et vogue la galère…

Le théorie du Chaos et les finances grecs: Intéressante approche!

On devrait également questionner si l’adhésion à l’Euro avait été une bonne chose pour cette économie si différente des autres pays membres. Mes quelques contacts grecs sont pour le retrait de l’Euro et le retour au drachme, quitte à y perdre au change.

Le danger qui guette le pays est la fusion de l’extrême gauche avec l’extrême droite dans la résolution de la quadrature du cercle.

@ François 1 #4: Comme tout bon juriste, vous innovez de jour en jour! Merci de nous faire partager votre savoir. Je voudrais ajouter que la haine de vos propos discrédite la Droite.

@ rod (# 5):

Comme vous devez le savoir, le déficit du Québec est minimisé, voire sous-estimé à tous les ans.

Il est surtout tributaire de notre comptabilité « créative » (spécificité québécoise oblige…) qui fait en sorte que l’on ne compte pas les déficits de plusieurs organismes gouvernementaux dont les CEGEPs, les universités, les villes et villages, etc… Mis à part bien sûr que nous vivons encore et toujours aux crochets du reste du Canada ce qui nous permet d’afficher une dette moindre que la réalité.

Le Québec est l’état le plus endetté du monde mis à part le Japon…

http://www.antagoniste.net/2012/04/16/lisee-prise-12-la-dette-du-quebec/

Tant qu’à nos ressources, avez-vous lu ou entendu sur les divers médias le sort réservé à ceux qui veulent les exploiter, « nos ressources »? Tous des exclavagistes exploiteurs de pauvres petits travailleurs avides de profits scandaleux, etc…

Bref, l’habituelle litanie des gauchisto-terroristes verts.

Ce qui arrive est le résultat d’une planification à long terme des banques (Rostchild en tête) de pratiquer l’endettement et de récupérer un pays a rabais.

Maintenant que plusieurs pays sont pris avec un endettement qu’ils ne peuvent tout simplement pas rembourser, ce sont les banques qui devront EFFACER ces dettes car ce sont elles qui les ont voulues.

Nous devons maintenant PENSER otarcie, mini crédit, coopérative en un mot S’ÉLOIGNER DU SYSTÈME

@ cyrille-daniel janelle-turcotte #7

Capitalisme sauvage ?

L’histoire enseigne plutot le communisme sauvage, le totalitarisme sauvage et, au Québec, le syndicalisme sauvage (celui qui coupe l’air au scaphandrier ! )

De plus, dans un futur pas trop lointain les statisticiens nous prouveront que ceux qui se donnent des nom-et-prénom composés sont imbus d’eux meme et manque souvent de jugement