Le blogue Noël chez les forestiers

La journaliste Crystelle Crépeau a sillonné les Hautes-Laurentides durant le temps des Fêtes 2008. Elle a raconté, dans un blogue, les contrecoups de la crise forestière à un moment où l’heure n’était pas qu’aux célébrations…

2 déc. 2008

On monte dans le nord !

De la musique de Noël plein les oreilles et des flocons giguant sur mon pare-brise, je sifflote allègrement à l’idée de retrouver ma famille de Mont-Laurier pour les Fêtes. Mais l’heure n’est pas qu’aux célébrations : je m’apprête aussi à découvrir les contrecoups de la crise forestière qui frappe durement ma région natale.

Quand le bois va mal, tout va mal, dit-on dans les Hautes-Laurentides. Et pour cause : la forêt génère 80 % du PIB de la MRC d’Antoine-Labelle. Près de 70 % des emplois primaires et secondaires y sont liés.

Ici, on ne parle plus de crise mais de véritable hécatombe. Tous les moulins à scie de bois mous ont fermé leurs portes. Certains entrepreneurs des secteurs de la coupe et du transport ont réussi à trouver des clients dans d’autres régions, mais comme toute l’industrie fonctionne au ralenti…

En voyant défiler les kilomètres de forêt le long de la route 117, je ne peux m’empêcher de me demander comment les gens qui vivent de la forêt (parfois depuis des générations) s’adaptent à cette nouvelle réalité. Que fait-on pour enrayer les effets de la crise ? Qu’en est-il de la « diversification », ce concept chouchou des politiciens lorsqu’il est question de forêt ? C’est ce que je tenterai de découvrir au fil des rencontres de ce Noël forestier.

6 déc. 2008

« Si rien ne bouge, je pars à Gatineau »

Jacques Tremblay se retrouve sans emploi pour la cinquième fois cette année. Officiellement, il n’a pas perdu son boulot. Mais Lousiana Pacific a suspendu toute activité à l’usine de panneaux de construction de Maniwaki, où il travaille depuis sept ans. Et contrairement aux fermetures précédentes, aucune date de réouverture n’a été annoncée. « Les boss disent qu’ils ne le savent pas et je les crois. Les décisions sont prises au siège social de Nashville, aux États-Unis », dit ce natif du Saguenay, établi à Mont-Laurier depuis plusieurs années déjà.

Aujourd’hui, à 52 ans, il songe pour la première fois à vendre sa maison et à tout plaquer : le bois, comme la région. « Ici, c’est partout pareil. Ça ouvre, ça ferme… »

Malgré tout, il se considère chanceux ; il pourra recevoir des chèques cet hiver. Certains de ses collègues n’ont pas accumulé suffisamment d’heures pour être admissibles à l’assurance-emploi.

Jacques Tremblay aimerait bien redevenir camionneur, son premier métier. Mais cette fois, pour transporter autre chose que des copeaux de bois ou de la pâte à papier.

« Je voudrais rester, c’est sûr, parce qu’on est bien installés et on aime le coin. Mais il faut bien travailler… Si rien ne bouge, je vais partir à Gatineau. Là-bas, il y a encore de la job. »

Au point où il en est, ailleurs, ça ne peut qu’être mieux.

8 déc. 2008

Les racines de la crise

« Nous ne sommes pas contre la réduction des droits de coupe », lance Stéphane Lapointe. L’homme n’est pas un militant écologiste ni un parent de Richard Desjardins. Il s’agit du directeur général du Centre local de développement de la MRC d’Antoine-Labelle, qui veille pourtant aux intérêts économiques de la région.

Le problème, selon lui, c’est l’insuffisance de l’aide, pour ne pas dire son inexistence.

« Il faut continuer d’investir dans la forêt ! On veut bien répondre aux objectifs du gouvernement, mais donnez-nous des outils pour nous adapter ! »

La réduction des droits de coupe, décrétée par Québec à la suite de la Commission Coulombe, en 2003, a eut l’effet d’une bombe dans l’industrie forestière. Une industrie qui était déjà ébranlée par la crise du bois d’œuvre, un huard trop fort et la concurrence de la Chine. Dans les Hautes-Laurentides, le volume de bois a été réduit de 4 % pour les essences résineuses et de 20 à 40 % pour les feuillus.

« Ça nous touche directement. Ici, c’est la forêt laurentienne, où l’approvisionnement est déjà plus complexe et dispendieux en raison de la mixité de la forêt. Ça représente seulement 15 % de la réalité québécoise, mais c’est 100 % la nôtre », explique-t-il.

Malgré la tempête qui sévit, Stéphane Lapointe croit qu’il existe des solutions pour relancer l’industrie. Bois certifié, nouveaux produits pour maximiser la ressource, meilleure technologie de transformation, les projets ne manquent pas… mais les capitaux, oui.

9 déc. 2008

Après la campagne, la forêt ?

Le député péquiste Sylvain Pagé peut maintenant se remettre au boulot. Il a été réélu dans la circonscription de Labelle pour un quatrième mandat consécutif. Durant sa campagne, il a promis d’aider les travailleurs forestiers à perfectionner leur formation et de revendiquer une aide financière pour permettre aux entreprises de « passer au travers la crise ».

Ses engagements ont trouvé écho. Il a obtenu plus de votes que tous ses adversaires réunis, soit 53,54 % des voix.

La victoire était plutôt prévisible. Si ce n’est de l’élection de 1985, remportée par les libéraux, la circonscription de Labelle est entre les mains du Parti québécois depuis 1976. Elle a même résisté à la vague adéquiste de 2007.

N’empêche, la popularité du candidat n’est pas à négliger. Sylvain Pagé, père de quatre enfants, est bien connu des gens de la région. Ce natif de Mont-Laurier, passionné de ski et de vélo, a été propriétaire d’une boutique de plein air durant 17 ans et s’est toujours impliqué dans la communauté. Il a notamment travaillé au développement du parc linéaire Le P’tit Train du Nord, dans le secteur d’Antoine-Labelle, et a cofondé l’Association pour la protection de l’environnement des Hautes-Laurentides.

Voyons maintenant comment il passera de la campagne à la forêt.

11 déc. 2008

Exit les Américains, vendons aux Arabes !

Un collègue de Gaspésie m’a envoyé ce texte, fort intéressant. Benoit Trépanier est journaliste et animateur à la station de radio CHNC, à New Carlisle. Il s’intéresse depuis un bon moment à la crise forestière qui frappe sa région.

L’Association coopérative forestière de Saint-Elzéar, dans la Baie-des-Chaleurs, est en dormance depuis novembre 2007. Seuls le directeur, Carol Cotton, et le président, Sylvain Poirier, sont encore en poste pour trouver des façons de redémarrer l’usine du petit village de 550 âmes. Des pays arabes, les Émirats en tête, pourraient leur acheter du bois de coffrage pour l’industrie de la construction – encore en boom là-bas – et ils paient mieux que les clients nord-américains. « Je veux remettre de la vie dans l’usine pour que les gens se disent qu’il y a au moins de l’espoir », explique Carol Cotton, 40 ans. Si un contrat était signé avec ces pays, une vingtaine de travailleurs sur 150 pourraient reprendre du service et travailler sur une assez longue période pour se qualifier à l’assurance-emploi.

En Gaspésie, la forêt recèle surtout des résineux, de sorte que la récolte est moins complexe que dans les Hautes-Laurentides (voir « Les racines de la crise »), mais d’autres problèmes, comme le transport sur de longues distances, compliquent les choses. Bref, la crise a eu les mêmes effets. La presque totalité des 14 usines de sciage ont fermé leurs portes, temporairement ou définitivement.

« On sait que ça ne reviendra jamais comme avant, mais cette commande de bois de coffrage serait un début », dit Sylvain Poirier, 55 ans, conscient que l’ère de l’exportation massive de bois d’oeuvre et de papier journal vers le sud est révolue. D’ailleurs, la coop a investi un million de dollars dans l’élaboration d’un projet de troisième transformation qui pourrait soutenir 100 emplois : la fabrication de panneaux trois plis destinés à remplacer les dalles de béton séparant les logements des immeubles d’habitation. Le problème est que ce projet a dû être mis de côté quand la crise amorcée en 2004 s’est poursuivie au-delà de 2007, explique Sylvain Poirier. Les dirigeants devaient d’abord sauver les activités de première transformation pour pouvoir investir dans cette initiative.

Aujourd’hui, toutes les activités de la coopérative sont bloquées et la banque pourrait fermer le robinet si rien ne bouge. Et cela, même si l’usine a été modernisée au coût de 15 millions de dollars, multipliant par trois ce qu’elle peut tirer d’une bille de bois, et que les membres travailleurs ne souhaitent qu’une chose : revenir dans leur entreprise.

13 déc. 2008

C’est la faute à Napoléon

Napoléon Bonaparte est à l’origine de l’arrivée des premiers forestiers près de Mont-Laurier. Sa tentative d’empêcher la Grande-Bretagne de commercer avec le reste de l’Europe, au début du 19e siècle, a forcé celle-ci à se tourner vers l’Amérique du Nord pour acheter du bois.

C’est ainsi que les premiers Blancs ont remonté la rivière de La Lièvre pour dénicher les énormes pins nécessaires à la construction des navires. « Nous avons contribué à la puissance britannique à travers le monde !», dit à la blague Luc Coursol, un historien de 61 ans, natif de Mont-Laurier.

Mais les Britanniques, eux, peuvent se vanter d’avoir lancé une véritable industrie dans la région. Dès la seconde moitié du 19e siècle, les forestiers commencent à vendre du bois à des villes nord-américaines en pleine expansion comme Montréal, New York et Boston. C’est aussi à ce moment que les premiers colons s’établissent au Rapide-de-l’Orignal, qui allait devenir Mont-Laurier.

Les chantiers se multipliant, il fallait trouver le moyen de nourrir les troupes. « Les coupes se faisaient de plus en plus loin vers le nord, alors on a construit des relais, que l’on appelait des fermes », raconte Luc Coursol. On y entreposait de la nourriture et y cultivait de l’avoine pour les chevaux. Plusieurs de ces fermes sont par la suite devenues des villages. L’un d’eux porte encore son nom d’origine, Ferme-Neuve.

Même après la vague de colonisation agricole du curé Labelle, le métier de forestier est demeuré primordial dans la région. « Chaque village avait son moulin à scie et tous les agriculteurs allaient bûcher l’hiver pour faire un peu d’argent », dit l’historien. Pourquoi l’hiver ? « Parce que les chemins en forêt se pratiquaient mieux gelés, que le bois se travaillait mieux, mais surtout, parce qu’il n’y avait pas de mouches ! »

15 déc. 2008

Le plus beau métier du monde

Chaque matin, à 5h, Marc-André Massé, un père de famille de 41 ans, monte dans sa camionnette et quitte sa maison de Lac-des-Écorces, près de Mont-Laurier. Il fait une heure et demi de route pour se rendre au site de coupe où il travaille. Pourtant, il ne fait pas d’argent.

Ce qu’il gagne depuis deux ans sert uniquement à payer sa débusqueuse et les 600 litres de diesel qu’elle engouffre chaque semaine. Si le prix de l’essence diminue de quelques sous ou que celui du bois grimpe de quelques dollars, alors il fait un peu de profit.

Malgré cela, rien ne le fera sortir du bois. « Je fais le plus beau métier du monde. Travailler dans la nature, c’est la liberté », dit-il.

La forêt, c’est le gagne-pain de Marc-André Massé depuis qu’il a 17 ans. Ce fût celui de son père et de son grand-père et ce sera aussi celui de ses enfants. Sa fille vient de compléter une formation en aménagement de la forêt et son fils veut devenir opérateur de machinerie forestière.

Ce gagne-pain, il aimerait le préserver et il devient amer lorsqu’il est question des erreurs du passé. « Il y a eu tellement d’abus dans la gestion de la forêt. Le gouvernement a distribué trop de CAAF * et les grosses compagnies de transformation ont exagéré.»

Est-ce la fin de l’industrie forestière pour autant ? « Non, on ne peut pas se passer de cette industrie au Québec. Mais il va falloir trouver des solutions et vite. »

CAAF : Contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier qui détermine le volume de bois que peut récolter une usine de transformation.

17 déc. 2008

La forêt sur les planches

Le père de Gareth vient de mourir dans un accident de travail, en forêt. Il a tout légué à son fils : son lot de bois et sa machinerie. Mais ce dernier a l’intention de tout liquider. Après tout, qui veut encore faire ce métier ?

Gareth est le personnage principal d’une pièce de théâtre qui sera présentée en mars prochain, à Mont-Laurier. Et il a toute une mission : faire connaître la réalité forestière au public et… aux forestiers.

« C’est un milieu très divisé. Souvent, les gens qui travaillent dans les usines de transformation ne connaissent pas la réalité des travailleurs en forêt et vice-versa », explique Marie-Hélène Gaudreau, coordonnatrice de Table Forêt Hautes-Laurentides, l’organisme instigateur du projet.

« Il y a aussi un malaise dans le milieu depuis quelques années. Les gens se demandent où l’industrie s’en va. »

Mais interpeller les forestiers à travers la culture n’est pas une mince tâche. « Il ne faut surtout pas faire une pub pour la forêt, mais plutôt aborder leurs préoccupations de façon directe », dit Marie-Hélène Gaudreau.

Le mandat a été confié au Noble Théâtre des Trous de Siffleux, une jeune compagnie de Mont-Laurier qui fait du théâtre de création. Le metteur en scène Benoît Desjardins, lui-même fils de forestier et finissant de l’École nationale de théâtre, est conscient du défi qui l’attend.

« Il y a toute une génération qui a décidé que le bois, c’était dépassé. Entre autres parce qu’il a très mauvaise presse au Québec et qu’on l’associe aux gens sans éducation. Pourtant, c’est un monde très nuancé qui regroupe toutes sortes de métiers. »

Après tout, comme le dit l’un des personnages de la pièce, « le monde est en bois ».

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Dans l’ombre des garettes, écrite par Benoît Desjardins et inspirée d’un texte de Dominic Bell, sera présentée les 11, 12 et 13 mars à l’auditorium de l’École polyvalente Saint-Joseph, à Mont-Laurier.

19 déc. 2008

Le blues du concessionnaire

Une trentaine de véhicules forestiers dorment  sous la neige dans la cour du concessionnaire John Deere, à Mont-Laurier. Ces machines, qui peuvent valoir jusqu’à 400 000 $, ont presque toutes été rachetées à des forestiers qui n’arrivaient plus à joindre les deux bouts. Et elles attendent patiemment un nouvel acquéreur.

Les gens de chez John Deere aussi attendent. Que ces débusqueuses, abatteuses et transporteurs se vendent. Depuis trois ans, les revenus du secteur forestier du concessionnaire de Mont-Lauier ont chuté de 50 %. Au point où les dirigeants ont transféré toutes les machines neuves à d’autres concessionnaires ou les ont envoyées en location.

Dans la cour, un dernier transporteur neuf attend de connaître son sort. C’est un modèle 2006, année où la crise forestière a atteint son paroxysme dans la région.

Heureusement, les deux autres secteurs de vente du concessionnaire, les machines destinées à la construction et aux municipalités, se portent bien. C’est ce qui lui permet de faire preuve de patience.

« Les gars n’ont pas les moyens de changer leur machine, alors ils font réparer leur vieil équipement à crédit », dit Bernard St-Jean, bras droit du directeur général, à l’emploi de John Deere depuis 25 ans.

« Il y a des clients qu’on connaît depuis 20 ans et qui nous avaient toujours bien payés. Alors, quand c’est possible, on essaie de leur donner une chance. »

Les forestiers aussi attendent. La plupart d’entre eux continuent de travailler, même s’ils ne font pratiquement pas de profit, dans l’espoir que la situation s’améliore. « Tout le monde se dit que le bois, c’est cyclique; il y a toujours des années difficiles. Mais encore faut-il avoir les moyens d’attendre… », conclut Bernard St-Jean.

21 déc. 2008

Des Gaspésiens pas nés pour un petit pain

De nombreux travailleurs forestiers qui se retrouvent sans emploi quittent leur région, en quête d’un boulot assez payant pour maintenir leur rythme de vie. C’est le cas dans les Hautes-Laurentides, mais aussi en Gaspésie, comme le raconte mon collègue Benoit Trépanier.

Bernard Poirier, 53 ans, et Jean-Pierre Blanchard, 51 ans, ont perdu leur emploi à la papetière Smurfit Stone de New Richmond en 2005, comme 290 de leurs confrères. Pendant les trois années qui ont suivi, Bernard, président du syndicat, s’est battu pour relancer l’usine, mais en vain. Il est parti pour la Baie-James en mars 2008 travailler comme inspecteur en génie civil sur des projets de barrages hydroélectriques. Jean-Pierre, lui, a fait plusieurs boulots, avant d’aller s’engager l’automne dernier comme journalier sur les chantiers de construction des sites d’extraction de sables bitumineux à Fort McMurray en Alberta.

« J’aurais été prêt à ralentir mon rythme de vie, mais il y a quand même des limites à travailler au salaire minimum », lance Bernard qui doit payer les études universitaires de ses deux enfants. Pour Jean-Pierre, c’était une question de dignité. « Je préfère travailler de mes mains et construire des usines d’extraction de pétrole dans l’Ouest que de vendre des voitures ici, même à 17 $ de l’heure».

À Fort McMurray, Jean-Pierre gagne 26 $ de l’heure, et Bernard 29 $ dans le Nord du Québec, ce qui correspond à ce qu’ils touchaient à l’usine en 2005. Les deux hommes prévoient travailler loin de chez eux encore quelques années, pour ensuite revenir chez-eux prendre leur retraite à 56 ou 57 ans comme ils l’avaient prévu.

Plus de la moitié des travailleurs de la Smurfit étaient à un ou deux ans de prendre leur retraite. « La plupart ont réussi à se débrouiller avec le chômage et de petits emplois. Leur maison était payée, alors ça été un moindre mal », précise Bernard qui s’inquiète davantage du départ des jeunes. Près d’une cinquantaine ont soit quitté définitivement la région ou pris un contrat à l’extérieur, estime Bernard.

23 déc. 2008

À l’école de la forêt

Une dizaine de personnes de tous âges discutent dans l’entrée de l’usine, en attendant le début de leur quart de travail. Le bruit des scies étouffe leurs conversations et une odeur de sciure de bois flotte dans l’air. Je pourrais être dans n’importe quelle usine de transformation. Sauf que les travailleurs que je croise sont tous des étudiants et leur usine, une école.

Cette scierie-école est une initiative du Centre de formation professionnelle Mont-Laurier, un établissement spécialisé en foresterie. Et c’est une façon de répondre à la crise forestière.

 « Les demandes d’admission avaient diminué dans certains de nos programmes et, en même temps, on constatait un besoin de main-d’œuvre dans plusieurs métiers de la construction, comme ébénisterie et charpenterie-menuiserie. On a donc établi des partenariats avec des centres de formation qui offraient ces programmes pour les implanter dans la région », dit Michel Deschamps, directeur du centre par intérim.

L’usine permet aussi d’intégrer une nouvelle clientèle étudiante : des gens de 55 ans et plus qui ont perdu leur emploi, notamment d’anciens travailleurs forestiers.

« On leur apprend de nouvelles techniques de transformation et, en même temps, on les aide à refaire leur curriculum vitae et à passer des entrevues », explique Pascal Léonard, responsable de l’usine.

Le Centre de formation professionnelle veut développer le sens de l’innovation chez ses étudiants. La scierie-école a d’ailleurs créé un nouveau revêtement mural pour la construction résidentielle : des panneaux de lambris préassemblés qui permettent d’utiliser les morceaux de bois trop courts, habituellement délaissés en transformation. Et ces panneaux, qui pour le moment ne sont vendus qu’à l’usine, ont un tel succès que le centre cherche présentement une entreprise qui pourrait reprendre la production.

Mais il faut aussi convaincre les étudiants que l’industrie forestière n’est pas morte. Au contraire, il y a même un besoin de main d’œuvre dans plusieurs secteurs. « Un de nos élèves en aménagement du territoire s’est fait offrir trois emplois avant même d’être diplômé », dit Robert Seuron, directeur adjoint.

25 déc. 2008

Noël au camp

Petit clin d’oeil folklorique, en ce jour de Noël. Voici un conte de Tex Lecor qui, pendant des années, a été diffusé sur les ondes de la station de radio locale.

Des nostalgiques ont transposé le conte en vidéo sur YouTube. Comme quoi la technologie peut aussi nous aider à préserver notre mémoire collective.

27 déc. 2008

 

Engagez-vous, qu’ils disaient!

Benoit Trépanier, journaliste à New Carlisle en Gaspésie, m’a envoyé ce texte sur un jeune travailleur qui fait de l’abattage manuel en forêt. Un métier de moins en moins populaire.

Dean Sexton est une exception dans son métier. Il est débroussailleur et abatteur manuel à la Coopérative d’aménagement forestier de la Baie-des-Chaleurs, à Maria, où la moyenne d’âge des employés est de 43 ans. Et lui n’en a que 25 ! Abattre des arbres à la tronçonneuse pour ouvrir des chemins forestiers et aménager la forêt, il « aime carrément ça ! »

« Des jeunes qui veulent faire ce métier, il y en a de moins en moins, dit le directeur de la Coop, Alain Lévesque. Les novices font une saison ou deux et retournent aux études. On va arriver bientôt dans un cul de sac. »

Qui pourrait reprocher aux jeunes leur manque d’intérêt ? Les employés de la forêt sont souvent payés au rendement, sans avantages sociaux. Ils travaillent dans la chaleur ou le froid intenses, à la merci des insectes piqueurs, la plupart du temps dans des campements de fortune et tellement éloignés de la route 132 qu’une blessure peut rapidement mettre leur vie en danger.

Les 150 travailleurs de la Coop de Maria (ils étaient 230 avant le début de la crise en 2003) sont en forêt de juin à octobre. « Maintenant que la saison est finie, j’espère me trouver quelque chose dans l’Ouest ou ailleurs. Sinon, il y a toujours le chômage », dit Dean Sexton, qui arrive tant bien que mal à obtenir des revenus toute l’année durant. Son année la plus lucrative ? 40 000 dollars bruts. Sa pire ? 20 000 dollars.

Cette instabilité l’empêche-t-il de faire des projets, comme fonder une famille et espérer rester en Gaspésie ? « Pour l’instant, ce mode de vie me convient, mais il y aura un moment où j’aurai besoin de quelque chose de plus stable », dit-il. Ce ne sera toutefois pas pour tout de suite. « On est vraiment au creux de la vague », dit-il. Lucide, il ne s’attend pas à une amélioration de la situation avant une dizaine d’années, et il faudra pour cela « que ceux qui transforment la forêt le fasse autrement ».

Quelques chiffres

  • Sur les 2 810 emplois dans le domaine forestier en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, on en compte 1 750 en aménagement (plantation, éclaircies, débroussaillage et abattage).
  • La moyenne d’âge en aménagement dans la région est de 46 ans.
  • La moitié des travailleurs laisseraient le secteur si on leur offrait un emploi à des conditions semblables dans un autre domaine.

Sources : Diagnostic et plan d’action concernant la main-d’oeuvre dans le secteur forestier, Conférence régionale des élus de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

29 déc. 2008

L’avenir est dans le bois certifié !

Les Laurentides sont sur le point de devenir le plus grand territoire de bois certifié au Québec. Dès le printemps prochain, 85 % de la forêt sera étiquetée FSC, une norme internationale garantissant que la forêt est gérée selon des principes de développement durable.

Dans la région, on veut aller encore plus loin et offrir sous peu toute une gamme de produits certifiés. Plus facile à dire qu’à faire. « Il faut mettre en place ce qu’on appelle une chaîne de traçabilité dans les usines de transformation, pour s’assurer que le produit est fait uniquement de bois certifié », dit Denise Julien, directrice générale de Signature Bois Laurentides.

Cet organisme, fondé par des entreprises forestières locales, veut éventuellement créer une étiquette Signature Bois Laurentides. Elle garantira que les produits sont certifiés FSC, mais également qu’ils sont de qualité et fabriqués dans la région.

Même si la certification répond à nos préoccupations écologiques, elle ne pourra pas, à elle seule, sauver l’industrie. Il faudrait d’abord utiliser davantage de bois au Québec, croit Denise Julien. « Dans la construction commerciale, moins de 5 % des bâtiments actuels sont fabriqués en bois. Pourtant, c’est un matériau très écologique. Il provient d’une ressource renouvelable et sa transformation génère beaucoup moins de gaz à effet de serre que celle de l’acier et du béton. »

Mais les choses pourraient changer sous peu. Le gouvernement du Québec vient de se doter d’une stratégie visant à tripler l’utilisation du bois dans la construction non résidentielle d’ici 2014. Pour ce faire, il compte donner l’exemple et privilégier ce matériau dans la construction et la rénovations des édifices publics. Ici, on attend avec impatience qu’il passe de la parole aux actes. Disons que la construction de la nouvelle SAQ, toute d’acier et de béton, a beaucoup fait jaser…

31 déc. 2008

Le Cirque du soleil de la forêt

Mon collègue Benoit Trépanier, journaliste à New Carlisle, en Gaspésie, a rencontré un biologiste qui a un projet hors du commun pour la forêt de sa région.

Ronald Arsenault, 34 ans, ne coupera pas la forêt de 30 km2 qu’il possède derrière sa maison, à Saint-Elzéar, en Gaspésie. Il n’attendra pas non plus que le marché du bois d’oeuvre reprenne pour en tirer quelque chose.

Le biologiste de formation et visionnaire veut y ériger, au coût de 20 millions de dollars, « une sorte de Club Med du développement durable », dit-il. Une destination touristique où les vacanciers séjourneront dans des habitations écologiques contrôlées par ordinateur, se déplaceront en véhicules verts et apprendront à produire des biocarburants et à cuisiner avec des ingrédients cueillis en forêt. « Ils retourneront chez eux avec l’envie de changer leurs comportements, et avec les connaissances pour le faire », dit Ronald Arsenault.

L’entreprise qu’il dirige s’appelle la Coopérative de nature et de tourisme d’aventure connectée à la terre (CONTACT). Une de ses trois divisions est une usine de fabrication de produits de niche écologiques – notamment du bardeau de mélèze, des gouttières de cèdre et des plafonds préfabriqués en tremble – tous faits à partir de matières premières locales. L’usine emploie une quinzaine de personnes et devrait réaliser, dès sa première année, un chiffre d’affaires de 800 000 dollars.

« Il faut voir la forêt comme un tout et non comme des ressources séparées », explique Ronald Arsenault, qui a réussi à convaincre des dizaines d’experts, notamment de l’Université du Québec à Rimouski et du Centre de recherche industrielle du Québec, de s’associer à son équipe. Ceux-ci seront chargés, entre autres, d’établir les principes d’aménagement durable du « village rural du futur ». Mais aussi de créer, à partir de cette initiative, « des technologies écologiques qui pourront être brevetées et vendues », explique le directeur général.

Ronald Arsenault admet que son rêve est ambitieux, mais insiste pour dire qu’il est nécessaire pour répondre aux crises économique et écologique actuelles. « Beaucoup de nos partenaires nous comparent au Cirque du Soleil pour notre ambition et notre potentiel », ajoute-t-il.

CONTACT sera l’une des 10 entreprises québécoises (sélectionnées parmi 450) au concours Voir GRAND.tv, sorte de Star Académie entrepreneurial, qui sera diffusé à VOX dès le 26 janvier.

2 janv. 2009

Au revoir

Je boucle mes valises et, du coup, ce blogue forestier. Après avoir passé un mois à rencontrer des gens qui vivent de la forêt, je repars avec quelques certitudes, mais surtout beaucoup de questions.

D’abord, le monde forestier est beaucoup plus vaste que je ne le croyais. Entre l’arbre et mon revêtement de plancher, des centaines de personnes auront travaillé à la formation des travailleurs, l’aménagement du territoire, le transport, la transformation, la mise en marché et la vente au détail. C’est une industrie qui dépasse largement les régions où se trouve la ressource.

C’est aussi un milieu en perpétuelle évolution. On a beaucoup parlé des abus – et avec raison – , mais il y a plusieurs années déjà que des efforts importants sont faits pour préserver nos forêts. Les techniques d’aménagement du territoire appliquées au Québec sont plus sévères que dans les autres provinces canadiennes et exigent des connaissances très pointues en protection de l’environnement de la part des travailleurs. Mais est-ce que ce sera suffisant pour assurer la pérennité de la ressource ?

Du côté de la transformation, le changement est plus lent, mais on tente tout de même de développer des produits plus écologiques et de diminuer le gaspillage, de la planche aux copeaux. Ces nouveaux produits séduiront-ils suffisamment de consommateurs pour récupérer des parts de marché passées aux mains des entreprises chinoises ?

Et quel est l’avenir de tous ces travailleurs qui, en ce moment, ont peine à joindre les deux bouts ? Combien d’entre eux devront faire un trait définitif sur leur carrière de forestier, et à quel prix ? Plusieurs espèrent qu’avec une saine gestion de la ressource, un soupçon d’inventivité des entrepreneurs et beaucoup de bonne volonté des gouvernements, le bois retrouvera ses lettres de noblesse au Québec. C’est ce que je leur souhaite en 2009.

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