Le banquier humanitaire

Routes, ponts, écoles: il remet sur pied les infrastructures des anciens pays communistes.


 

Si vous trouvez que le réseau routier québécois fait pitié, c’est que vous n’avez jamais mis les pieds dans un pays de l’Europe de l’Est. « Là-bas, tout est à refaire », dit François Gaudet, 37 ans. Depuis 2002, ce Québécois, né à Victoriaville, dirige de Londres une équipe de financiers de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Cette institution finance des programmes de reconstruction d’infrastructures dans les pays de l’Est et l’Asie centrale.

François Gaudet travaille, entre autres, à améliorer les réseaux de télécommunications et de transport urbain au Kazakhstan ainsi que l’approvisionnement en eau potable en Ouzbékistan. Méchant changement pour cet avocat qui a passé 10 ans à parcourir le monde pour le compte de grands cabinets juridiques, de multinationales et de banques américaines, devenant au passage un spécialiste de la haute finance internationale. « Je suis devenu un banquier humanitaire! »dit-il, attablé dans un resto du Plateau-Mont-Royal, lors d’un cours séjour à Montréal l’été dernier.

De la Slovénie à la Mongolie en passant par l’ancien empire de Gengis Khan, la BERD injecte chaque année quatre milliards d’euros, en partenariat avec des promoteurs privés ou publics, dans des programmes de réfection et de construction. Routes, ponts, écoles, réseaux de transport urbain, usines de traitement des eaux, tous les projets sont considérés, du moment qu’ils sont susceptibles d’avoir un effet positif sur l’économie locale. Par exemple, la BERD travaille présentement à un projet-pilote (un PPP) en Lituanie, pour rénover 15 écoles tombées en désuétude. « Si tout se passe bien, on injectera des fonds supplémentaires pour la réfection des 289 écoles du pays », dit François Gaudet.

Même s’il a quitté le Québec depuis 13 ans, François Gaudet a bien l’intention d’y revenir un jour. Il se donne encore deux ans à Londres avant de rentrer au bercail. Ce qu’il aimerait faire? Travailler dans les PPP pour aider le Québec à rénover ses infrastructures. Souhaitons qu’il devance un peu son retour: ce n’est pas le boulot qui manquera!

La BERD

– L’institution financière a été mise sur pied en 1991, après la chute du rideau de fer, pour faciliter la transition des anciens pays communistes à l’économie de marché.

– Elle est présente dans 28 pays d’Europe et d’Asie centrales.

– Plus grand investisseur d’Europe et d’Asie centrales, elle privilégie à 60% le secteur privé et contribue à la privatisation des sociétés d’État.

– Elle appartient à 60 pays et à deux institutions intergouvernementales.

– Elle dispose d’un capital de 20 milliards d’euros.

Principaux pays donataires

Russie: 251 programmes, totalisant 7,2 milliards d’euros

Pologne: 147 programmes, totalisant 3,4 milliards d’euros

Roumanie: 106 programmes, totalisant 3,2 milliards d’euros

Ukraine: 78 programmes, totalisant 2,2 milliards d’euros

Hongrie: 71 programmes, totalisant 1,8 milliard d’euros

Kazakhstan: 45 programmes, totalisant 1,4 milliard d’euros

Croatie: 57 programmes, totalisant 1,3 milliard d’euros

Slovaquie: 44 programmes, totalisant 1,1 milliard d’euros

République tchèque: 46 programmes, totalisant 1,0 milliard d’euros