Le budget du week-end

La présentation d’un nouveau budget est un temps fort de notre vie parlementaire parce qu’il traduit en chiffres et en mesures concrètes les orientations d’un gouvernement.

C’est aussi un rituel. Sa présentation est précédée d’un huis-clos pour permettre aux médias, leaders d’opinion et aux partis d’opposition d’en prendre connaissance avant que le ministre des Finances fasse la lecture du discours qui l’accompagne en fin d’après-midi, quand les marchés boursiers sont fermés. Preuve de l’importance de la chose, la non-adoption du budget par les législateurs se traduit par sa démission et le déclenchement d’élections.

Ce qui s’est passé en fin de semaine marque peut-être un précédent dans le non-respect de l’institution parlementaire. Non seulement, on a appris – et deux fois plutôt qu’une – que les impôts des plus favorisés seraient augmentés rétroactivement, mais c’est une attachée politique qui s’est trouvée investie de cette annonce peu banale.

Qu’un nouveau gouvernement veuille changer les règles du jeu fait partie du jeu démocratique. La rétroactivité d’une mesure est haïssable en soi, mais elle ne marque pas un précédent. Par contre, une annonce impromptue de nature budgétaire par une non-élue me semble un précédent dangereux. Ce gouvernement a décidé  la semaine dernière de faire adopter ses mesures par décret; le voici qu’il annonce des hausses d’impôt par interview téléphonique.

Inexpérience, improvisation, cafouillage, choisissez votre mot, mais ce n’est pas une façon sérieuse d’agir.

Parce qu’il hérite d’un manque à gagner de plus de 800 millions de dollars, parce qu’il veut abolir immédiatement la contribution santé, parce qu’il a voulu satisfaire sur le champ aux revendications du mouvement étudiant, le gouvernement Marois se trouve à découvert de près de 2 milliards de dollars quelques jours à peine après avoir été assermenté. À départ fulgurant, facture fulgurante.

Pour compenser, il compte augmenter les impôts des hauts salariés. Cela lui permettra de combler la moitié du fossé budgétaire. Si l’objectif est d’atteinte du déficit zéro pour l’an prochain demeure, il va falloir trouver d’autres sous…

C’est sans compter que la fermeture de Gentilly-2 , annoncée également sans la moindre consultation, entraînera d’autres dépenses. Il faudra d’abord un plan de relance économique pour la région. On estime aussi que la fermeture de la centrale coûtera plus de 1 milliard de dollars, jusqu’à 2 milliards peut-être. En fait, on ne le sait pas.

Le bilan financier d’Hydro-Québec compte déjà une provision de 675 millions pour parer le coup, mais c’est insuffisant et il devra y avoir une nouvelle radiation d’actif. Cela aura forcément un impact sur le dividende versé par Hydro-Québec au gouvernement. Donc, potentiellement, un autre manque à gagner important.

Je ne me fais pas ici l’apôtre du nucléaire, je veux juste dire que les décisions rapides de Madame Marois cachent un coût réel pour les contribuables. Comme celui du sous-financement des universités, puisqu’on ne demandera plus aux étudiants de faire leur part.

Tout ceci n’est pas neutre financièrement : il va falloir que quelqu’un paye.

 

 

10 commentaires
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La fermeture de Gentilly est une dépense inévitable. On peut payer maintenant pour le déclassement ou dépenser un montant incroyable (entre 3 et 6 milliards) pour la réfection et payer le déclassement dans 25 ans(avec une probable hausse de coût d’ici ce temps).

Le temps est venu de penser sérieusement au plan B.

C’est à dire comment éviter le plus possible l’ogre fiscal Québécois.

D’abord habituons nous à faire plus d’achat en ligne dans d’autre provinces, vous pourrez ainsi éviter la TVQ (et d’autres taxes comme par exemple les « écofrais » sur les produits électroniques)

Ensuite éviter de réclamer des gains en capital sous la juridiction du fisc Québécois et minimiser les dividendes. S’il le faut quand viendra le temps de collecter les gains penser à faire un « stage » ailleurs pour allez faire votre rapport d’impôt ailleurs (juste l’économie en impôt paiera probablement largement le déplacement)

Si votre situation familiale et personnelle le permet pourquoi pas penser à déménager vos pénates, les économies fiscales peuvent être spectaculaires. (ex: L’Alberta a un taux d’impôt fixe de 10% et pas de taxe de vente). Profitez du voyage pour acheter votre prochaine voiture.

Si vous le pouvez enregistrez votre entreprise sous d’autres cieux.

Si vous êtes à l’extérieur et pensez venir investir ici pensez y à deux fois, cette province se dirige vers un implosion économique qui rendra sa gestion politique de plus en plus radicale et imprévisible.

Etc… Protéger vos arrières, fuyez!

Vous êtes un soi disant journaliste considérer »paresseux », vous auriez intérêt à faire de l’exercice intellectuellement en particulier dans ses dossiers.

Et comme d’habitude, ce sera les contribuables qui vont payer le prix.. c’est bien beau de dire que nous voulons une société plus à gauche, mais tous ces programmes sociaux doivent être financés.. et les ‘riches’ vont quitter la province s’ils continuent à se faire surtaxer tel que ce gouvernement le propose. Et après, qui paiera?

La fermeture de Gentilly n’est pas inévitable. C’est un choix. De société, environnemental ou économique mais c’est un choix. Si ce choix est économique faudrait faire la démonstration de sa non rentabilité. Parce que son déclassement implique une radiation d’actif. Mais aussi son inactivité qui veut dire qu’elle ne rapportera plus par la vente de sa production électrique. Si sa production n’est actuellement pas rentable alors cette décision tombe sous le sens. Mais encore faudrait-il qu’on nous le démontre au lieu de prendre des décisions dogmatiques. Parce que moi les « croyants » de tout azimut me font toujours peur…

S’il y a bien actuellement un manque à gagner de l’ordre de 800 millions de dollars ; cela ne semblait pas inquiéter outre mesure les Libéraux qui estimaient que les gains de fin d’année allaient compenser. Ce manque à gagner résulte entre autre des prévisions encore trop optimistes en matière d’accroissement du PIB. Rien n’indique que les prévisions initialement prises en compte par Raymond Bachand tiennent toujours la route.

En d’autres termes, si les Libéraux étaient restés au pouvoir, ils auraient quoiqu’il en soit été confrontés à de sérieux défis pour obtenir un prochain budget équilibré à moins de jouer et d’abuser de diverses astuces comptables.

Il est probable que le gouvernement du PQ va devoir revoir certaines de ses prévisions. Il est n’est pas exact cependant de dire que le gouvernement Marois se trouve avec un découvert de 2 milliards de dollars. L’année fiscale n’étant pas achevée, pas plus que les prévisions budgétaires futures n’ont encore été définies. Il y aurait bien un manque à gagner de l’ordre de 1 milliard en 2013, si les dispositions fiscales destinées à compenser l’annulation de la Contribution Santé n’étaient pas prises en compte immédiatement. Cette contribution d’ailleurs rapportait environ 300 millions de plus que prévu. Quoiqu’il en soit, il y a certainement des arbitrages possibles dans le financement global de la santé. Et on se doit de réaliser des économies à long terme.

Je suppose que le gouvernement soumettra prochainement au Parlement un avenant législatif qui modifie le budget Libéral 12-13 ; je suis tout-à-fait confiant sur le fait que ce texte devrait faire l’objet de discussions et sans-doute de négociations avec les partis d’opposition et je n’ai aucune crainte quant au fait que certains compromis soient adoptés.

Enfin, ce qui m’étonne le plus, c’est de constater que peu de personnes semblent avoir pris le temps de lire le programme du PQ et son cadre budgétaire. Les mesures fiscales envisagées devaient prendre effet immédiatement après l’accession du Parti Québécois au pouvoir. Pour moi toutes ces nouvelles n’en sont pas. Et si j’avais quelques réserves sur l’augmentation immédiate des impôts d’environ 150 000 contribuables, c’était précisément parce que j’avais lu ces précieux documents.

Mais bon, une augmentation des impôts des plus nantis, ne peut très bien être qu’une mesure transitoire. En quelques sortes un impôt de solidarité jusqu’à ce que les équilibres budgétaires soient enfin rétablis pour durer.

Qui va payer pour les promesses de Marois? Les riches… Et comme Lisée nous l’a expliqué, au Québec tout le monde est riche.

Ce qui est clair est qu’en se privant ainsi de revenus ce gouvernement se prépare une joyeuse tempête fiscale et financière!

Puis non seulement on décourage la croissance (déjà moribonde) en attaquant ceux qui la crée, mais il y a en plus plein d’autre tuiles financières à l’horizon:

Les coûts des retraites qui explosent
La santé qui coûte 6% (mettons 4% en ajustant pour l’inflation) de plus par an alors que la croissance n’est que de 1%.
Les transferts fédéraux pour l’hamonisation qui vont cesser (et la péréquation qui sera moins payante)
Le trou de (déjà) 800M dans les recettes de 2012 par rapport à 2012.
Etc…

Et tout ça c’est sans compter une très probable et très sévère correction immobilière qui pourrait frapper de plein fouet notre économie au moment où celle ci bat déjà de l’aile. Je mettrais ma main au feu que personne au PQ ne voit ça venir, ils pensent tous que c’est « différent ici ».

Il ont raison, c’est vrai que c’est différent, c’est pire!

M. Duhamel, si vous aviez suivi la dernière campagne électorale, vous sauriez que la hausse des impôts des riches était dans le cadre financier du PQ. Je suis loin d’être surpris de voir que ça vous dérange, compte tenu de vos positions habituelles. Si l’annonce se fait plus tôt que dans un budget, c’est que nous sommes en contexte de gouvernement minoritaire. Ce dernier doit donc annoncer ses couleurs d’avance, pour pouvoir négocier avec les autres partis. S’il avait attendu au budget, on lui aurait reproché, avec raison, de ne pas avoir négocié une mesure dont les autres partis ne veulent pas.

« Inexpérience, improvisation, cafouillage, choisissez votre mot, mais ce n’est pas une façon sérieuse d’agir. »???

Bien sûr que non, il s’agit simplement d’une manière de négocier. Si vous voulez obtenir quelque chose, ici on parle d’une hausse d’impôts pour les plus riches, vous devez débuter les négociations avec une position encore plus ferme. La rétroactivité sert de prétexte pour que les autres partis s’entendent avec le gouvernement sur une hausse non-rétroactive. De cette manière, les autres partis auront l’impression d’avoir obtenu un compromis. De son côté le gouvernement aura eu ce qu’il voulait : une hausse d’impôts. C’est de la politique, de la politique dans un contexte de gouvernement minoritaire! Il faut sortir des paramètres habituels (un gouvernement majoritaire) pour bien comprendre ce genre de situation.

Par ailleurs, c’est vrai que les mesures comme la fermeture de Gentilly-2 ont un coût. Il faut aussi dire que la réfection en entraînerait encore beaucoup plus : on parle d’au moins 2,5 miliards, qui pourraient vite devenir 3 ou 4 miliards. C’est aussi vrai qu’il faudra trouver de l’argent pour les récentes annonces du gouvernement. Mais dans tous les cas, il s’agit simplement de l’application des actions qui ont déjà été mises sur la table lors de la dernière campagne électorale. Laissons le temps au gouvernement nous dire où il compte aller chercher cet argent, nous jugerons ensuite.