Le « BS » à la rescousse

À 30 ans, après une séparation, Line Dupuis s’est retrouvée seule avec un enfant malade. Sans emploi et sans formation particulière. « J’ai pilé sur mon orgueil, dit-elle, et je me suis inscrite à l’aide sociale. » C’était il y a quatre ans. Aujourd’hui, Line Dupuis en a assez de cette vie de misère. Le « BS », pour elle, sera bientôt chose du passé.

Elle a suivi, l’automne dernier, un cours de secrétariat dentaire. Mais le jour où on lui décernait son diplôme, elle recevait une triste nouvelle  : son fils de sept ans, épileptique, souffre de troubles d’apprentissage. Plus question pour elle de travailler le soir. « Mon fils a besoin de toute l’aide que je peux lui offrir pour réussir à l’école », dit-elle. Ce qui complique sa recherche d’emploi.

Depuis quelques semaines, elle suit une formation préparatoire à l’emploi au Service d’aide à l’emploi de l’Est, organisme sans but lucratif de Pointe-aux-Trembles financé en partie par Emploi-Québec. Au programme  : rédaction de CV, techniques d’entrevue, etc. « C’est bon pour le moral de se retrouver en groupe pour chercher du travail  ! »

Le regard de cette blonde aux yeux gris s’assombrit lorsqu’on lui rappelle que, pour certains, les bénéficiaires de l’aide sociale sont des « paresseux qui profitent du système ». Une généralisation blessante, dit-elle. « Chaque histoire est différente, chaque personne a ses raisons d’en être rendue là. »

Il reste que bien des gens d’affaires ne comprennent pas que, en cette période où ils ont du mal à trouver des travailleurs, il y ait toujours 400 000 personnes « sur le BS » au Québec. « On ne peut pas accepter, comme société, de perdre autant d’acteurs  ! » dit Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat, en précisant qu’il s’exprime ici de façon individuelle.

« Les bénéficiaires de l’aide sociale sont loin d’être tous employables, rétorque Nicole Jetté, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Seulement 15 000 posséderaient la formation scolaire ou l’expérience nécessaires pour répondre réellement aux exigences du marché du travail. »

Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, espère pourtant en ramener 50 000 au boulot d’ici 2011, grâce au Pacte de l’emploi, annoncé en mars dernier. Moyen de persuasion  ? Des primes versées à ceux qui quitteront l’aide sociale.

Mais il faut faire vite. « Un trou de deux ans dans un CV, ça paraît mal. Les employeurs perçoivent un risque qu’ils ne sont pas prêts à prendre », dit Marcel Boyer, économiste en chef à l’Institut économique de Montréal.

Ce qui n’ébranle pas Line Dupuis. « J’ai confiance, dit-elle. Je sais que je vais travailler bientôt  ! »