Le bal des bonnes intentions

– Chronique publiée dans L’actualité du 1e décembre 2008 –

Les dirigeants des pays européens veulent redéfinir et réorganiser le capitalisme financier. Joli programme, mais dont la réalisation est semée d’embûches. À moins que ce ne soit qu’une parade politique…

Le 15 novembre, les chefs d’État et de gouvernement de 20 pays «concernés par la refondation du système financier mondial» se réuniront à Washington. L’instigateur de ce sommet, le président de la France, Nicolas Sarkozy, demande un renforcement du rôle du Fonds monétaire international (FMI) et l’instauration d’une supervision mondiale des marchés financiers. L’argument est imparable?: les pouvoirs publics ont casqué des milliards pour empêcher l’effondrement du système financier?; il est normal qu’ils s’assurent qu’une telle situation ne se reproduira pas.

Il est bien vu ces jours-ci de se faire du capital politique sur le dos des financiers, d’autant que leurs excès et leur cupidité en font des cibles faciles. Je trouve néanmoins bien légers ceux qui répètent que la crise actuelle est causée par l’absence de réglementation. Nous croulons sous les règlements?! Il faudrait consacrer des rayons entiers de bibliothèque à la législation et à la réglementation financière de chacun des pays développés. On dit qu’aux États-Unis la seule loi Sarbanes-Oxley, adoptée en 2002 pour contrer les excès commis dans l’affaire Enron, a généré l’ajout de 70 000 pages de réglementation.

La finance est devenue le paradis des avocats et autres autorités de réglementation, aux dépens, peut-être, du bon sens et de la simplicité. Je crois naïvement que la crise actuelle aurait pu être évitée si on avait répondu correctement à cette seule question?: un banquier doit-il autoriser un crédit hypothécaire à quelqu’un qui n’a pas les moyens d’être propriétaire?? Malheureusement, il semble qu’on ne puisse pas codifier la responsabilité et le bon jugement.

S’il faut légiférer davantage, c’est peut-être du côté des hedge funds. Je ne connais aucune réglementation nationale sur ces fonds de couverture, qui existent pourtant depuis 50 ans. Il y en a plus de 10 000 et leur actif dépasse 2 000 milliards de dollars. Ils ont tous les défauts?: ils sont opaques et d’une complexité inouïe, en plus d’être risqués. Ils sont spéculatifs de par leur nature même, mais ils restent extrêmement utiles pour réduire les risques du marché dans presque tous les domaines de l’économie.

Dans le modèle évoqué par les dirigeants européens, le FMI deviendrait l’arbitre de dernier recours des institutions financières, une super-banque centrale qui réglementerait et interviendrait pour empêcher le marché de faire trop de bêtises. Retenons d’abord que la refonte du FMI est impossible sans l’appui des Américains, qui disposent d’un droit de veto sur les questions importantes.

Du reste, je ne suis pas sûr que les pays accepteront aisément de confier au FMI une partie de leur souveraineté en matière de réglementation financière, puisque la concurrence est considérable, même au sein de pays souverains. Par exemple, le Québec n’est pas prêt à céder certaines responsabilités de son Autorité des marchés financiers à une commission canadienne des valeurs mobilières. Alors, comment espérer une harmonisation à l’échelle internationale??
Et même si les principaux pays s’entendent sur certains règlements, comment pourra-t-on s’assurer que d’autres États ne deviendront pas la terre d’asile des financiers récalcitrants??

Mais tout est possible, selon Jean-Philippe Thérien, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal et spécialiste des organisations internationales. Il prend pour exemple les relations commerciales?: à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les tarifs douaniers représentaient 40 % des échanges commerciaux. Cette proportion est passée à 5 %. «Cela est d’autant plus remarquable, dit-il, que certains pays levaient de tels tarifs depuis plus de 1?000 ans et que ceux-ci constituaient une source importante de leurs revenus.»

Si l’Organisation mondiale du commerce a connu un si grand succès, peut-être qu’il y a de l’espoir pour ce nouvel ordre financier international. Mais cela prendra du temps…

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Effectivement il ne faut pas (dieu merci) s’attendre à une « refonte du capitalisme » au niveau mondial. Cela impliquerait des abandons de souveraineté qui à coup sûr seraient inacceptables pour plusieurs dont surtout les États-Unis.

Évidemment les Européens qui n’ont jamais vu un problème qui ne pourrait être résolu par une grosse bureaucratie vont s’essayer, avec les Français en tête, mais je doute que le reste du monde les suive.

Par contre on peut s’attendre à des mesures réglementaires un peu partout. Faudra voir si ça va plus loin que de simples mesures pour épater la galerie, mais sans grandes conséquences réelles pour les marchés.

Aux USA par exemple les démocrates – qui incidemment ont reçu beaucoup de financement corporatif – sont les principaux instigateurs des politiques visant à promouvoir l’immobilier (donc l’endettement) sous prétexte de favoriser l’accès à la propriété, il serait surprenant qu’ils demandent à une main de défaire ce que fait l’autre. Le plus intelligent serait évidemment de cesser de se mêler de subventionner l’immobilier (et d’alimenter la bulle), mais en ce moment ils parlent plutôt d’aider à payer les mauvaises hypothèques, tout le contraire donc.

Bref on semble ne rien avoir appris de la crise actuelle. On est pas sorti du bois!!!!

Puis il y a tout l’aspect monétaire et du modèle de la monnaie « décrétée » (ou fiat), là encore pas de grandes réformes en vue et les banques centrales continueront à imprimer de l’argent comme bon leur semble quitte à déstabiliser l’économie mondiale.

Prenez la bulle des pays émergents qui est en train d’éclater en ce moment, elle fut en bonne partie financée par des institutions occidentales (surtout Européenes) qui avaient accès au Yen et au Dollar ultra cheap.

Refonder le capitalisme c’est comme si demain matin les gouvernements du monde se réunissait pour refonder le principe de sélection naturelle de Darwin…

La crise actuelle est causée par l’interventionnisme de l’état et on s’imagine que plus d’interventionnisme est la solution.